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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205196

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205196

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205196
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET LABRY - NORAY ESPEIG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le maire de Blaye-les-Mines s'est opposé à la déclaration préalable de la société Hivory pour l'édification d'une antenne-relais de radiotéléphonie. Le tribunal a jugé que le motif d'opposition fondé sur l'article UB5 du plan local d'urbanisme, tiré d'une atteinte au caractère des lieux avoisinants, était entaché d'une erreur d'appréciation. La solution retenue est l'annulation de la décision contestée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 septembre 2022 et le 15 avril 2024, la société Hivory, représentée par Me Cloëz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Blaye-les-Mines s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée en vue d'édifier une antenne-relais de radiotéléphonie sur un terrain situé lieu-dit " La Peyrade " ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Blaye-les-Mines de prendre une décision de non-opposition à sa déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de statuer à nouveau sur cette déclaration préalable, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Blaye-les-Mines la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- la décision est entachée d'une erreur dans l'application des dispositions de l'article UB5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines dès lors que le projet en litige ne porte pas atteinte à l'intérêt des paysages et constructions avoisinants ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article UB5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines pour les mêmes motifs ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques est entaché d'une erreur de droit ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2-1-2 du plan de prévention du risque d'inondation du bassin du Cerou est erroné ;

- le motif tiré de ce qu'elle aurait dû privilégier une implantation de son projet dans la zone UE du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines plutôt que dans la zone UB de ce plan est illégal ;

- le motif tiré de ce qu'elle n'a pas joint au dossier de déclaration préalable le dossier d'information prévu par les dispositions de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques est entaché d'une erreur de droit ;

- le motif tiré de ce qu'elle n'a pas respecté les dispositions de l'article 5 du décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 pris en application du 12° de l'article L. 32 du code des postes et communications électroniques est entaché d'une erreur de droit ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme est erroné ;

- le motif tiré de l'absence de prise en compte des dispositions de la loi du 15 juillet 1845 sur la police des chemins de fer est entaché d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mars 2023 et le 27 mai 2024, la commune de Blaye-les-Mines, représentée par Me Noray-Espeig, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision d'opposition à déclaration préalable en litige aurait également pu être légalement fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que la demande de déclaration préalable aurait dû porter sur la totalité de l'unité foncière composée des parcelles cadastrées sous les numéros A 1712, A 2224 et B 2176 et non pas uniquement sur la parcelle A 1712 dès lors que celle-ci n'a fait l'objet d'aucune division et, d'autre part, de ce que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines.

Par une ordonnance du 28 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lafforgue, substituant Me Noray-Espeig, représentant la commune de Blaye-les-Mines.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 juin 2022, la société Hivory a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie sur un terrain situé lieu-dit La Peyrade à Blaye-les-Mines (Tarn). Par un arrêté du 5 juillet 2022, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le motif d'opposition fondé sur les dispositions de l'article UB 5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines :

2. Aux termes de l'article UB 5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines : " Par leur aspect extérieur, les constructions et autres modes d'occupation du sol ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et paysages urbains ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.

3. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est implanté à proximité immédiate d'une voie ferrée, dans un secteur largement urbanisé, composé notamment de divers commerces tels qu'un supermarché ou une station-service et ne présentant aucun caractère ou intérêt particulier. Ce projet consiste en l'installation d'un pylône de type treillis d'une hauteur de trente-six mètres, de teinte " gris galvanisé " et supportant des antennes et boîtiers électroniques, ainsi que d'une dalle technique et d'une clôture grillagée d'une hauteur de deux mètres. Si la commune de Blaye-les-Mines fait valoir que l'un des objectifs poursuivis par son plan local d'urbanisme consiste à préserver " la qualité de l'entrée de la ville par l'avenue d'Albi ", laquelle est située à proximité du secteur d'implantation du projet, cette circonstance ne fait pas obstacle à l'implantation d'un pylône de radiotéléphonie dans cette zone. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé à environ huit cents mètres de la houille stéphanienne du bassin minier de Carmaux-Albi, espace inscrit à l'inventaire national du patrimoine géologique, un tel site ne bénéficie pas d'une protection particulière sur le plan esthétique et il n'est en tout état de cause pas établi qu'au regard de ses caractéristiques qui lui confèrent une certaine transparence, le pylône serait susceptible d'être visible depuis ce site. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Blaye-les-Mines a fait une inexacte application des dispositions de l'article UB 5 du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune en s'opposant à sa déclaration préalable pour ce motif.

