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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2502543

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2502543

lundi 14 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2502543
TypeOrdonnance

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par M. A B, une personne sans abri souffrant de graves séquelles neurologiques, afin d'obtenir un hébergement d'urgence. Le juge a constaté que le préfet de la Haute-Garonne reconnaissait la vulnérabilité particulière du requérant et s'engageait à saisir le dispositif d'appui à la coordination pour lui trouver une solution adaptée, sans toutefois justifier de démarches concrètes pour le mettre immédiatement à l'abri. En conséquence, le tribunal a estimé que la carence de l'administration portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence garanti par les articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles. Il a enjoint au préfet d'assurer l'hébergement de M. B dans un délai de 24 heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. A B, représenté par Me Laspalles, demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'assurer son hébergement en urgence dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, en cas de rejet de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite au regard de son état de santé, dès lors qu'il est en proie à de graves séquelles neurologiques qui le placent dans un état de vulnérabilité particulière sur le plan physique et psychique, qui l'oblige à suivre un traitement médicamenteux et des soins kinésithérapeutique, psychothérapeutique et orthophonique réguliers ; or, il ne dispose d'aucune solution d'hébergement pérenne ; du fait de son handicap, la vie à la rue l'expose à un risque de chute, de nouvel accident, de désorientation ou de décompensation psychiatrique ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence, dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de sa situation et des pathologies dont il souffre ; le défaut de prise en charge le concernant est contraire au droit à la dignité humaine et au droit à l'hébergement d'urgence ; le défaut de prise en charge emporte des conséquences graves sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il admet que M. B présente une situation médicale très particulière et que celle-ci a été prise en compte par l'Etat ; le service de veille sociale placé sous son autorité va saisir le dispositif d'appui à la coordination départemental pour gérer le profil complexe du requérant et lui trouver une solution d'hébergement adapté ; un hébergement en hôtel ou en centre d'hébergement d'urgence ne ferait que fragiliser la situation du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Carvalho, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 avril 2025 à 9 heures 30 en présence de Mme Fontan, greffière d'audience, Mme Carvalho a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Laspalles, représentant M. B, qui a précisé que plusieurs mails ont été adressés à la DREETS depuis le 24 mars sans jamais que son client ne reçoive de retour positif des services préfectoraux ; l'autorité préfectorale reconnaît certes la particulière vulnérabilité de son client, mais ne justifie de la réalité d'aucune des démarches qu'il fait valoir pour qu'un hébergement lui soit proposé ; en outre, le préfet fait valoir sans l'établir ni même l'étayer que l'hôtel ou l'hébergement d'urgence ne serait pas une solution adaptée à son client ; M. B est actuellement à la rue et doit être mis à l'abri ; aucun non-lieu ne saurait être prononcé dans les circonstances de l'espèce ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par () la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. D'autre part, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Selon l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

5. Il est constant que M. B souffre d'une pathologie grave et invalidante, survenue à la suite d'un grave accident de la route en 2022 et l'exposant à diverses difficultés sur les plans physique, neurologique, psychologique et comportemental, associant notamment troubles de la mémoire et désinhibition. Le préfet de la Haute-Garonne, qui ne conteste aucunement le fait que l'état de santé de M. B l'expose à un risque élevé de vulnérabilité en l'absence de solution d'hébergement, se borne à faire valoir qu'un hébergement d'urgence, en lieu et place d'un accueil dans une structure médico-sociale, fragiliserait l'état de santé du requérant, sans l'établir ni même l'étayer. Par suite, le requérant, qui présente une particulière vulnérabilité, justifie d'une circonstance exceptionnelle au sens du point précédent de nature à lui ouvrir droit à l'hébergement d'urgence reconnu à toute personne en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Par ailleurs, M. B établit avoir régulièrement sollicité le 115 depuis le 15 mars 2025, sans qu'aucune solution d'hébergement ne lui soit proposée. Aussi, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'absence de prise en charge du requérant au titre du dispositif de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles constitue une carence des autorités de l'Etat et porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence.

6. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre en charge sans délai M. B au titre de l'hébergement d'urgence. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : En outre, aux termes des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, susvisée : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, et sur le fondement des dispositions citées au point précédent, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser au conseil du requérant, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de prendre en charge sans délai M. B dans le cadre de l'hébergement d'urgence.

Article 3 : L'Etat versera à Me Laspalles, avocat de M. B, une somme de 900 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera directement versée à celui-ci.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Laspalles et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 14 avril 2025.

La juge des référés,

M. CARVALHO

La greffière,

M. FONTAN La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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