mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304136 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NASSIET JEAN PIERRE (NE PAS UTILISER) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet 2023 et 22 janvier 2024, la société civile immobilière (SCI) Route de Cahors, représentée par Me Nassiet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des impositions supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et des contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice 2016 en droits, intérêts et pénalités pour un montant de 68 359 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'était pas soumise au régime d'imposition à l'impôt sur les sociétés à la clôture de son exercice 2016 ;
- subsidiairement, la méthode d'évaluation de la valeur vénale du bien sis à Gourdon est erronée dès lors, d'une part que l'administration fiscale s'est fondée sur des termes de comparaison inappropriés et, d'autre part, que le loyer au mètre carré n'était pas supérieur à 6 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 novembre 2023 et 25 novembre 2024, le directeur chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SCI Route de Cahors ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Détenue par M. C E, qui en assure la gestion, Mme B D, ainsi que Julia et Louise E, leurs filles, la société civile immobilière (SCI) Route de Cahors exerce une activité de location immobilière. Son siège social, sis Route de Cahors, à Gourdon, a fait l'objet d'une visite ordonnée par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal de Grande Instance de Cahors en date du 4 octobre 2019, en application des dispositions prévues à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales. Ces opérations de contrôle ont révélé que la résidence principale de ses associés constituait le seul investissement de la SCI Route de Cahors. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a adressé, le 18 décembre 2019, une proposition de rectification mettant à sa charge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et des pénalités au titre de l'exercice 2016. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 6 décembre 2022. Par une réclamation préalable du 23 décembre 2022, rejetée le 2 juin 2023, la SCI Route de Cahors a contesté ces impositions. Par sa requête, la SCI Route de Cahors demande la décharge de ces impositions supplémentaires.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 239 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. Dans ce cas, l'impôt sur le revenu dû par les associés en nom, commandités, coparticipants, l'associé unique de société à responsabilité limitée et les associés d'exploitations agricoles est établi suivant les règles prévues aux articles 62 et 162. / L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés.() ". En outre, l'article 22 de l'annexe IV du code général des impôts, dispose, dans sa rédaction applicable au litige : " La notification de l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts est adressée au service des impôts du lieu du principal établissement de la société ou du groupement qui souhaite exercer cette option./ La notification indique la désignation de la société ou du groupement et l'adresse du siège social, les nom, prénoms et adresse de chacun des associés, membres ou participants, ainsi que la répartition du capital social ou des droits entre ces derniers. Elle est signée dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, par tous les associés, membres ou participants. Il en est délivré récépissé. () ".
3. L'administration fiscale est en droit d'opposer au contribuable les conséquences du régime fiscal pour lequel il a opté, sans que ce contribuable puisse utilement se prévaloir, ultérieurement, de ce qu'il ne remplissait pas les conditions auxquelles le bénéfice de ce régime est subordonné, ce qui aurait permis à l'administration de le remettre en cause dès les premiers effets de l'option.
4. La société requérante soutient tout d'abord que, créée le 4 mai 2016 et n'ayant opté pour l'option en faveur du régime d'imposition à l'impôt sur les sociétés postérieurement au délai fixé par les dispositions précitées de l'article 239 du code général des impôts, elle n'était pas imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2016. Cependant, il résulte des termes non ambigus du courrier du 12 septembre 2016, que ces associés ont opté pour le régime des sociétés de capitaux, cette déclaration étant revêtue de la signature de chacun d'entre eux, suivant les formes prescrites par les dispositions précitées de l'article 22 de l'annexe IV du code général des impôts. Il résulte de l'instruction que la SCI Route de Cahors a en outre déposé la déclaration à l'impôt sur les sociétés souscrite pour l'exercice clos le 31 décembre 2016, alors en cours, immédiatement après que ses associés aient exercé leur option. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne relevait pas du régime fiscal des sociétés de capitaux à compter du mois de mai de l'année 2016.
5. En second lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III de ce code : " 1. Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. /Cette valeur d'origine s'entend : () / b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; () ".