En ce qui concerne les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions des articles D. 98-6-1, L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques et de l'article 5 du décret du 3 mai 2002 pris pour l'application du 12° de l'article L. 32 du même code :

4. En vertu du principe d'indépendance des législations, le maire de la commune de Blaye-les-Mines ne pouvait légalement fonder la décision d'opposition à déclaration préalable en litige sur les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions des articles D. 98-6-1, L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques et de l'article 5 du décret du 3 mai 2002 pris pour l'application du 12° de l'article L. 32 du même code, qui sont étrangers à la législation en matière d'urbanisme. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces articles doivent être accueillis.

En ce qui concerne le motif d'opposition tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2-1-2 du règlement du plan de prévention du risque d'inondation du bassin du Cerou :

5. Aux termes de l'article 2-1-2 du règlement du plan de prévention du risque d'inondation du bassin du Cerou, approuvé en 2013 : " Sont autorisés en zone bleue : / () / Les seuls types de clôtures autorisés sont les suivants : - les clôtures constituées d'un muret d'une hauteur de 0,20 m maximum, surmonté éventuellement d'un grillage / - les clôtures végétales et les haies / - les clôtures agricoles constituées d'un ou plusieurs fils superposés ou de grillage à mailles larges / () / Les travaux de création d'infrastructure publique, y compris les réseaux (notamment pose de lignes, de canalisations ou de câbles), à condition de ne pas aggraver les risques et leurs effets de façon notable et après analyse des impacts hydrauliques (sous forme de dire d'expert, d'étude hydraulique en fonction des enjeux concernés). Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation des captages d'eau potable ou des réseaux divers (électricité, gaz, eau, téléphone) ou la mise en valeur des ressources naturelles sont autorisées sous réserve qu'elles ne fassent pas l'objet d'une occupation humaine permanente et que les équipements sensibles soient protégés ou situés au-dessus du niveau de la crue de référence ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige est situé en zone bleue de ce plan de prévention du risque d'inondation, laquelle correspond à une zone soumise à un aléa faible ou moyen et pour laquelle la crue de référence présente une hauteur inférieure ou égale à un mètre et une vitesse inférieure ou égale à 0,5 m/s.

7. Pour s'opposer à la déclaration préalable présentée par la société Hivory, le maire de la commune de Blaye-les-Mines s'est notamment fondé sur la circonstance que le dossier de déclaration préalable qui lui a été soumis ne permettait pas de s'assurer que la clôture prévue par le projet serait conforme aux prescriptions de l'article 2-1-2 de ce plan de prévention du risque d'inondation ni que les équipements sensibles du projet seraient protégés ou situés au-dessus du niveau de la crue de référence.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la création d'une clôture d'une hauteur de deux mètres qui entourera la dalle en béton supportant le pylône. Il ressort de la représentation de cette clôture issue du plan de coupe joint au dossier de déclaration préalable que celle-ci est composée d'un grillage à mailles larges et correspond ainsi à une clôture dite " agricole ". Contrairement à ce que fait valoir la commune de Blaye-les-Mines, le projet en litige ne prévoit pas la superposition de cette nouvelle clôture avec celle existante et ne fait ainsi pas obstacle à leur transparence hydraulique. Enfin, les dispositions précitées du plan de prévention du risque d'inondation n'imposent aucune hauteur maximale pour les clôtures, dès lors que celles-ci répondent par ailleurs aux prescriptions prévues quant à leur maillage. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de la commune de Blaye-les-Mines a considéré que le projet en litige méconnaissait les dispositions de l'article 2.1.2 du plan de prévention du risque d'inondation sur ce point.

