jeudi 17 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2502068 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PINSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2025, M. B A, représenté par Me Pinson, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour, et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant une expulsion porte, en principe, sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et créé, dès lors, une situation d'urgence ;
- la condition d'urgence est en l'espèce satisfaite ; la décision portant expulsion du territoire français et la décision portant assignation à résidence portent, par leur objet, une atteinte grave et immédiate à sa situation dès lors qu'il est en attente d'une expulsion imminente ;
- en outre, la décision d'expulsion en litige l'empêche de reprendre son activité professionnelle, alors que le juge d'application des peines du tribunal judicaire de Toulouse a, par un jugement du 10 mai 2024, prononcé sa libération conditionnelle assortie d'une obligation d'exercer une activité professionnelle et qu'en janvier 2025, il était dans un processus de recrutement auprès d'une agence d'intérim pour travailler en sous-traitance auprès d'Airbus, sur le site de Saint-Martin, en qualité de mécanicien avion ; il risque de voir sa libération conditionnelle remise en cause pour non-respect des conditions prévues par le jugement du 10 mai 2024 ;
- il dispose de l'intégralité des membres de sa famille en France, à l'exception de son père avec lequel il n'a plus aucun contact ;
- l'administration ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à renverser cette présomption d'urgence.
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision d'expulsion :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car sa présence en France ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ; s'il ne conteste pas avoir été condamné le 23 février 2023 à une peine de cinq ans d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et transport non autorisé de stupéfiants, en récidive, et à six mois d'emprisonnement pour évasion, en récidive, l'arrêté en litige ne fait état ni de son insertion professionnelle, ni de la mesure de libération conditionnelle dont il fait l'objet et dont il respecte les obligations ; si sa présence en France constituait un danger, le juge d'application des peines n'aurait pas accordé sa libération conditionnelle ; il n'a pas de famille en Algérie, n'ayant pas de certitude que son père s'y trouve, l'ensemble de sa famille étant en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il entretient des régulations régulières avec sa famille en France, en particulier avec ses trois sœurs et sa mère et cette décision a pour effet de le séparer d'elles ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale dans la mesure où elle est fondée sur une mesure d'expulsion elle-même illégale ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision d'assignation à résidence :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'expulsion sur laquelle elle est fondée ;
- elle porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir ; en imposant une obligation de présentation au moins une fois par jour, elle est incompatible avec l'exercice d'une activité professionnelle, de sorte que sa libération conditionnelle, qui lui impose l'exercice d'une activité professionnelle, risque d'être remise en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- s'il existe une présomption d'urgence attachée aux mesures d'expulsion, elle est renversée en l'espèce, le requérant étant inscrit dans un parcours délinquantiel d'une gravité croissante, de sorte qu'il y a urgence à exécuter la décision en litige ;
- il n'existe pas de présomption d'urgence attachée aux mesures d'assignation à résidence ; le requérant ne fait valoir aucun élément selon lequel la mesure d'assignation à résidence préjudicierait gravement à sa situation alors même qu'il est dépourvu d'autorisation de travail ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision d'expulsion :
- elle n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la présence de l'intéressé représentant une menace grave pour l'ordre public ; multi-récidiviste, il a fait l'objet, entre 2015 et 2023, de sept condamnations, dont deux concernant des faits de vol et recel et quatre concernant des infractions liées aux stupéfiants ; les peines prononcées à son encontre attestent de l'aggravation de son comportement ;
- elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision d'assignation à résidence :
- elle n'est pas entachée d'un défaut de base légale, la mesure d'expulsion sur laquelle elle est fondée n'étant pas illégale ;
- elle n'entre pas en contradiction avec les obligations fixées par le juge d'application des peines.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2502014 enregistrée le 21 mars 2025, par laquelle le requérant demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La président du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2025 à 10h, en présence de Mme Fontan, greffière d'audience :
- le rapport de M. Le Fiblec, juge des référés,
- les observations de Me Pinson, représentant M. A, présent, qui reprend et développe les moyens invoqués dans la requête en insistant sur le fait que la présence de M. A en France ne représente pas une menace grave pour l'ordre public, compte tenu de ce que le juge d'application des peines n'aurait pas décidé d'une libération conditionnelle le concernant, si c'était le cas,
- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui a repris ses écritures, en insistant sur le fait que le comportement du requérant, dont le parcours délinquantiel s'aggrave, constitue une menace grave pour l'ordre public, qu'il ne présente pas de gage de stabilité et de réinsertion et que la circonstance qu'il ait fait l'objet d'un aménagement de peine ne démontre pas que son comportement ne constituerait pas une telle menace.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 5 mars 1996 à Ain Temouchent (Algérie), est entré régulièrement en France le 19 septembre 2011, à l'âge de cinq ans, sous couvert du passeport de sa mère munie d'un visa touristique, valable du 15 septembre 2001 au 14 mars 2022. Il s'est vu délivrer un document de circulation pour mineur, valable du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2010, régulièrement renouvelé jusqu'au 4 mars 2015, puis un certificat de résidence de dix ans, valable du 10 juin 2014 au 9 juin 2024, dont il a demandé le renouvellement le 27 mai 2024. Il s'est vu depuis cette date délivrer des récépissés de demande de titre de séjour régulièrement renouvelés. Par un arrêté du 28 février 2025, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français, a fixé le pays de renvoi et a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence tant qu'il n'aura pas la possibilité de quitter le territoire français pour se conformer à la mesure d'expulsion, en application des dispositions du 6° l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande la suspension du premier arrêté en tant qu'il porte expulsion du territoire français et qu'il fixe le pays de renvoi et du second arrêté portant assignation à résidence.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 28 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de renvoi et de l'arrêté du 28 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de ces décisions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Pinson et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse le 17 avril 2025.
Le juge des référés,
B. LE FIBLEC
La greffière,
M. FONTAN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,