6. Il résulte de ces dispositions combinées que si les opérations d'apport sont, en principe, sans influence sur la détermination du bénéfice imposable, tel n'est toutefois pas le cas lorsque la valeur d'apport des immobilisations, comptabilisée par l'entreprise bénéficiaire de l'apport, a été volontairement minorée par les parties pour dissimuler une libéralité faite par l'apporteur à l'entreprise bénéficiaire. Dans une telle hypothèse, l'administration est fondée à corriger la valeur d'origine des immobilisations apportées à l'entreprise pour y substituer leur valeur vénale, augmentant ainsi l'actif net de l'entreprise dans la mesure de l'apport effectué à titre gratuit. La preuve d'une telle libéralité doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre la rémunération convenue pour l'apport et la valeur vénale du bien apporté et, d'autre part, d'une intention, pour l'apporteur, d'octroyer et, pour la société bénéficiaire, de recevoir une libéralité du fait des conditions de l'apport. Cette intention est présumée lorsque les parties sont en relation d'intérêts.
7. Il résulte tout d'abord de l'instruction que, le 4 mai 2016, M. E a apporté un ensemble immobilier à la SCI Route de Cahors, évalué à 257 400 euros. Pour remettre en cause la valeur de cet actif, l'administration a relevé que le bien se composait d'une maison d'habitation avec piscine et terrain attenant d'une superficie de 5 047 m2 dont 180 m2 de superficie utile, soit une valeur au mètre carré de 1 430 euros alors que le prix au mètre carré des biens situés dans un périmètre de vingt kilomètres alentours variait entre 1 900 et 2 000 euros. Retenant le prix le plus bas de cette fourchette, l'administration fiscale a calculé la valeur de l'ensemble immobilier à partir de sa superficie utile (1 900 x 180). La valeur de l'actif a ainsi été estimée à 342 000 euros soit une sous-évaluation de 84 600 euros, équivalant à une minoration de 32 %. Au stade du recours formé devant l'interlocuteur régional, cette valeur a été ramenée à 327 618 euros afin de tenir compte des nuisances sonores provenant de la proximité d'une voie de chemin de fer et d'une route départementale. L'écart entre la valeur déclarée par la SCI et celle déterminée par l'administration a ainsi été ramené à 70 218 euros, soit une minoration de 27,28 % qui présente un caractère significatif. En outre, eu égard aux liens familiaux unissant l'apporteur aux associés de la SCI Route de Cahors, l'administration fiscale pouvait légalement présumer que M. E et la société requérante avaient respectivement entendu octroyer et recevoir une libéralité.
8. La société requérante critique la méthode d'évaluation de la valeur vénale de l'ensemble immobilier employée par l'administration fiscale au motif que les biens situés à proximité du bien en litige, utilisés comme termes de comparaison, étaient libres d'occupation, contrairement à la maison apportée à la SCI Route de Cahors, qui était occupée par ses associés. S'il est exact que les trois termes de comparaison auxquels l'administration s'est référée étaient libres d'occupation lorsqu'ils ont été cédés, la société requérante ne justifie pas en quoi cette circonstance suffirait à établir que la méthode d'évaluation mise en œuvre par le vérificateur serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.
9. En outre, en se bornant à se prévaloir d'un document du 4 août 2020, dont l'origine n'est d'ailleurs ni précisée ni déterminable, mentionnant le loyer pratiqué pour la location d'un appartement de type 4 de 115 m2 à Gourdon, dont le bail a été renouvelé au cours de l'année 2016, la société requérante ne critique pas sérieusement la méthode d'évaluation employée par l'administration. Dans ces conditions, le vérificateur, par la méthode de reconstitution ainsi utilisée, qui n'est ni excessivement sommaire, ni radicalement viciée dans son principe, n'a pas exagéré la valeur vénale qu'il a retenue.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et des contributions sociales auxquelles la SCI Route de Cahors a été assujettie au titre de l'exercice 2016 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie essentiellement perdante, la somme que la SCI Route de Cahors demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Route de Cahors est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Route de Cahors et au directeur chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N ° 2304136
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026