9. D'autre part, si la société Hivory soutient que les coffres techniques seront implantés sur la partie haute du pylône et seront ainsi protégés en cas d'inondation du terrain d'assiette, il ressort du plan d'implantation et de toiture joint au dossier de déclaration préalable que le projet prévoit l'implantation d'équipements électriques au niveau de la dalle en béton, soit au même niveau que celui du sol naturel. La société requérante n'établit pas, ni même n'allègue que ces éléments, qui constituent des équipements sensibles au sens des dispositions précitées du plan de prévention du risque d'inondation, seraient protégés dans l'hypothèse de la réalisation d'un tel risque. Le maire de la commune de Blaye-les-Mines pouvait donc légalement se fonder sur ce motif pour s'opposer à la déclaration préalable de la société requérante, quand bien même il aurait également pu prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable assortie d'une prescription sur ce point.

En ce qui concerne le motif d'opposition tiré de ce que le projet en litige aurait dû être implanté prioritairement en zone UE du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines :

10. La circonstance que les auteurs du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines aient délimité, dans le règlement graphique de ce plan, une zone UE correspondant à une zone urbaine destinée à permettre l'installation d'équipements publics tels que les antennes de téléphonie mobile, ne fait pas obstacle à l'implantation de tels équipements dans la zone UB de ce plan, dès lors que les dispositions du règlement de cette zone ne l'interdisent pas. Dans ces conditions, le maire de la commune de Blaye-les-Mines ne pouvait légalement fonder la décision d'opposition à déclaration préalable en litige sur le motif tiré de ce que la société pétitionnaire aurait dû rechercher prioritairement l'implantation de son projet en zone UE. Par suite, le moyen soulevé sur ce point doit être accueilli.

En ce qui concerne le motif d'opposition tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme :

11. Aux termes des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

12. Il résulte de ces dispositions que les demandes d'autorisation d'urbanisme doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande d'autorisation d'urbanisme, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Toutefois, lorsque l'autorité saisie de la demande vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de cette attestation ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser pour ce motif le permis sollicité.

13. Il ressort des pièces du dossier que la société Hivory a, au point 8 du formulaire Cerfa joint au dossier de déclaration préalable, attesté avoir la qualité pour déposer cette demande d'autorisation d'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle elle a statué sur cette demande, l'autorité en charge de son instruction aurait disposé d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître que la pétitionnaire ne disposait d'aucun droit à la déposer. Dans ces conditions, le maire de la commune de Blaye-les-Mines ne pouvait légalement opposer à la société pétitionnaire le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen soulevé sur ce point doit être accueilli.

En ce qui concerne le motif d'opposition tiré de la méconnaissance des dispositions de la loi du 15 juillet 1845 relative à la police des chemins de fer :

14. Les dispositions de l'article 5 de la loi du 15 juillet 1845 ont été abrogées par une ordonnance du 28 octobre 2010 et ne pouvaient ainsi pas fonder légalement la décision d'opposition à déclaration préalable en litige. En tout état de cause, ces dispositions ne sont pas opposables aux autorisations d'urbanisme en vertu du principe d'indépendance des législations.

En ce qui concerne la neutralisation des motifs d'opposition illégaux :

15. Il résulte de ce qui précède que si les motifs d'opposition énoncés aux points 3, 4, 8, 10, 13 et 14 du présent jugement étaient erronés, le motif tiré de ce que les équipements sensibles du projet ne sont pas protégés ou situés au-dessus du niveau de la crue de référence, en méconnaissance des dispositions de l'article 2-1-2 du règlement du plan de prévention du risque d'inondation du bassin du Cerou, pouvait légalement fonder l'arrêté d'opposition à déclaration préalable en litige. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Blaye-les-Mines aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ce motif. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la neutralisation des motifs illégaux constatés aux points 3, 4, 8, 10, 13 et 14 du présent jugement.

