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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302549

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302549

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302549
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, M. B A, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " sur la base des articles L. 313-11 4° et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur la base de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle méconnaît le 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de " salarié " en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Michel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 10 février 1983, est entré régulièrement en France le 16 novembre 2017 muni d'un visa de long séjour du 26 octobre 2017 au 26 octobre 2018. A la suite de son mariage avec une ressortissante française célébré le 8 avril 2017, il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de conjoint d'une ressortissante française valable du 27 octobre 2018 au 26 octobre 2020. Il a sollicité le 20 octobre 2020 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée du 31 mars 2023 est signée de Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature pour prendre les décisions en matière de police des étrangers, notamment les décisions de refus de séjour, en vertu de l'arrêté du 13 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 du 15 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. La décision contestée, qui vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-3, L. 423-6, L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les principaux éléments de la vie privée et familiale de M. A, en particulier son mariage avec une ressortissante française, et expose les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un droit au séjour. Il ne ressort ni de la motivation de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de séjour et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile remplacées, à compter du 1er mai 2021, soit antérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, par celles des articles L. 423-1 et suivants de ce code. Dès lors que le requérant soutient pouvoir prétendre au renouvellement de sa carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'une ressortissante française, il doit être regardé comme se prévalant des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de renouveler son titre de séjour.

6. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de L. 423-3 du même code : " () Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ".

7. La légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. M. A ne peut donc valablement opposer la circonstance qu'il était marié à une ressortissante française à la date de la demande de renouvellement de son titre de séjour dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il était divorcé depuis le 7 décembre 2022 à la date de la décision attaquée. La condition de maintien du lien conjugal prévue par les dispositions précitées de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était dès lors pas remplie à la date de la décision contestée. Par suite, c'est sans méconnaître ces dispositions que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française.

8. En quatrième lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande de titre de séjour présentée uniquement au titre du renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de ressortissant français, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre de séjour à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 régissant la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est divorcé de son épouse depuis le 7 décembre 2022. L'intéressé, entré en France le 16 novembre 2017, ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale ancienne, intense et stable sur le territoire français alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans et où résident selon ses propres déclarations ses parents et sa fratrie. S'il soutient être présent en France depuis six ans, maîtriser la langue française et se prévaut d'une promesse d'embauche en date du 24 avril 2023, soit postérieure à la décision attaquée, ces seuls éléments ne sauraient démontrer une intégration au sein de la société française de nature à justifier une admission au séjour. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9.

Sur les autres conclusions :

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Ouddiz-Nakache.

Délibéré après l'audience du 26 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme D, magistrate honoraire,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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