lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305651 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SARASQUETA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2023 et le 27 février 2024, M. A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié/travailleur temporaire " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié/travailleurs temporaire " dans le même délai ou, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, en le munissant en toute hypothèse, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où le requérant ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus d'admission au séjour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mérard,
- et les observations de Me Sarasqueta, représentant M. A, en la présence de celui-ci.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 3 septembre 1994, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 2 août 2018. Il a sollicité une demande d'asile qui a été rejetée et a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 3 décembre 2021. Il a sollicité, le 24 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 27 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale et de son activité salariée et lui a octroyé une carte de séjour portant la mention " visiteur ". Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision en tant que le préfet a refusé son admission exceptionnelle au séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1.
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie avoir une relation maritale depuis plus deux ans au moment de la décision contestée avec une compatriote titulaire d'une carte de résidente d'une durée de validité de dix ans et d'un contrat à durée indéterminée, et avec laquelle il a eu un enfant né le 5 août 2022 et un enfant à naître au moment de la décision. Par ailleurs, M. A justifie d'une intégration professionnelle et sociale depuis qu'il réside sur le territoire français. Il a ainsi travaillé pendant la durée d'instruction de sa demande d'asile et bénéficie d'une promesse d'embauche d'une agence d'interim qui a déposé une demande d'autorisation d'emploi de salarié étranger. Ainsi, eu égard à la durée de la vie commune avec sa compagne en situation régulière et à la présence d'un enfant commun à la date de la décision, le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet a refusé son admission exceptionnelle au séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
6. Eu égard au motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sarasqueta, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sarasqueta d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de la Haute-Garonne du 27 février 2023 est annulée en tant qu'elle refuse à M. A son admission exceptionnelle au séjour.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Sarasqueta, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M.Cd A, à Me Saraquesta et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La rapporteure,
B. MÉRARD
La présidente,
S. CAROTENUTO
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au le préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2302927
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