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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2501057

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2501057

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2501057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBOULET-GERCOURT VÉRONIQUE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une mesure d'expertise à la demande de Mme C..., propriétaire d'un immeuble mitoyen du lycée Ozenne. La requérante invoque des désordres matériels (dégradation de la toiture, infiltrations) causés par les travaux de rénovation de la façade du lycée, réalisés sous maîtrise d'ouvrage de la région Occitanie. Le juge a considéré que la mesure était utile pour déterminer l'origine, l'étendue des désordres et les responsabilités en vue d'un éventuel litige de plein contentieux, et ce malgré l'existence d'expertises amiables non contradictoires. La solution retenue est l'organisation d'une expertise judiciaire, sans préjudice des responsabilités, les parties ne s'y étant pas opposées sous réserves.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 13 février 2025, Mme A... C..., représentée par Me Tamain, demande au juge des référés d’ordonner une mesure d’expertise afin de se prononcer sur l’origine, la nature et l’étendue des désordres affectant son habitation.


Elle soutient que les travaux de rénovation de la façade du lycée Ozenne sont la cause de désordres sur son habitation, et qu’une expertise est utile afin de déterminer la part de responsabilité de chacun des acteurs en vue d’une future action en responsabilité.


Par un mémoire, enregistré le 31 mars 2025, la société d’exploitation Bonnery et la SA AXA France Iard, représentées par Me Leridon, concluent ne pas s’opposer à la demande d’expertise, sous les plus expresses réserves de leurs droits.

Par des mémoires, enregistrés les 2 avril et 5 juin 2025, la société d’exploitation Bonnery, représentée par Me Boulet-Gercourt, conclut ne pas s’opposer à la demande d’expertise, sous les plus expresses protestations et réserves d’usage quant à la mise en cause de sa responsabilité.


Par un mémoire, enregistré le 22 avril 2025, la région Occitanie, représentée par Me Pierson, conclut ne pas s’opposer à la demande d’expertise, mais exprime ses plus vives protestations et réserves.


Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2025, la SAS Technisphère, représentée par Me Gendre, conclut ne pas s’opposer à la demande d’expertise, et exprime ses plus expresses réserves et protestations. Elle demande également la mise en cause de la société Moebidis, ainsi que de son assureur la SMABTP.


Par un mémoire, enregistré le 20 mai 2025, la SAS Entreprise Sele et la SMABTP, représentée par Me Serdan, concluent ne pas s’opposer à la demande d’expertise, et demandent à ce que la mission de l’expert se limite aux seuls désordres dénoncés dans la requête, expriment leurs plus expresses protestations et réserves, et demandent de mettre les frais d’expertise à la charge de Mme C....

Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2025, la SMACL Assurances, représentée par la SCP Douchez Frédéric – Layani Amar Brigitte Avocats, demande :

1°) à titre principal, sa mise hors de cause de la présente instance, le contrat d’assurance « dommages aux biens » conclut par la région auprès de la SMACL Assurances ne couvrant pas les dommages invoqués par Mme C..., et de condamner la partie succombante aux entiers dépens ;

2°) à titre infiniment subsidiaire, fait acte de ses plus expresses protestations et réserves quant à la mesure d’expertise sollicitée.



Par un mémoire, enregistré le 3 juillet 2025, la société BPCE, en sa qualité d’assureur de la société TM Echafaudage, représentée par Me Jourdon, conclut ne pas s’opposer à la mesure d’expertise sollicitée et exprime ses plus expresses réserves quant à l’octroi de ses garanties.


Vu les autres pièces du dossier ;


Vu le code de justice administrative.


