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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304285

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304285

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304285
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPETITGIRARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. A..., qui contestait le refus de renouvellement de sa pension militaire d’invalidité pour des séquelles au genou droit. Le tribunal a jugé que l’administration n’avait pas commis d’erreur d’appréciation, en se fondant sur l’amélioration du déficit fonctionnel constatée entre deux expertises médicales, rendant le taux d’invalidité inférieur au seuil légal de 10 % requis par les articles L. 121-4 et L. 121-5 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre. La demande d’expertise médicale a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 juillet 2023, le 22 octobre et le 17 décembre 2024, M. A..., représenté par Me Petitgirard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’ordonner avant dire droit une expertise médicale ;

2°) d’annuler la décision du 24 mai 2023 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours formé contre la décision du 9 septembre 2022 refusant le renouvellement de sa pension militaire d’invalidité pour l’infirmité « séquelles de contusions avec rupture du ligament croisé antérieur du genou droit traitées par deux ligamentoplasties et méniscectomie » ;


3°) d’enjoindre au ministre des armées, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui concéder une pension militaire pour l’infirmité dont il est atteint ;

4°) de condamner l’Etat à lui verser les intérêts et les intérêts capitalisés à valoir sur les arrérages de ses pensions militaires à compter de la réception de sa demande ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l’administration a commis une erreur dans l’appréciation des séquelles liées à son infirmité.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet et le 16 décembre 2024 et le 10 janvier 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la circulaire du 12 février 2010 relative à la constitution, à l’instruction et à la liquidation des dossiers de pension d’invalidité du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et cette circulaire ne prévoit pas un examen clinique du demandeur de pension par un médecin chargé des pensions militaires ;
- seule la gêne fonctionnelle est prise en considération dans l’évaluation d'une infirmité ;
- il existe une diminution de la gêne fonctionnelle de M. A... entre l’expertise du 20 février 2021 et celle du 16 mai 2022 ;
- le certificat médical du médecin généraliste du 14 mars 2023 ne peut pas être pris en considération car il est postérieur à la date de la demande de renouvellement de pension de M. A... du 14 mars 2022.

Par une ordonnance du 18 décembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 15 janvier 2025 à 12 heures.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Garrido,
- et les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique.
- et les observations de Me Bentaïeb substituant Me Petitgirard, pour M. A....


Considérant ce qui suit :

M. B... A... est entré en service le 5 juin 2001 en qualité de militaire du rang dans l’infanterie avant d’être nommé sous-officier le 1er août 2006. Il a été victime en service d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit à l’occasion d’une séance de sport de combat le 5 mars 2009. Le 15 février 2015, alors qu’il était en opération extérieure en Irak, il a de nouveau été victime d’une rupture du ligament croisé au genou droit lors d’une chute au bord d’une citerne d’eau. Par une décision du 10 mai 2021, le ministre des armées lui a octroyé une pension militaire d’invalidité au taux global de 10 %, à titre temporaire pour la période du 8 août 2019 au 7 août 2022, pour « séquelles de contusions avec ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) du genou droit traitées par 2 ligamentoplastie et méniscectomie ». Le 14 mars 2022, M. A... a sollicité le renouvellement de sa pension militaire d'invalidité. Par une décision du 9 septembre 2022, le ministre des armées a rejeté sa demande au vu de l’amélioration de son déficit fonctionnel, son infirmité n’atteignant plus le taux d’invalidité minimum de 10% requis pour le maintien du droit à pension. Par une décision du 24 mai 2023, la commission de recours de l’invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire présenté par M. A... le 9 février 2023. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d’annuler la décision de la commission de recours de l’invalidité et d’enjoindre au ministre des armées de lui concéder une pension militaire pour l’infirmité dont il est atteint.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 2 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre : « Les dispositions du présent code déterminent le droit à réparation des militaires servant en temps de paix comme en temps de guerre (...). ». Aux termes de l’article L. 121-4 du même code : « Les pensions sont établies d’après le taux d’invalidité résultant de l’application des guides-barèmes mentionnés à l’article L. 125-3. Aucune pension n’est concédée en deçà d’un taux d’invalidité de 10 % ». Aux termes de l’article L. 121-5 du même code : « La pension est concédée : 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d’invalidité qu’elles entraînent atteint ou dépasse 10 % (...) ». Aux termes de l’article L. 121-8 du même code : « La pension a un caractère définitif lorsque l'infirmité causée par la blessure ou la maladie est reconnue incurable. A défaut, la pension est concédée pour trois ans et peut être convertie en pension définitive dans les conditions prévues par décret en Conseil d’État (...) ». Aux termes de l’article L. 125-1 du même code : « Le taux d’invalidité reconnu à chaque infirmité examinée couvre l’ensemble des troubles fonctionnels et l’atteinte à l’état général ». Aux termes de l’article L. 125-3 du même code :« (...) L’indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d’invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d’un guide-barème portant classification des infirmités d’après leur gravité (...) ». Aux termes de l’article L. 151-2 du même code : « La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle (...) ».Aux termes de l’article R. 121-4 du même code : « A l’issue du délai de trois ans, pour la ou les infirmités résultant uniquement de blessures, la situation du pensionné doit être définitivement fixée : 1° Soit par la conversion de la pension temporaire en pension définitive à un taux supérieur, égal ou inférieur au taux primitif ; 2° Soit, si l'invalidité a disparu ou est devenue inférieure au minimum indemnisable de 10 %, par la suppression de la pension ».

