mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402832 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | THIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2024, Mme G D, représentée par Me Thiam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 au profit de Me Thiam, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur son état de santé et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 1.1.1. de la circulaire du 25 janvier 1990 ;
- elle ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'elle est protégée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée en fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Mme Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2024.
Par une ordonnance du 6 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Douteaud a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 24 novembre 1970, est entrée en France, pour la dernière fois, le 25 juin 2019, munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, valable du 31 janvier au 29 juillet 2019. Le 28 janvier 2020, elle a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 24 mars 2021, le préfet de l'Aude a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme D a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 6 juin 2023 en se prévalant de son état de santé. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté réglementaire du 13 mars 2023 n° 31-2023-03-12-00006 publié le 15 mars 2023 au recueil administratif spécial n° 31-2023-099 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, et en son absence à, son adjointe, Mme F A, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour, les décisions d'éloignement ainsi que celles dont elles sont assorties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de Mme D. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. En outre, l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour ainsi que la disponibilité du traitement approprié. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. Pour rejeter la demande d'admission au séjour de Mme D, le préfet de la Haute-Garonne s'est approprié le sens de l'avis du 27 septembre 2023 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et a estimé que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le préfet a ensuite considéré que l'intéressée, qui peut voyager sans risque vers son pays d'origine, ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins rendus nécessaires par son état de santé.
8. Mme D, qui n'a pas levé le secret médical, ne conteste pas utilement l'appréciation portée par le préfet en produisant deux attestations de prise de rendez-vous auprès d'établissements hospitaliers toulousains. En outre, en se bornant à soutenir qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes en Algérie et " qu'il est connu de tous " que le " recours à la mammographie [y] est [alarmant] ", la requérante n'établit pas que l'offre de soins disponible dans son pays d'origine ne lui permettrait pas de bénéficier des traitements que son état de santé requiert. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a ni méconnu les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur l'état de santé de l'intéressée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision attaquée, qui énonce le texte applicable à la situation de la requérante, à savoir le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la situation familiale de l'intéressée. Par suite, elle est suffisamment motivée.
10. En deuxième lieu, outre que la requérante n'assortit pas son moyen tenant à ce qu'elle est protégée des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle entrerait dans une des catégories des étrangers protégés contre l'éloignement.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
12. Si Mme D soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées, elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, elle n'établit pas qu'elle serait dépourvue d'attaches en Algérie, où elle a vécu durant la majeure partie de sa vie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En quatrième et dernier lieu, si Mme D soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation, elle n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. La décision attaquée mentionne les circonstances de fait qui la fondent, en relevant notamment que la requérante n'établit pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, elle est suffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
17. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de Mme D, le préfet de la Haute-Garonne a estimé que si sa présence ne présentait pas de menace pour l'ordre public, la requérante, qui n'établit pas être présente sur le territoire depuis le mois de juin 2019, n'a pas exécuté une précédente obligation de quitter le territoire français en dépit du rejet du recours formé contre cette mesure, par le tribunal administratif de Montpellier, le 17 septembre 2021. Le préfet s'est également fondé sur l'absence de liens personnels établis sur le territoire français par Mme D dont l'époux réside à l'étranger. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Thiam et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure
S. DOUTEAUD
La présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026