jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2100523 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 janvier 2021 et 25 août 2021 Mme B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2020 par lequel le président de la communauté d'agglomération Bergeracoise a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 12 mai 2020 et la décision du 7 décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Bergeracoise de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L.211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'avis de la commission de réforme est insuffisamment motivé ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors, d'une part, que le médecin de prévention n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme au cours de laquelle sa situation a été examinée et, d'autre part, qu'il n'a pas transmis de rapport, en méconnaissance des articles 15 et 21 du décret du 4 août 2004 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il existe une présomption et qu'aucune circonstance particulière ou faute personnelle ne détache l'accident du service ;
- la procédure a été viciée en l'absence de médecin spécialiste à la commission de réforme, en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004, et alors que l'expertise médicale n'était prévue que neuf jours après la réunion de la commission ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ; la dégradation de son état de santé est directement imputable à ses conditions de travail ce jour-là, caractérisées par une pression et une humiliation à son encontre de la part de la hiérarchie.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 5 juillet et 8 octobre 2021, la communauté d'agglomération Bergeracoise, représentée par Me Tandonnet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que Mme A n'a pas numéroté les pièces jointes par l'application télérecours, en méconnaissance de l'article R.412-2 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 novembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,
- et les observations de Me Dubois, représentant la communauté d'agglomération Bergeracoise.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, assistante de conservation du patrimoine et des bibliothèques, exerce ses fonctions au sein de de la médiathèque de Bergerac mais relève de la communauté d'agglomération Bergeracoise (CAB) depuis le 1er juillet 2013. Mme A a déclaré, le 26 mai 2020, un accident de service qui serait intervenu le 12 mai 2020. La commission départementale de réforme a émis, le 1er septembre 2020, un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident. Par un arrêté du 14 septembre 2020, le président de la communauté d'agglomération Bergeracoise, a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident. Le recours gracieux exercé contre cet arrêté a été rejeté par le président de la CAB le 7 décembre 2020. Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2020 et la décision du 7 décembre 2020 rejetant son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R.414-1 du code de justice administrative, dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'elle est présentée par un avocat, un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, une personne morale de droit public autre qu'une commune de moins de 3 500 habitants ou un organisme de droit privé chargé de la gestion permanente d'un service public, la requête doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction par voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible par le réseau internet. La même obligation est applicable aux autres mémoires du requérant ". Aux termes de l'article R. 414-2 de ce code : " Les personnes physiques et morales de droit privé non représentées par un avocat, autres que celles chargées de la gestion permanente d'un service public, peuvent adresser leur requête à la juridiction par voie électronique au moyen d'un téléservice accessible par le réseau internet. / Ces personnes ne peuvent régulièrement saisir la juridiction par voie électronique que par l'usage de ce téléservice. () ". Et aux termes de l'article R.414-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions des articles R. 411-3, R. 411-4, R. 412-1, R. 412-2 et R. 611-1-1, le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application mentionnée à l'article R. 414-1. / Le requérant transmet chaque pièce par un fichier distinct, à peine d'irrecevabilité de sa requête. () / Chaque fichier transmis au moyen de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 porte un intitulé commençant par le numéro d'ordre affecté à la pièce qu'il contient par l'inventaire détaillé. Lorsque le requérant recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application, l'intitulé du fichier décrit également le contenu de cette pièce de manière suffisamment explicite. Chaque pièce transmise au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 porte un intitulé décrivant son contenu de manière suffisamment explicite. / Les obligations fixées au précédent alinéa sont prescrites au requérant sous peine de voir la pièce écartée des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a adressé sa requête à la juridiction par voie électronique au moyen du téléservice accessible par le réseau internet, en application de l'article R.414-2 précité du code de justice administrative. La requérante a transmis chaque pièce par un fichier distinct, lequel porte un intitulé décrivant son contenu de manière suffisamment explicite, conformément aux dispositions de l'article R.414-5 du code de justice administrative, seules applicables à sa situation. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée en défense par la communauté d'agglomération Bergeracoise, tirée de ce que Mme A aurait méconnu les dispositions de l'article R.412-2 du code de justice administrative en ne numérotant pas les pièces jointes à la requête, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la situation de la requérante : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () / II. - Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".