Vu la décision du 1er mars 2025 par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Viseur-Ferré, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :


Mme C..., propriétaire occupante d’un immeuble d’habitation, constate depuis 2021 des risques matériels et corporels liés à la dégradation des façades du lycée Ozenne, avec lequel son immeuble présente un mur mitoyen. Le 10 avril 2022, un bloc de façade a percé la toiture de son immeuble, qui a dû condamner deux pièces de son domicile pendant plusieurs mois. Le 12 juin 2023, elle a adressé en recommandé une demande d’action en responsabilité et en dommages-intérêts pour trouble anormal du voisinage. La région lui a répondu le 13 décembre 2023 lui assurant une remise en état rapidement des façades. A défaut d’information formelle, elle a relancé la région par lettre recommandé avec accusé de réception le 20 juin 2024. Les travaux ont été entrepris en juillet et août 2024, avec mise en place d’un échafaudage sur sa toiture, qui aurait causé des dégâts sur celle-ci et dans sa maison, notamment la casse de tuiles et des infiltrations d’eau. Mme C... a effectué une déclaration de sinistre le 18 août 2024 et plusieurs expertises amiables non contradictoires ont été menées en 2024, qui établissent les désordres subis par son habitation. C’est dans ces circonstances, et alors que les désordres perdureraient, que Mme C... saisit le juge des référés afin d’ordonner une mesure d’expertise pour déterminer les responsabilités des différents acteurs ainsi que les mesures de réparations nécessaires.

Sur la demande d’expertise :

Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. »

L'utilité d'une mesure d'expertise demandée au juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. Il appartient au juge des référés, saisi en application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'apprécier l'utilité de la mesure d'expertise demandée au vu des pièces du dossier, notamment des expertises déjà réalisées, et des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, cette mesure. La seule circonstance qu'une expertise ait déjà été réalisée ne dispense toutefois pas le juge d'apprécier l'utilité d'une nouvelle expertise demandée.

Il ressort des éléments versés au dossier que si plusieurs expertises ont été menées pour chiffrer et constater l’étendue des désordres affectant l’habitation de Mme C..., aucune n’a été réalisée contradictoirement ou n’a préjugé de la part de responsabilité des différentes parties. Par suite, la présente demande d’expertise revêt un caractère utile au sens des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d’y faire droit. Le contenu de la mission de l’expert est précisé à l’article 2 de la présente ordonnance.


Sur la demande de mise en cause de la société Moebidis ainsi que de son assureur la SMABTP :

Peuvent être appelées à une expertise, ordonnée sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, les personnes qui ne sont pas manifestement étrangères au litige susceptible d’être engagé devant le juge de l’action auquel se rattache l’expertise, ou dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l’expert. L’expertise constitue une simple mesure d’instruction, qui a notamment pour objet de déterminer la réalité, la nature, les causes et l’étendue des désordres affectant un immeuble, sans préjuger de leur imputabilité ou des responsabilités pouvant être encourues par les parties défenderesses.

La société Moebidis s’est vu confier la mission d’assistance à maître d’ouvrage et reprise des façades mitoyennes du lycée Ozenne, et était assurée par la SMABTP sur l’année 2024, par un contrat d’assurance globale Ingénierie. Il y a, dès lors, lieu de faire droit à la demande de la SAS Technisphère d’attraire à la cause la société Moebidis et la SMABTP.


Sur la demande de mise hors de cause de la SMACL Assurances :

La SMACL Assurances assurait la région Occitanie au moment des travaux, par un contrat d’assurance « dommages aux biens », dont la finalité est de garantir les atteintes aux biens appartenant à la région en cas de sinistre, et non les sinistres causés par la région sur un bien privé. Il y a donc lieu de faire droit à la demande d’être mis hors de cause de la SMACL Assurances, en sa qualité d’assureur de la région Occitanie.

Sur les réserves et protestations exprimées :

Il n’appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves dans le cadre de la présente procédure de référé. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu’être rejetées.



Sur les dépens :

Il sera statué, après dépôt du rapport d’expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d’expertise par la présidente du tribunal dans les conditions prévues à l’article R. 621-13 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre Mme A... C..., la région Occitanie, la société Technisphère, la société BPCE, la SAS TM Echafaudage, la SMABTP, la SAS Entreprise Sele, la société Axa France Iard et la SAS Bonnery.


