mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101749 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TOSSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2021, Mme A E, représentée par Mes Tossa et Abba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le maire de Pessac a délivré à la société civile immobilière du Poujau un permis de construire modificatif portant sur la transformation et le rehaussement du toit en bac acier en toit-terrasse d'un bâtiment implanté sur les parcelles cadastrées section BR n°s 42, 360 et 795 situées 74 avenue Pasteur ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer le dossier de demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 150 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pessac la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.2.2 du règlement de la zone UM5 du plan local d'urbanisme dès lors que la hauteur de la façade est supérieure à 7,50 mètres ; en tout état de cause les dimensions ne sont pas reportées convenablement sur le plan ;
- le dossier est incohérent dès lors qu'il ne fait pas apparaître l'abattage d'un arbre ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme, celles des articles 2.4.1 et 2.3.5 du règlement de la zone UM5 et celles de la charte urbaine et architecturale et paysagère de Pessac, le projet portant atteinte au caractère des lieux avoisinants ; pour le même motif, il méconnaît également les prescriptions applicables au quartier de Danglade prévues par le règlement de la zone UP42 au titre du 2° du III de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme ;
- le dossier est incomplet à défaut d'élément permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2021, la société du Poujau, représentée par Me de Lagausie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, à défaut d'intérêt à agir,
- aucun des moyens n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2021, la commune de Pessac, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, à défaut d'intérêt à agir,
- aucun des moyens n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 novembre 2021.
Un mémoire produit pour Mme E, enregistré le 11 décembre 2021, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Foix, représentant la société du Poujau,
- et les observations de Mme B, représentant la commune de Pessac.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le maire de Pessac a délivré à la société civile immobilière du Poujau un permis de construire modificatif portant sur la transformation et le rehaussement du toit en bac acier en toit-terrasse d'un bâtiment implanté sur les parcelles cadastrées section BR n°s 42, 360 et 795 situées 74 avenue Pasteur, dont elle est voisine immédiate.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 20 juillet 2020, le maire de Pessac a consenti à M. D, adjoint délégué à l'urbanisme et aux équipements publics, une délégation à l'effet de signer notamment tous actes relatifs aux autorisations d'occupation du sol. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. D'une part, les plans de façade permettent de connaître la hauteur de façade du bâtiment projeté au regard du niveau du sol. D'autre part, la requérante ne peut se prévaloir utilement d'une erreur relative aux plantations, entachant le seul permis de construire initial, qui n'est pas contesté dans le cadre de la présente instance dirigé contre le permis de construire modificatif. Enfin, Mme E n'est pas fondée à soutenir que les photographies d'insertion ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement compte-tenu de la faible étendue de la modification autorisée par l'arrêté en litige, les photographies figurant dans le dossier de permis de construire initial permettant au service instructeur d'apprécier l'étendue du projet. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit être écarté en ses différentes branches.
6. En troisième lieu, l'article 2.1.3 du règlement de la zone UM5 du plan local d'urbanisme dispose que : " Définition / La hauteur H d'une construction est la différence d'altitude mesurée verticalement entre, d'une part le niveau du sol avant travaux ou, le cas échéant, le niveau de la voie ou de l'emprise publique (VEP) et d'autre part, un point spécifique de la construction. / - Pour la hauteur de façade H F, ce point est situé soit à la corniche ou à la ligne de l'égout dans le cas d'un toit en pente, soit à l'acrotère dans le cas d'une toiture terrasse. () ". Le tableau figurant au point 2.2.2 du même règlement dispose que la hauteur de façade maximale doit être de 7,50 mètres. Le point 2.3.4 intitulé " hauteurs différentes ", compris dans le point 2.3 relatif aux cas particuliers, dispose que : " Lorsqu'une construction nouvelle, une extension et/ou une surélévation s'adosse à une construction existante, dont les hauteurs sont supérieures aux hauteurs HF et HT autorisées, la hauteur maximum de la construction nouvelle, de l'extension et/ou de la surélévation peut atteindre ces hauteurs différentes sans les dépasser. / Dans le cas d'une construction existante régulièrement édifiée, dont les hauteurs sont supérieures aux hauteurs HF et HT autorisées, toute extension et/ou surélévation peut atteindre ces hauteurs différentes sans les dépasser () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la modification en litige consiste à remplacer le toit en bac acier initialement prévu par un toit-terrasse inaccessible dont la hauteur sera alignée à celle du bâtiment existant auquel le projet est adossé, dont la façade mesurée à l'acrotère se situe à 7 mètres. Il ressort également des pièces du dossier que la hauteur de la façade Ouest du projet, mesurée depuis le niveau du sol avant travaux, culminera à 7,91 mètres compte-tenu de la pente de la parcelle. Si Mme E soutient que cette hauteur est supérieure à celle de 7,50 mètres prévue par les dispositions du point 2.2.2 cité au point précédent, elle est cependant conforme aux dispositions de l'article 2.3.4 qui permettent d'aligner les surélévations et extensions de bâtiments sur celui auquel ils sont adossés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.2.2 du règlement de la zone UM5 doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.4.1 du règlement de la zone UM5 relatif à l'aspect extérieur des constructions : " 2.4.1.1 Dispositions générales / La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () 2.4.1.3 Constructions existantes / Les réhabilitations, surélévations ou extensions doivent être conçues de manière à s'intégrer harmonieusement au bâti en privilégiant les principes de composition des façades de la construction (rythmes verticaux, proportions, modénatures) ainsi que le volume et le traitement de la toiture. () ".
9. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
10. Il ressort des pièces du dossier que, compte-tenu de sa faible envergure, le projet en litige, qui porte sur le remplacement d'un toit en bac acier par un toit-terrasse et son rehaussement de 41 cm pour l'aligner à la hauteur du bâtiment contre lequel il est adossé, ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, quand bien même ceux-ci comportent essentiellement des maisons individuelles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.4.1 du règlement de la zone UM5 doit être écarté.
11. En sixième et dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions applicables à la zone UP42 couvrant le quartier de Danglade, dans laquelle ne s'inscrit pas le projet, quand bien même il s'implante en limite d'une propriété située dans ce secteur. Elle ne peut pas non plus utilement invoquer les dispositions de la Charte urbaine, architecturale et paysagère de la ville de Pessac, qui n'a, comme le rappelle sa première page, pas de caractère contraignant.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête, et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pessac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme E demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la Mme E une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par la commune de Pessac en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Mme E versera à la commune de Pessac une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à la société du Poujau et à la commune de Pessac.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
Le rapporteur,
L. CLe président,
L. POUGET
La greffière,
M-A PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026