jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202299 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | FRECHE ET ASSOCIES AARPI |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2022 et le 22 septembre 2022 sous le n° 2202299, la société par actions simplifiée (SAS) Soval, représentée par son président M. A, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge partielle de la cotisation foncière des entreprises pour une somme de 684 976 euros au titre de l'année 2018 et pour une somme de 783 201 euros au titre de l'année 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'application des taux d'imposition 2018 à la réduction de la base imposable de 1 991 542 euros aboutit à un montant de décharge de 684 976 euros au titre de 2018 et non de 680 411 euros ainsi que l'a dégrevé l'administration fiscale, elle est en droit de bénéficier d'une décharge partielle supplémentaire d'une somme de 4 565 euros au titre de 2018 ;
- l'application des taux d'imposition 2019 à la réduction de la base imposable de 2 240 021 euros aboutit à un montant de décharge de 783 201 euros au titre de 2019 et non de 756 713 euros ainsi que l'a dégrevé l'administration fiscale, elle est en droit de bénéficier d'une décharge partielle supplémentaire d'une somme de 26 488 euros au titre de 2019 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut :
- au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements prononcés pour les sommes de 680 411 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises 2018 et 756 713 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises 2019 ;
- au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Soval ne sont pas fondés.
II - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2202300 le 22 avril 2022 et le 22 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Soval, représentée par M. A, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge partielle de la taxe foncière au titre des années 2018 et 2019, pour une somme de 408 736 euros au titre de 2018 et 418 046 euros au titre de 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le calcul de la taxe foncière appliqué à la base de 1 569 060 euros au titre de l'année 2018 aboutit à un dégrèvement de 408 736 euros et non 408 386 euros ainsi que l'a dégrevé l'administration fiscale, il y a donc lieu de lui accorder un dégrèvement supplémentaire de 350 euros au titre de l'année 2018 ;
- le calcul de la taxe foncière correspondant à la réduction de la base imposable de 1 600 015 euros au titre de 2019 aboutit, en appliquant les taux en vigueur pour 2019, à une décharge de 418 046 euros et non 417 630 euros ainsi que l'a calculé l'administration fiscale, il y a lieu de lui accorder un dégrèvement partiel supplémentaire à concurrence de la différence, soit 416 euros au titre de l'année 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2022, l'administrateur général chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut :
- au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés à hauteur de 408 386 au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties 2018 et 417 630 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties 2019 ;
- au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Soval ne sont pas fondés.
Par un courrier du 26 février 2024, le tribunal a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de l' irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de la taxe foncière sur les propriétés non bâties en application de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales, dès lors que cet impôt n'est pas visé dans la réclamation contentieuse, laquelle ne vise qu'une demande de décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de 2018 et 2019, et dans la mesure d'une valeur locative arrêtée à 1 569 060 euros en 2018 et 1 600 015 euros en 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Soval, dont le siège est situé à Floirac (Gironde) est une filiale du groupe Veolia et exploite une installation de stockage de déchets non dangereux située sur la commune de Lapouyade (Gironde). Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité effectuée par les services de la direction des vérifications nationales et internationales qui a porté sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 et à l'issue de laquelle des rectifications lui ont été notifiées le 15 juillet 2019 résultant d'un réhaussement de ses bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties et à la cotisation foncière des entreprises. Par un courrier du 22 octobre 2019 après prise en compte des observations formulées par la société le 17 septembre 2019, la direction des vérifications nationales et internationales a accepté partiellement la non-imposition de certains biens et porté la base imposable retenue à 41 669 328 euros. Prenant acte de la modification des nouvelles bases imposables de la société, s'agissant de la cotisation foncière des entreprises, le service des impôts de Libourne a mis en recouvrement le 30 novembre 2020, des avis supplémentaires pour une somme de 118 603 euros au titre de 2018 et une somme de 195 479 euros au titre de 2019, après avoir émis, le 31 octobre 2020 un avis de 739 379 euros au titre de la cotisation 2019. La société a contesté les impositions à la cotisation foncière des entreprises par une réclamation contentieuse du 22 décembre 2020, rejetée par l'administration fiscale par un courrier daté du 16 février 2022. La société a porté le litige devant le tribunal par la requête n° 2202299 et, en cours d'instance, l'administration fiscale a accordé, par un avis du 8 août 2022 versé au dossier, un dégrèvement de cotisation foncière des entreprises pour une somme de 680 411 euros au titre de 2018 et une somme de 756 713 euros au titre de 2019. Dans le dernier état de ses écritures, la société Soval demande une décharge partielle supplémentaire de la cotisation foncière des entreprises, d'un montant de 4 565 euros au titre de la cotisation 2018 et de 26 488 euros au titre de la cotisation 2019.