Il résulte de ces dispositions que l’administration doit se placer à la date de la demande de l’intéressé pour évaluer ses droits à renouvellement, révision et octroi d’une pension militaire d’invalidité, notamment pour évaluer le taux d’invalidité résultant de l’infirmité en cause, soit en l’espèce, à la date du 14 mars 2022. Toutefois, ces dispositions ne sauraient être interprétées comme interdisant à l’administration de prendre en compte des pièces médicales, qui, bien que postérieures à la demande de l’intéressé, révèlent par leur contenu l’état de santé existant à cette date.

Il résulte de l’instruction que M. A... a bénéficié d’une pension militaire d’invalidité provisoire pour son infirmité « Séquelles de contusions avec ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) du genou droit traitées par 2 ligamentoplastie et méniscectomie » du 8 août 2019 au 7 août 2022. Pour refuser le renouvellement de la pension d’invalidité de M. A..., la commission de recours s’est fondée sur l’avis du 23 août 2022 rendu par le médecin conseil chargé des pensions militaires d’invalidité. Celui-ci, après lecture du rapport d’expertise du médecin généraliste expert du ministère, réalisé dans le cadre de la demande de renouvellement de pension, a estimé que le taux d’invalidité de M. A... devait être ramené à un taux inférieur à 10 %. Le médecin conseil a retenu pour ce faire l’existence d’une amélioration du déficit fonctionnel par rapport à l'expertise médicale précédente, réalisée le 20 février 2021, avec un léger déficit de flexion dans les limites du secteur fonctionnel (120° contre 130° à gauche contre 110° en 2021) et une extension normale en l’absence d'amyotrophie quadricipitale et de boiterie sur un genou stable. M. A... fait valoir au contraire que son infirmité ne s’est pas améliorée, puisqu’elle reste marquée, notamment, par une boiterie.

D’une part, il résulte de l’expertise du 16 mai 2022, que M. A..., sujet droitier, présente au genou droit une flexion de 120° (130° à gauche), une extension à 10° à droite comme à gauche, une distance talon-fesses de 20 cm (14 cm à gauche), un périmètre identique à celui du genou gauche. Le médecin expert a également constaté que M. A... présentait une amyotrophie moyenne du quadriceps gauche avec un périmètre à la mi-cuisse à 51 cm à droite et à 48 cm à gauche et qu’il s’accroupissait difficilement avec une limitation, légère en actif sur son côté droit. Il a aussi mentionné que l’intéressé avait bénéficié sur ce même membre de quatre ligamentoplasties et de deux ménisectomies. L’expert a également noté que M. A... déclarait ressentir une douleur permanente au genou et ne supportait pas les charges lourdes. Il a noté également que l’intéressé rencontrait des difficultés pour marcher longtemps, qu’il ne pouvait plus pratiquer de sport et qu'il devait bénéficier d’une viscosupplémentation et d’une attelle articulée. En revanche, le même médecin généraliste expert a relevé que M. A... présentait un genou droit sec, des réflexes rotuliens symétriques, une marche autonome sans boiterie apparente, un test de Lachmann normal à droite, un tiroir antérieur à gauche, s'habillait et se déshabillait de manière autonome et portait une prothèse mobile, sphérique sans déformation. Aussi, il n’a constaté aucun épanchement intra articulaire ni déformation des reliefs osseux du plateau tibial. Sur le fondement de ces constatations, il a estimé que le taux d'invalidité de l’infirmité de M. A... de séquelles de contusions avec ruptures du ligament croisé antérieur du genou droit, traitées par une ligamentoplastie et une méniscectomie, devait être maintenu à 10 %.

