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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302912

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302912

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302912
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP VPNG AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande d’expertise médicale présentée par Mme A sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Mme A sollicitait cette mesure pour établir les conséquences d’une erreur de compte rendu médical commise par le CHU de Toulouse, qui lui avait attribué par erreur un diagnostic de tumeur. Le juge a estimé que la requête ne présentait pas le caractère d’utilité requis, dès lors que les faits n’étaient pas contestés, que la requérante disposait déjà d’éléments suffisants pour établir la réalité de l’erreur, et que le lien de causalité direct entre cette erreur et les préjudices allégués (perte de revenus, modification du contrat de travail) n’était pas démontré.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Arheix, demande à la juge des référés de :

1°) prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier universitaire de Toulouse, le 9 janvier 2023 ;

2°) réserver les dépens de l'instance.

Elle soutient qu'une expertise collégiale est utile, dans la perspective d'une éventuelle action indemnitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Cara, conclut :

1°) ne pas s'opposer à la demande d'expertise formulée par la requérante et à ce que la mission d'expertise, dont il entend compléter et repréciser les termes, soit confiée à un collège d'experts spécialisés en radiologie ;

2°) à la mise à la charge de la requérante des entiers dépens.

Par un mémoire, enregistré le 9 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, représentée par Me Noy, demande à la juge des référés de :

1°) statuer ce que de droit sur la demande de la requérante ;

2°) réserver ses droits dans l'attente du rapport d'expertise ;

3°) réserver les dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision en date du 2 décembre 2024, par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Viseur-Ferré, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à un malaise sur la voie publique, Mme A, née en 1984, a été admise le 9 janvier 2023 au service des urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse, où un scanner a révélé la présence d'une " masse entre les deux yeux de 5 cm environ ". Une imagerie par résonnance magnétique (IRM), réalisée deux heures plus tard, n'a en revanche révélé aucune anomalie et Mme A a été autorisée à rentrer chez elle le jour même. Initialement programmée le 14 février 2023, une seconde IRM lui est finalement refusée le jour même par le radiologue, ce dernier lui apprenant que le compte rendu du scanner réalisé le 9 janvier 2023 se rapportait en réalité à l'examen d'un autre patient, et ne la concernait nullement, étant intervenu suite à une erreur de " copier-coller ". Mme A fait valoir qu'elle a été placée en arrêt de travail par son médecin généraliste pour une période de 15 jours, renouvelée trois fois. Elle soutient que cette période d'arrêt de travail a eu pour conséquence, d'une part, une perte de revenus et, d'autre part, un renouvellement de son contrat de travail à durée déterminée pour une durée moins longue que ce qu'elle anticipait. Par une décision du 17 mars 2023, le CHU de Toulouse a répondu défavorablement à la demande de réparation formulée par la requérante. Cette dernière a demandé, le 12 avril 2023, communication de son dossier médical au CHU. Mme A demande à la juge des référés de prescrire une expertise, afin que soit déterminée la nature de " l'erreur médicale " dont elle dit avoir été victime, ayant consisté à lui attribuer un compte rendu d'examen qui ne la concernait pas, mais était celui d'un autre patient.

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

3. L'utilité d'une mesure d'expertise demandée au juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

4. Il ressort des pièces transmises que, lors d'un examen de radiologie réalisé aux urgences du CHU de Toulouse le 9 janvier 2023, le compte rendu d'examen médical d'un autre patient a été attribué par erreur à Mme A. Il n'est pas contesté que l'IRM et les investigations complémentaires réalisés à la suite de cet examen médical initial ont conduit à constater que Mme A n'était pas atteinte de la tumeur dont on lui avait initialement révélé l'existence, sur la base d'un compte rendu de scanner qui ne la concernait nullement. Mme A soutient que l'erreur commise a eu pour conséquence une perte de revenus, consécutive à ses arrêts de travail et un renouvellement de son contrat de travail dans des conditions moins favorables qu'attendues. Si la requérante entend demander réparation de l'erreur imputée au CHU, il ne ressort pas des éléments versés au dossier que, notamment en l'absence de dommages corporels, son éventuelle requête au fond nécessite des investigations médicales étendues portant sur son état de santé et devant mobiliser un collège de médecins spécialistes. Outre que la requérante dispose déjà d'éléments suffisants pour établir la réalité des faits, que le CHU ne semble pas contester dans le cadre de la présente procédure de référé, l'existence d'un lien direct et certain de causalité entre les préjudices allégués et l'erreur commise par le CHU de Toulouse n'est par ailleurs manifestement pas démontrée. Par suite, la demande de Mme A ne revêt pas le caractère d'utilité requis par les dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au centre hospitalier universitaire de Toulouse et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 10 décembre 2024

La vice-présidente, juge des référés,

Cécile VISEUR-FERRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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