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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402840

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402840

mercredi 2 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402840
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSAHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mai et 4 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Sahel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris en son ensemble :

- il est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie du caractère sérieux de ses études ;

- eu égard à sa situation personnelle et familiale en France, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de sa situation personnelle et aux conséquences qu'elle emporte sur sa vie privée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les observations de Me Sahel, représentant M. A, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 16 février 1996, est entré en France le 15 octobre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ", régulièrement renouvelé jusqu'au 18 novembre 2023. Le 16 octobre 2023, il a sollicité, auprès du préfet de la Haute-Garonne, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 7 décembre 2023, cette autorité a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par arrêté du 3 mars 2023 n° 31-2023-03-13-006, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture de la Haute-Garonne du 15 mars 2023, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne spécifiquement la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressé, ainsi que les conditions de son entrée en France, et a exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. Dans ces conditions, le préfet ayant fait mention des considérations de droit et de fait fondant sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui, au sein de l'arrêté attaqué a décrit le cursus d'études supérieures suivi par M. A et en a apprécié le sérieux et la cohérence, ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. " Pour l'application de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise précité, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant par un ressortissant sénégalais, de rechercher, sous le contrôle du juge et à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité et à la progression des études poursuivies par le bénéficiaire.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été ajourné en première année de master " Transitions environnementale dans les territoires " de l'université Toulouse Jean Jaurès lors de l'année universitaire 2020-2021, qu'il a de nouveau été ajournée dans ce même Master 1 en 2021-2022, qu'il ne s'est inscrit dans aucun master ni dans aucune formation en 2022-2023 avant de s'inscrire dans une formation de " TFP Chef d'équipe " en 2023-2024. Ainsi, aux termes de trois années d'études universitaires en France, M. A n'a validé aucun diplôme, ni même aucune année. A cet égard, en se bornant à faire valoir que ces candidatures se sont échelonnées entre le mois de mars et le mois d'avril 2021, en plein rebond de l'épidémie de Covid alors même qu'il ressort des mails accompagnant ces candidatures que celles-ci répondaient à des offres de stage, il n'établit pas, ainsi qu'il le soutient, que les conditions sanitaires l'auraient empêché d'effectuer son stage. En tout état de cause, si les mails de candidature qu'il produit démontrent les démarches qu'il a accomplies en vue d'obtenir un stage et, ainsi, de valider l'unité d'enseignement UE801 du master qu'il suivait en 2020-2021, cet élément n'est pas de nature à expliquer à lui seul, l'absence de progression durant ces trois années universitaires. En outre, la formation de 254 heures " TFP Chef d'équipe " qu'il a débutée le 16 mai 2023 relève d'un domaine différent de celui dans lequel il s'était auparavant investi, sans toutefois que le requérant n'expose avec une précision suffisante cette réorientation et sans qu'il ne fasse part d'un projet professionnel abouti. Par suite, s'il fait valoir sa volonté de poursuivre son projet professionnel en France, il ne justifie d'aucune circonstance particulière pour expliquer ses échecs, et il ne saurait donc être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Dès lors que refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies, le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, la décision portant refus de titre n'étant pas illégale, M. A ne peut exciper de son illégalité pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire.

10. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que la décision attaquée entraînera de graves conséquences sur sa vie privée sans faire état d'aucune relation intense et stable nouée sur le territoire, M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyens tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et aux conséquences qu'elle emporte sur sa vie privée.

En ce qui concerne la décision fixant du pays de renvoi :

11. La décision obligeant M. A à quitter le territoire n'étant pas illégale, celui-ci n'est pas fondé à exciper de son illégalité pour contester la décision fixant le pays de renvoi attaquée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sahel et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Meunier-Garner, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

M-O. MEUNIER-GARNER

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef

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02/04/2026

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