D’autre part, il résulte de l’instruction que le certificat médico-administratif d’aptitude, établi le 14 juin 2022 par le service de santé des armées, confirme l’inaptitude de M. A... aux opérations extérieures, aux missions de courte durée hors métropole, à un poste permanent hors métropole et au parachutisme militaire et qu’il est uniquement apte à servir en poste sédentaire et à la pratique du sport à son rythme comme l’avait constaté le précédent certificat médio-administratif d’aptitude établi le 7 novembre 2019, ce qui avait été confirmé par le certificat de visite médicale d’aptitude établi par le centre médical des armées le 2 mars 2021. En outre, l’expertise médicale précitée du 16 mai 2022 mentionne la pose d’une attelle « Donjoy Armo » pour instabilité du genou droit. De plus, un certificat médical du 2 août 2024 du médecin traitant de M. A..., atteste qu’il souffre depuis 2018 d’une impotence fonctionnelle et d’une boiterie qui nécessitent un suivi et un traitement rééducatif. Ce médecin avait d’ailleurs déjà constaté lors d’une visite médicale de M. A... le 14 mars 2023, réalisée dans le cadre d’une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, qu’il présentait une fatigabilité et souffrait de douleurs et d’une boiterie permanentes. Il résulte, enfin, du guide barème des invalidités qu’une pension d’invalidité est comprise entre 5 et 30 % pour les raideurs articulaires avec angle favorable de la verticale à 25 degrés ou 45 degrés. Or, en 2022, le médecin-expert n’a pas constaté par rapport à 2021 d’amélioration nette du déficit fonctionnel du requérant. En 2021, le médecin-expert retenait une limitation en flexion de -25°. En 2022, cette limitation est strictement identique. En revanche, si la flexion du genou droit s’est légèrement améliorée selon le médecin, passant de 110° à 120°, l’angle de flexion à la verticale est passé de 30 à 35 degrés. Dès lors, M. A... est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur d’appréciation du taux de son invalidité, celui-ci devant être évalué à 10 %.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’ordonner une expertise complémentaire, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 24 mai 2023 de la commission de recours de l’invalidité et que son droit à pension au titre de l’infirmité « séquelles de contusions avec rupture du ligament croisé antérieur (LCA) du genou droit traitées par deux ligamentoplasties et méniscectomie » doit être fixé à 10% à compter du 8 août 2022.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

D’une part, les bénéficiaires de pensions militaires d’invalidité ont droit à des intérêts, en cas de retard apporté au versement des sommes qui leur sont dues.

En l’espèce, il résulte de l’instruction que le renouvellement de la pension de M. A... à l’issue de période triennale intervenait le 8 août 2022. Par suite, il y a lieu de lui allouer les intérêts au taux légal ayant couru sur les arrérages complémentaires de sa pension à compter de cette date et jusqu’à la date à laquelle l’Etat procèdera au versement desdits arrérages.

D’autre part, M. A... a demandé la capitalisation des intérêts dans son mémoire en réplique du 22 octobre 2024, date à laquelle il était dû une année d’intérêts. Dans ces conditions, sa demande de capitalisation doit être accueillie à compter de cette date puis à chaque échéance annuelle.

Sur les frais liés à l’instance :

M. A... n’a pas déposé de demande d’aide juridictionnelle au titre de la présente procédure. Par conséquent, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre.


DE C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours de l’invalidité du 24 mai 2023 est annulée.

Article 2 : Il est attribué à M. A... à compter du 14 mars 2022 une pension militaire d’invalidité au titre de l’infirmité « séquelles de contusions avec rupture du ligament croisé antérieur (LCA) du genou droit traitées par deux ligamentoplasties et méniscectomie » à un taux de 10% à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... les intérêts au taux légal sur les arrérages de sa pension militaire d’invalidité à compter du 8 août 2022. Les intérêts échus à la date du 22 octobre 2024 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre des armées et des anciens combattants.


Délibéré après l'audience du 14 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Préaud, conseillère,
M. Garrido, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2026.

Le rapporteur,



L. GARRIDO
La présidente,



C. VISEUR-FERRÉ

La greffière,



F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la ministre des armées et des anciens combattants en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.


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