En ce qui concerne les demandes de substitution de motifs présentées par la commune de Blaye-les-Mines :

16. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

17. Dans son mémoire en défense du 17 mars 2023, la commune de Blaye-les-Mines fait valoir que la décision en litige pouvait légalement être fondée sur deux autres motifs, tirés, d'une part, de ce que la demande de déclaration préalable aurait dû porter sur la totalité de l'unité foncière composée des parcelles cadastrées sous les numéros A 1712, A 2224 et B 2176 et non pas uniquement sur la parcelle A 1712 dès lors que celle-ci n'a fait l'objet d'aucune division et d'autre part, de ce que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article UB 6 du règlement de son plan local d'urbanisme. Elle sollicite à cet égard une substitution de motifs.

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Et aux termes de l'article R. 442-1 du même code : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / a) Les divisions en propriété ou en jouissance effectuées par un propriétaire au profit de personnes qui ont obtenu un permis de construire ou d'aménager portant sur la création d'un groupe de bâtiments ou d'un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens de l'article L. 231-1 du code de la construction et de l'habitation ; / () ".

19. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée sous le numéro A 1712, terrain d'assiette du projet en litige, forme avec les parcelles A 2224 et B 2176 une même unité foncière. La commune de Blaye-les-Mines fait valoir que dans ces conditions, la déclaration préalable déposée par la société Hivory aurait dû porter sur l'ensemble de ces parcelles, et non sur la seule parcelle A 1712, dès lors que cette dernière n'a fait l'objet d'aucune division. Toutefois, les dispositions de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme n'imposent pas qu'une déclaration préalable porte sur l'ensemble d'une unité foncière, au-delà de la parcelle d'assiette du projet, alors en tout état de cause qu'en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet impliquerait la réalisation d'une division foncière. Dans ces conditions, ce motif ne pouvait légalement fonder la décision d'opposition à déclaration préalable en litige et la demande de substitution présentée par la commune de Blaye-les-Mines sur ce point doit être écartée.

20. En second lieu, aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Blaye-les-Mines : " 30 % du terrain d'assiette du projet devra être conservé en espaces de pleine terre, et aménagé en espaces non imperméabilisés ".

21. Si la commune de Blaye-les-Mines fait valoir que le projet en litige, implanté sur une parcelle d'une superficie de 142 m2, implique la réalisation d'une dalle en béton de 60 m2 et qu'une partie de cette parcelle est déjà recouverte d'un revêtement goudronné, elle ne démontre pas, en se bornant à ces affirmations, que l'espace de pleine terre restant serait d'une surface inférieure à 30 %. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à cette seconde demande de substitution de motif.

22. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués dans la requête ne sont pas susceptibles de fonder l'annulation de la décision contestée.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la société Hivory est fondée à demander l'annulation de la décision portant opposition à déclaration préalable du 5 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

24. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

25. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

26. Le présent jugement censure les motifs par lesquels le maire de la commune de Blaye-les-Mines s'est opposé à la déclaration préalable de la société Hivory et écarte les deux motifs invoqués par cette commune en cours d'instance. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée ou qu'un changement de circonstances de fait fassent obstacle à l'octroi de l'autorisation sollicitée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Blaye-les-Mines de délivrer cette autorisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Blaye-les-Mines la somme de 1 500 euros à verser à la société Hivory sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Blaye-les-Mines soit mise à la charge de la société Hivory, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 5 juillet 2022 du maire de la commune de Blaye-les-Mines est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Blaye-les-Mines de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Hivory dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Blaye-les-Mines versera à la société Hivory la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Hivory et à la commune de Blaye-les-Mines.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Bouisset, première conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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