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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303397

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303397

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303397
TypeDécision
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, la société Pirin Conseil, représentée par Me Le Foyer de Costil, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 24 mai 2023 par laquelle le directeur de la formation professionnelle et des compétences de la Caisse des dépôts et consignations a rejeté son recours gracieux formulé à l'encontre de la sanction prise le 10 mars 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-son chiffre d'affaires provenant en totalité du CPF (Mon compte formation) et ne disposant d'aucune autre source de revenus, la décision en litige, par ses effets, compromet fortement son avenir et menace sa survie à court terme ;

-elle continue à devoir payer les formations et les certifications des apprenants sur ses fonds propres, notamment pour les sommes ayant été rétrocédées à la Caisse des dépôts et consignations ou pour le non-versement des sommes déjà engagées ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la décision en litige est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de mis en œuvre par la Caisse des dépôts et consignations d'une procédure contradictoire préalable telle que prévue par les articles R. 6333-6 du code du travail, L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que par les articles 12 et 13.1.1. des conditions générales de " Mon compte formation ", l'administration ne pouvant valablement invoquer une situation d'urgence permettant de la dispenser de cette obligation, le montant des sommes qu'elle lui a versé étant négligeable au regard du budget prévisionnel de ce dispositif, qui s'élève à 2,6 milliards d'euros, et ne présente donc pas un péril suffisant pour l'institution ;

-elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits, l'allégation d'usurpation de l'identité des stagiaires qui fondent la sanction n'étant étayée par aucune preuve susceptible de l'établir ;

-la sanction infligée présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Pirin Conseil la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la société requérante, d'une part, ne démontre pas être dans l'impossibilité de proposer ses formations autrement que par le biais du dispositif " Mon compte formation ", d'autre part, ne verse aucune pièce permettant d'apprécier sa situation globale et l'état de son passif, enfin qu'elle a introduit le présent référé suspension plus de trois mois après l'édiction de la décision attaquée ;

-il existe un intérêt général à maintenir les effets de la décision contestée dès lors que la société requérante se trouve dans une situation manifestement illégale, les faits qui lui sont reprochés, tenant à la prise de contrôle des comptes de titulaires à leur insu dans le seul objectif de débiter leurs droits CPF et la création frauduleuse d'identités numériques à partir de documents d'identité réels mais à l'insu de leurs titulaires, ce qui constitue une usurpation d'identité, étant d'une particulière gravité ;

-de sérieux indices lui ont permis de caractériser l'existence d'une fraude de la part de la société Pirin Conseil, au vu de l'environnement commercial de l'organisme de formation ainsi que du relevé des données de connexion aux comptes " moncompteformation " et cette fraude a été confirmée par le signalement des services de La Poste, qui gère l'" Identité Numérique La Poste " permettant d'accéder au service sécurisé " FranceConnect+ " ;

-la sanction infligée n'est pas disproportionnée ;

-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire distinct enregistré le 23 juin 2023, la Caisse des dépôts et consignations a produit des éléments techniques à l'appui des griefs d'usurpation d'identité et d'escroquerie et a demandé que ces pièces soient soustraites au contradictoire en application des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2303412 enregistrée le 14 juin 2023 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2023, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

-le rapport de M. A,

-les observations de Me Fouret, substituant Me Le Foyer de Costil, représentant la société Pirin Conseil, qui a repris ses écritures, en réfutant les accusations de fraude, indiquant notamment que la concomitance relevée entre les offres de formations et les acceptations par les titulaires des comptes CPF s'explique par le fait que les apprenants sont guidés en temps réel au téléphone par les conseillers et ajoutant que les formations dispensées sont bien réelles, qu'il n'y a pas usurpation d'identités ni d'adresses IP communes ;

-et les observations de Me Montfront, substituant Me Nahmias, représentant la Caisse des dépôts et consignations, qui a repris ses écritures en décrivant le schéma de fraude détecté, et en réitérant notamment que l'absence de procédure contradictoire se justifiait par la gravité de cette fraude.

La clôture de l'instruction a été différée au 28 juin 2023.

Une note en délibéré présentée pour la Caisse des dépôts et consignations a été enregistrée le 28 juin 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par une ordonnance du 28 juin 2023, l'instruction a été rouverte, la note en délibéré a été communiquée et la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Aucun des moyens visés ci-dessus n'est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, de rejeter les conclusions de la société Pirin Conseil tendant à la suspension de l'exécution de ces décisions et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

3. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge la Caisse des dépôts et consignations, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Pirin Conseil demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Pirin Conseil une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la Caisse des dépôts et consignations et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Pirin Conseil est rejetée.

Article 2 : La société Pirin Conseil versera à la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Pirin Conseil et à la Caisse des dépôts et consignations.

Fait à Toulouse, le 7 juillet 2023.

Le juge des référés,

B. A

La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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