2. Dans le prolongement du même contrôle fiscal, s'agissant de la taxe foncière sur les propriétés bâties, le service des impôts de Libourne a émis, le 31 décembre 2019, des avis supplémentaires d'imposition d'un montant de 102 548 euros au titre de 2018 et d'un montant de 104 245 euros au titre de 2019, après avoir émis des avis initiaux d'un montant de 385 100 euros au titre de 2018 (31 août 2018) et d'un montant de 394 685 euros au titre de 2019 (31 août 2019). La société a contesté les impositions à la taxe foncière sur les propriétés bâties par une réclamation contentieuse du 22 décembre 2020, rejetée par l'administration fiscale par un courrier daté du 16 février 2022. La société a porté le litige devant le tribunal par la requête n° 2202300 et, en cours d'instance, l'administration fiscale a accordé, par un avis du 8 août 2022 versé au dossier, un dégrèvement au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour une somme de 408 386 euros au titre de 2018 et une somme de 417 630 euros au titre de 2019.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées n° 2202299 et 2202300 présentées par la société Soval concernent la situation d'un même contribuable et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
4. Compte tenu des dégrèvements accordés par l'administration fiscale, versés à l'instance, il n'y a plus lieu de statuer à concurrence des dégrèvements accordés, soit, s'agissant de la taxe foncière sur les propriétés bâties une somme de 408 386 euros au titre de 2018 et une somme de 417 630 euros au titre de 2019 et, s'agissant de la cotisation foncière des entreprises, une somme de 680 411 euros au titre de 2018 et une somme de 756 713 euros au titre de 2019.
Sur les conclusions à fin de décharge partielle des impositions au titre des années 2018 et 2019
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif ". Aux termes de l'article R. 190-1 du même livre : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition ". Aux termes de l'article L. 199 C du livre des procédures fiscales : " L'administration, ainsi que le contribuable dans la limite du dégrèvement ou de la restitution sollicités, peuvent faire valoir tout moyen nouveau, tant devant le tribunal administratif que devant la cour administrative d'appel, jusqu'à la clôture de l'instruction. () " Aux termes du deuxième alinéa l'article R. 200-2 du même livre : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration. " Il résulte de ces dispositions que les prétentions d'un contribuable présentées pour la première fois devant le tribunal administratif ne peuvent être accueillies que dans la mesure où, ajoutées le cas échéant aux dégrèvements prononcés par l'administration ou aux réductions accordées par le juge, elles ne conduisent pas à un dégrèvement supérieur à celui qui avait été demandé dans la réclamation.
En ce qui concerne la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018 et 2019 :
6. Il est constant que dans sa réclamation préalable du 28 décembre 2020, la société Soval a sollicité un dégrèvement sur la base d'une révision de sa valeur imposable de 1 991 542 euros au titre de 2018 et 2 240 021 euros au titre de 2019 et que le principe d'une décharge partielle des impositions à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018 et 2019 à hauteur de la réduction de cette base imposable a été accepté par l'administration fiscale. Or, si l'administration fiscale indique dans son mémoire en défense que " dans sa réclamation contentieuse, la société demande une minoration de la base taxable de 1 991 542 euros au titre de 2018 et de 2 240 021 euros au titre de 2019 ce qui correspond à un dégrèvement en droits de cotisation foncière des entreprises de 680 411 euros au titre de 2018 et de 756 713 euros au titre de 2019 ", elle n'explicite pas ses modalités de calcul. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'application des taux d'imposition au titre de 2018 et de 2019 appliqués aux bases imposables susindiquées aboutissent à une réduction d'imposition de 684 976 euros pour 2018 et 783 201 euros pour 2019, ainsi que le soutient la société.
