jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DEGIOANNI PONTACQ GUY-FAVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Degioanni, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 février 2022 par laquelle le maire de Perles et Castelet (Ariège) a rejeté sa demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) ainsi que la décision du 30 juin 2022 de rejet de son recours gracieux dirigé contre cette première décision ;
2°) d'enjoindre à la commune de Perles et Castelet de faire droit à sa demande d'aide au retour à l'emploi et d'assortir cette injonction d'une astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Perles et Castelet une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles méconnaissent les dispositions combinées des articles L. 5424-1, L. 5424-2, R. 5424-2 et R. 5424-5 du code du travail dès lors que, involontairement privé d'emploi à la suite de l'arrivée à terme de son dernier contrat de travail à durée déterminée le 12 décembre 2021, et affilié depuis au moins 65 jours travaillés depuis son départ volontaire de son précédent emploi, il remplit les conditions légales pour prétendre au bénéfice de l'aide au retour à l'emploi.
Par mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, la commune de Perles et Castelet conclut au rejet de la requête ainsi qu'à ce que soit mise à la charge de M. B le paiement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n°2019-797 du 26 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Meunier-Garner.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, recruté par la commune de Perles et Castelet, à compter du 1er juin 2018, pour exercer des fonctions d'agent technique, a, le 1er septembre 2019, été titularisé au grade d'adjoint technique. Après avoir, le 4 juin 2021, démissionné de son emploi, il a été recruté, dans le cadre d'un contrat saisonnier, par la société Imerys Talc Luzenac France. Ce contrat étant arrivé à terme le 17 décembre 2021, il a sollicité de la commune de Perles et Castelet le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, lequel lui a été refusé par décision du 7 février 2022. Par courrier du 7 juin 2022, M. B doit être regardé comme ayant formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été rejeté par décision du 30 juin 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions du 7 février 2022 et du 30 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer. Il en va notamment ainsi en ce qui concerne les agents publics privés d'emploi.
3. Par ailleurs, et d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 5424-2 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. Ceux-ci peuvent, par convention conclue avec Pôle emploi, pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1, lui confier cette gestion ". Aux termes des dispositions de l'article 2 du règlement d'assurance chômage annexé au décret n°2019-797 du 26 juillet 2019, dans leur rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " Ont droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi les salariés dont la perte d'emploi est involontaire. Remplissent cette condition les salariés dont la perte d'emploi résulte : () / d'une fin de contrat de travail à durée déterminée dont notamment le contrat à objet défini, ou de contrat de mission ; ". Aux termes de l'article 4 du même règlement , dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées: " Les salariés privés d'emploi justifiant d'une durée d'affiliation telle que définie à l'article 3 doivent : () / e) N'avoir pas quitté volontairement, sauf cas mentionnés aux §2 et §4 de l'article 2, leur dernière activité professionnelle salariée, ou une activité professionnelle salariée autre que la dernière dès lors que, depuis le départ volontaire, il ne peut être justifié d'une durée d'affiliation d'au moins 65 jours travaillés ou 455 heures travaillées. Sont pris en compte à ce titre les jours de réduction du temps de travail non pris par le salarié, ayant donné lieu au paiement de l'indemnité compensatrice de repos supplémentaire dans le cadre de la réduction du temps de travail ; () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un agent a, après avoir quitté volontairement un emploi, retrouvé un autre emploi dont il a été involontairement privé, il a droit à une indemnisation au titre de l'assurance chômage dès lors qu'il a travaillé au moins soixante-cinq jours ou quatre cent cinquante-cinq heures dans ce dernier emploi.
4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 5424-5 du code du travail : " Pour l'ouverture des droits à indemnisation, la durée totale des activités salariées accomplies par un même travailleur pour le compte d'employeurs relevant des articles L. 5422-13 ou L. 5424-1 est prise en compte ". Aux termes des dispositions de l'article 3 du règlement d'assurance chômage annexé au décret n°2019-797 du 26 juillet 2019 : " Les salariés privés d'emploi doivent justifier d'une durée d'affiliation correspondant à des périodes d'emploi accomplies dans une ou plusieurs entreprises entrant dans le champ d'application du régime d'assurance chômage. / La durée d'affiliation est calculée en jours travaillés ou en heures travaillées. Elle doit être au moins égale à 130 jours travaillés ou 910 heures travaillées : / - au cours des 24 mois qui précèdent la fin du contrat de travail (terme du préavis) pour les salariés âgés de moins de 53 ans à la date de la fin de leur contrat de travail ; () ".
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B, qui a quitté volontairement son emploi auprès de la commune de Perles et Castelet, a, par la suite, retrouvé un autre emploi, dans lequel il a travaillé plus de six mois, soit une durée supérieure à celle de 65 jours exigée par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement d'assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019, et dont il a été involontairement privé du fait de la fin de son contrat de travail à durée déterminée. M. B entre ainsi dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 5424-1 du code du travail. En outre, au cours de la période de vingt-quatre mois précédant la fin de son contrat à durée déterminée, laquelle constitue la période de référence définie par l'article 3 du règlement précité, M. B a travaillé pour la commune de Perles et Castelet du 17 décembre 2019 au 4 juin 2021 et pour son employeur privé du 7 juin 2021 au 17 décembre 2021, soit une durée d'affiliation supérieure à celle exigée par ces mêmes dispositions de l'article 3 pour bénéficier de l'aide sollicitée. Ainsi, la commune de Perles et Castelet, laquelle a, au cours de la période de référence, employé M. B sur une durée plus importante que la société Imerys Talc Luzenac France, ne pouvait légalement lui refuser l'ouverture du droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi.
6. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 7 février 2022 et du 30 juin 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. B ne remplirait pas les autres conditions auxquelles est subordonné l'octroi de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, il est enjoint à la commune de Perles et Castelet de faire droit à sa demande de versement de cette aide dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte. En revanche, l'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant exact des droits auxquels peut prétendre M. B, il y a lieu de le renvoyer devant la commune de Perles et Castelet pour que soient calculées et versées les allocations d'aide au retour à l'emploi qui lui sont dues.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Perles et Castelet au titre des frais exposés par elle. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Perles et Castelet la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décisions attaquées du maire de Perles et Castelet du 7 février 2022 et du 30 juin 2022 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Perles et castelet de faire droit à la demande de M. B de versement des allocations d'aide au retour à l'emploi dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. M. B est renvoyé devant ladite commune pour le calcul et le versement des allocations qui lui sont dues.
Article 3 : La commune de Perles et Castelet versera à M. B une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Perles et Castelet.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024
La présidente-rapporteure,
M. O MEUNIER-GARNER
L'assesseure la plus ancienne,
M. ROUSSEAU
La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026