mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301047 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AMARI-DE-BEAUFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février et 11 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié que l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) aurait été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ni de la régularité d'une délibération à distance, en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et des articles R. 425-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ce vice de procédure l'a privé d'une garantie ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 7 décembre 1995, est entré en France selon ses déclarations le 8 juillet 2016. Il a sollicité le 1er février 2018 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par jugement n° 1904747 du 17 novembre 2020 confirmé par arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 15 juin 2021, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 21 mars 2019 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. B a ensuite été mis en possession d'une carte de séjour temporaire valable du 5 août 2021 au 4 août 2022. Il a sollicité le 10 juin 2022 le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. La décision attaquée a été prise après avis du 25 octobre 2022 du collège de médecins de l'OFII, lequel a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical du 20 février 2023, mais prenant en compte l'état antérieur de santé du requérant, établi par le Dr D, praticien hospitalier au pôle de psychiatrie générale rive droite nord-est du centre hospitalier Gérard Marchant de Toulouse que M. B, qui a levé le secret médical, présente un état de stress post-traumatique et des troubles psychotiques chroniques centrés autour de perceptions hallucinatoires et d'une désorganisation psychique majeure permettant d'avancer un diagnostic de schizophrénie. A ce titre, M. B bénéficie depuis plusieurs années d'une prise en charge multidisciplinaire, comprenant un traitement médicamenteux à base notamment d'Olanzapine, ainsi qu'une prise en charge psychologique et sociale, l'objectif étant de maintenir l'intéressé stable au niveau de ses symptômes et de permettre son insertion sur le plan social. Ce médecin atteste également qu'en l'absence de traitement, l'évolution de la schizophrénie est péjorative avec un risque de recrudescence hallucinatoire, un déclin cognitif accéléré à un repli pseudo autistique et à une sorte de " démence précoce " ne lui permettant pas d'effectuer les gestes de la vie quotidienne. Il ressort également du certificat médical confidentiel à adresser au médecin de l'OFII, produit à l'appui de la requête et rédigé par ce même médecin, que si l'évolution de l'état de santé du requérant, qui est suivi sur le plan médical depuis le 31 mars 2017, est favorable avec notamment une régression des hallucinations et le contrôle de l'état de stress post-traumatique, ce dernier doit bénéficier d'un traitement au long cours, comprenant un suivi psychiatrique, un traitement médicamenteux à base d'antipsychotique et d'antidépresseur. Le médecin conclut certes à un " bon pronostic ", sous réserve toutefois du maintien d'une prise en charge adaptée. Il ressort également du certificat médical établi le 20 janvier 2023 par le Dr E, docteur en médecine générale au sein du centre de santé " La case de santé ", que M. B, suivi par ce centre depuis 2017, est dans l'incapacité, du fait de ses troubles psychiques, de suivre son traitement de manière autonome, les médicaments devant lui être délivrés quotidiennement par une infirmière à domicile. Le requérant bénéficie également de l'aide d'une tierce personne pour les actes de la vie quotidienne. Si la mise en place de ce suivi multidisciplinaire a ainsi permis une évolution favorable de l'état de santé de M. B qui peut envisager une insertion professionnelle, il ressort toutefois de l'ensemble de ces éléments que la cessation de cette prise en charge multidisciplinaire est susceptible d'entraîner une décompensation psychiatrique avec risque de mise en danger de l'intéressé. A ce titre, si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir en défense que l'Olanzapine est disponible en Guinée, M. B doit être regardé comme justifiant, par les éléments qu'il produit, constitués notamment d'un rapport rédigé en juillet 2017 sur la stigmatisation des patients souffrant de stress post-traumatique et d'un document rédigé conjointement par l'organisation mondiale de la santé (OMS) et la République de Guinée portant sur la stratégie de coopération de l'OMS avec la Guinée pour les années 2016 à 2021, qu'il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine de la prise en charge multidisciplinaire indispensable au traitement de ses pathologies psychiatriques. Dans ces conditions, en s'appropriant l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII et en estimant que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour M. B, le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur dans l'appréciation de son état de santé et a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer un titre de séjour de M. B doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions du 25 novembre 2022 obligeant le requérant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, privées de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
8. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté du 25 novembre 2022, implique nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Amari de Beaufort de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 25 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Amari de Beaufort la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Amari de Beaufort et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SARRAUTE
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026