7. Par suite, la société Soval est fondée à solliciter la décharge partielle supplémentaire d'un montant de 4 565 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises au titre de 2018 et de 26 488 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises 2019.
En ce qui concerne la taxe foncière au titre des années 2018 et 2019 :
S'agissant de la taxe foncière sur les propriétés bâties :
8. Il est constant que dans sa réclamation préalable du 28 décembre 2020, la société Soval a sollicité un dégrèvement sur la base d'une révision de sa valeur imposable de 1 569 060 euros au titre de 2018 et 1 600 015 euros au titre de 2019 et que le principe d'une décharge partielle des impositions à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2018 et 2019 à hauteur de la réduction de cette base imposable a été accepté par l'administration fiscale. Or, si l'administration fiscale indique dans son mémoire en défense que " dans sa réclamation contentieuse, la société demande une minoration de la base taxable de 1 569 060 euros au titre de 2018 et de 1 600 015 euros au titre de 2019 ce qui correspond à un dégrèvement en droits de 408 386 euros au titre de la taxe foncière 2018 et de 417 630 euros au titre de la taxe foncière 2019 ", elle n'explicite pas ses modalités de calcul. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'application des taux d'imposition au titre de 2018 et de 2019 appliqués aux bases imposables susindiquées aboutissent à une réduction d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties de 408 404 euros pour 2018 et 417 717 euros pour 2019, ainsi que le soutient la société et non de 408 386 euros au titre de 2018 et 417 630 euros au titre de 2019 ainsi que l'a dégrevé l'administration fiscale. Par suite, la société Soval est fondée à solliciter une décharge partielle supplémentaire de cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties d'un montant de 18 euros au titre de 2018 et 87 euros au titre de 2019.
S'agissant de la taxe foncière sur les propriétés bâties :
9. Aux termes de l'article R 200-2 du livre des procédures fiscales : " () Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration. Mais, dans la limite du dégrèvement ou de la restitution primitivement sollicités, il peut faire valoir toutes conclusions nouvelles à condition de les formuler explicitement dans sa demande introductive d'instance. () ".
10. Dans le dernier état de ses écritures, la société Soval tient compte, dans sa demande de décharge supplémentaire de cotisation de taxe foncière, d'un montant de 332 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés non bâties 2018 et d'un montant de 329 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés non bâties 2019. Cependant, en l'absence de contestation de la taxe foncière sur les propriétés non bâties au titre des années 2018 et 2019 et en vertu des dispositions de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales citées au point 8, les conclusions à fin de décharge de la taxe foncière sur les propriétés non bâties doivent être rejetées comme irrecevables.
11. Il résulte de ce qui précède que la société Soval est seulement fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire de taxe foncière sur les propriétés bâties d'un montant de 18 euros au titre de l'année 2018 et de 87 euros au titre de l'année 2019.
Sur les frais d'instance :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à la société Soval sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer à hauteur des sommes de 408 386 euros au titre de 2018 et de 417 630 euros au titre de 2019 s'agissant de la taxe foncière sur les propriétés bâties et des sommes de 680 411 euros au titre de 2018 et de 756 713 euros au titre de 2019, s'agissant de la cotisation foncière des entreprises.
Article 2 : La société Soval est déchargée d'un montant de 4 565 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises 2018 et d'un montant de 26 488 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises 2019.
Article 3 : La société Soval est déchargée d'un montant de 18 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties 2018 et d'un montant de 87 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties 2019.
Article 4 : L'Etat versera à la société Soval une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Soval et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction des vérifications nationales et internationale.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme B et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
Le président,
D. FERRARILa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière, et 2202300
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026