Article 2 : L’expert aura pour mission de :


1°) se rendre sur les lieux, au 16, rue Gatien Arnoult, 31000 Toulouse, après avoir convoqué les parties ;

2°) entendre tout sachant et se faire communiquer tout document ou pièce qu’il estimera utile à l’accomplissement de sa mission, en particulier les documents contractuels liant les parties, ainsi que tous les documents techniques relatifs aux travaux ;

3°) rappeler et préciser les liens contractuels unissant les parties, les missions confiées par le maître d’ouvrage à chacun des constructeurs qu’il attrait à la présente instance ;

4°) rechercher les origines et les causes de ces désordres et préciser leur date d’apparition ; dire s'ils sont dus à un défaut de conception ou d’exécution des travaux non conforme aux stipulations contractuelles ou aux règles de l'art, à un défaut affectant un des matériaux utilisés, à un défaut de direction ou de surveillance, à un défaut d’entretien ou de maintenance de l’ouvrage qui pourrait être postérieur à la réception des travaux, à un défaut dans les conditions d’exploitation de l’ouvrage ; en cas de pluralité de causes à l’origine des désordres, préciser la part respective de chaque cause ;

5°) vérifier le cadre administratif, réglementaire et contractuel dans lequel les travaux sont intervenus ainsi que les conditions d’assurance ;

6°) prescrire toutes mesures conservatoires utiles ; proposer les solutions permettant de remédier aux dommages et permettant à l’immeuble d’être protégé à l’avenir de toute réitération des désordres ; préconiser et chiffrer les travaux en résultant, à même d’assurer la solidité de l’ouvrage et un usage propre à sa destination d’habitation ;

7°) plus généralement, déterminer l’ensemble des préjudices patrimoniaux ou extra-patrimoniaux subis par la requérante du fait des désordres et fournir tous éléments à caractère technique de nature à éclairer le juge du fond, saisi d’une action contentieuse ;

8°) rechercher l’accord des parties sur l’engagement d’une médiation sur la base de son rapport.


Article 3 : M. D... B..., expert inscrit sous plusieurs spécialités dont C.3.1. Structures : généralistes, domicilié 10 chemin des villas à Ramonville Saint Agne (31520), est désigné pour procéder à l’expertise.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l’expert procédera aux déclarations prévues à l’article R. 621-3. Si l’expert n’a pas prêté serment lors de son inscription initiale sur le tableau établi par la cour administrative d’appel du ressort ou lors de leur inscription sur l’une des listes prévues par la loi n° 71-498 du 29 juin 1971, il prêtera par écrit le serment prévu par l’article R. 221-15-1.

Article 5 : L’expert établira un pré-rapport, soumis aux parties pour recueillir leurs dires, sauf s’il ne le juge pas utile à l’accomplissement de sa mission, laquelle sera réalisée dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra recourir à un sapiteur avec l’autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 6 : L’expert notifiera son rapport aux parties dans un délai de six mois, dans les conditions prévues par l’article R. 621-9 du code de justice administrative, et le communiquera au greffe du tribunal selon les modalités précisées à l’article R. 621-6-5 du même code. L’expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par le demandeur et les personnes intéressées.

Article 7 : Si les parties se sont accordées pour engager une médiation, l’expert renverra les parties vers le tribunal pour qu’il nomme un médiateur en application de l’article L. 213-5 du même code et il informera la juridiction de l’achèvement de sa mission. Dans tous les cas, la médiation sera engagée au vu des conclusions de son rapport. Indépendante de l’expertise principale, elle donnera lieu à des frais complémentaires spécifiques.


Article 8 : Les frais et honoraires dus à l’expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l’article R. 621-11 du code susvisé.






Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C..., à la région Occitanie, à la société Technisphère à la société BPCE, à la SAS TM Echafaudage, à la SMABTP, à la SAS Entreprise Sele, à la société Axa France Iard, à la SAS Bonnery et à M. B..., expert.



Fait à Toulouse, le 28 janvier 2026


La vice-présidente, juge des référés,



Cécile VISEUR-FERRE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :
la greffière en chef,


ou par délégation le greffier

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