5. D'autre part, aux termes du second alinéa de l'article 108-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le service de médecine préventive a pour mission d'éviter toute altération de l'état de santé des agents du fait de leur travail, notamment en surveillant les conditions d'hygiène du travail, les risques de contagion et l'état de santé des agents () ". Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive pour la fonction publique territoriale () compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. (). Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. " Aux termes de l'article 21 de cet arrêté : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service () de l'infirmité pouvant donner droit aux différents avantages énumérés à l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisé (). ".
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.
7. Il résulte de ces dispositions que, s'agissant de l'instruction des demandes tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie, l'information du médecin chargé de la prévention préalablement à la tenue de la commission de réforme constitue pour l'agent concerné une garantie dès lors que cette information est obligatoirement suivie de la remise par ce médecin d'un rapport écrit. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin du service de médecine préventive ait été informé de la saisine de la commission de réforme, alors qu'en application des dispositions citées au point précédent, cette information était obligatoirement suivie de la remise par ce médecin d'un rapport écrit. Ainsi, dès lors que la commission de réforme, saisie par la communauté d'agglomération Bergeracoise qui a souhaité se conformer à cette procédure, a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 12 mai 2020, l'absence de saisine du médecin du service de médecine professionnelle et préventive et de remise, par ce dernier, d'un rapport écrit, a privé l'intéressée d'une garantie.
8. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 14 septembre 2020, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux, doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas que la communauté d'agglomération Bergeracoise prenne une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident de Mme A, mais seulement qu'il soit procédé au réexamen de sa demande, en sollicitant, à cet effet, le service de médecine préventive afin que celui-ci adresse à la commission de réforme un rapport écrit conformément aux dispositions règlementaires en vigueur à la date de constatation de la maladie. Il y a lieu d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération Bergeracoise d'y procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la communauté d'agglomération Bergeracoise demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 14 septembre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 12 mai 2020, ainsi que la décision rejetant le recours gracieux de Mme A sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au président de la communauté d'agglomération Bergeracoise de réexaminer la situation de Mme A en sollicitant le service de médecine préventive afin que celui-ci adresse à la commission de réforme un rapport écrit conformément aux dispositions règlementaires en vigueur à la date de constatation de la maladie, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Bergeracoise au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté d'agglomération Bergeracoise.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Josserand, conseiller,
Mme Lahitte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
A. C
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02137
02/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2403399
Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la demande en indemnité de l'association Carcassonne Olympique suite à la résiliation anticipée par la commune de Carcassonne d'une convention d'occupation de locaux. La juridiction a estimé que l'association ne justifiait pas de l'existence d'un préjudice certain et direct résultant de cette résiliation, notamment concernant les promesses d'embauche et le manque à gagner allégués. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit de la responsabilité administrative et les dispositions du code des relations entre le public et l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2404649
Le Tribunal Administratif de Montpellier rejette la requête en excès de pouvoir et la demande indemnitaire de riverains contestant l'emplacement d'un point de collecte de déchets. La juridiction estime que les nuisances alléguées ne constituent pas un trouble anormal de voisinage et que les requérants ont accepté ce risque en transformant un garage en habitation à proximité d'une installation préexistante. Le tribunal applique les principes généraux de la responsabilité administrative pour trouble anormal de voisinage.
02/04/2026
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Le Tribunal Administratif de Montpellier a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre la décision préfectorale de clôture d'une demande de titre de séjour pour motif de dossier incomplet. Le tribunal constate que la délivrance ultérieure d'une carte de séjour à l'intéressé a rendu le recours sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur l'annulation, mais l'État est condamné à verser 850 euros au requérant au titre des frais exposés.
02/04/2026