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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203347

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203347

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203347
TypeDécision
RecoursInterprétation
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL TGS FRANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 juin 2022 et le 3 octobre 2023, la société Générale Bordelaise de Construction, représentée par Me Meziane, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Cenon à lui verser les sommes de 43 801,87 euros au titre du solde du lot n° 13 du marché relatif à la construction de l'école maternelle Gambetta, 1 523,33 euros TTC au titre des intérêts de retard et des indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement, 37 716 euros TTC à titre d'indemnité d'immobilisation et 5 548,80 euros TTC au titre de sa perte d'exploitation ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Grand Cubzaguais la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la réception des travaux a été irrégulièrement prononcée et fixée à une date arbitraire alors que les malfaçons qui lui étaient reprochées ne concernaient que des éléments esthétiques ;

- la commune a réduit les délais contractuels de réalisation des travaux et en a décalé le planning sur les périodes de fermeture de l'entreprise ;

- la commune a omis de décompter les samedi, dimanche et jours fériés du nombre de jours de retard ;

- le démarrage et la réalisation des travaux lui incombant ont été reculés et perturbés par le retard pris par les titulaires des autres lots ;

- la suspension du chantier pendant la période de confinement sanitaire n'a pas été décomptée ;

- le procès-verbal de réception avec réserve ne lui a été communiqué que le 5 février 2021 et elle a levé la réserve qu'il mentionnait dès le 19 février suivant ;

- les malfaçons justifiant l'application d'une réfaction de 2 914,45 euros ne lui sont pas imputables ;

- la commune ne lui a pas versé le solde du marché après avenant ;

- les travaux supplémentaires dont elle demande le paiement lui ont été demandés par ordre de service ;

- les intérêts moratoires, incluant les indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement, résultant du retard pris dans le paiement des situations de travaux 1 à 7 par la commune de Cenon s'établissent à 1 523,33 euros ;

- le décalage des travaux et le retard pris dans leur achèvement l'a obligée à immobiliser trois personnes pendant 75 jours supplémentaires et a entraîné une perte de chiffre d'affaires ;

- la requête est recevable.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2023, le 2 juin et le 19 juillet 2024, la commune de Cenon, représentée par Me Gauci, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions de la société Bernard A Architecte dirigées à son encontre, et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions de la société Bernard A Architecte dirigées à son encontre, à ce que cette société la garantisse et relève indemne des condamnations prononcées à son encontre, et à ce qu'il soit mis à la charge de celle-ci la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en application de l'article 50.1 du CCAG Travaux de 2009 dès lors que la société requérante ne lui a pas adressé un mémoire en réclamation dans le délai prescrit et n'a pas levé les réserves qu'elle a formulé antérieurement à la notification du décompte général ;

- les moyens de la requête sont infondés ;

- M. A, architecte, a manqué à son devoir de conseil.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 21 juin et le 6 août 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société Bernard A Architecte, représenté par Me Milon, conclut au rejet des conclusions dirigées à son encontre, et à ce que soit mise à la charge de la commune de Cenon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en application de l'article 50.1 du CCAG Travaux de 2009 dès lors que la société requérante ne lui a pas adressé un mémoire en réclamation dans le délai prescrit ;

- les moyens de la requête sont infondés ;

- aucune faute ne lui est imputable.

Par une ordonnance du 22 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique,

- les observations de Me Meziane, représentant la société GBC,

- les observations de Me Dega, représentant la commune de Cenon,

- et les observations de Me Amigues, pour Me Milon, représentant la société Bernard A Architecte.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 31 mai 2018, la commune de Cenon a confié à la société Générale Bordelaise de Construction (GBC) le lot n° 13 " Plâtrerie / Isolation / Plafonds suspendus " d'un marché portant sur l'édification de l'école maternelle Gambetta. La maîtrise d'œuvre a été confiée le 11 août 2016 à la société Bernard A Architecte. La réception des travaux a été prononcée avec réserve le 22 octobre 2020. Le 11 mars 2022, la commune de Cenon a notifié à la société GBC le décompte général du marché. La réclamation formée par cette société le 16 mars 2022 a été rejetée par une décision du 12 avril suivant. Par la présente requête, la société GBC demande au tribunal de condamner la commune de Cenon à lui verser une somme totale de 88 590 euros au titre du solde du marché, des intérêts de retard, des indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement ainsi que des frais d'immobilisation de son personnel.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales (CCAG-Travaux) approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 et applicable au marché cité au point 1 par l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières de ce marché (CCAP) : " Le représentant du pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché / 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. () / 50.3. Procédure contentieuse : /50.3.1. À l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation () ".

3. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la commune de Cenon, les stipulations précitées selon lesquelles le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général, n'ont pas pour objet d'imposer au titulaire du marché d'assortir de réclamations les désaccords l'opposant au maître d'œuvre ou au maître d'ouvrage pendant la durée du chantier mais seulement de récapituler, dans un seul mémoire, l'ensemble des litiges justifiant sa contestation du décompte général.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que le document intitulé " mémoire en réclamation ", adressé le 16 mars 2022 par la société GBC à la commune de Cenon, d'une part conteste le principe et le montant des pénalités qui lui ont été infligées à raison du retard pris dans l'achèvement des travaux et dans la levée des réserves ainsi que le montant de la réfaction appliquée par la commune, et d'autre part, sollicite le versement des sommes qu'elle estime lui être dues au titre, respectivement, du solde du marché révisé, des travaux supplémentaires, des intérêts moratoires, de ses frais d'immobilisation et de sa perte d'exploitation. Ces contestations sont assorties de 58 pièces jointes pour en établir le bien fondé. Ce document qui comporte, en outre, les motifs détaillés de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées, constitue ainsi, contrairement à ce que soutint la commune de Cenon, un mémoire en réclamation au sens des stipulations précitées. La fin de non-recevoir tirée de l'absence de mémoire en réclamation doit par suite être écartée.

Sur l'établissement du décompte général du marché :

6. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. L'ensemble des conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou de manquements de son titulaire à ses obligations contractuelles.

7. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires présentées par chacune des deux parties pour déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives.

En ce qui concerne les pénalités de retard :

S'agissant du retard dans l'achèvement des travaux :

8. Aux termes de l'article 5.1 " Délais d'exécution " du CCAP : " Le délai d'exécution des travaux (période de préparation comprise) propre au lot est fixé par le titulaire dans l'acte d'engagement à compter de la date de notification de l'ordre de service de démarrage des travaux. À compter de la date de notification de l'ordre de service, le délai de l'ensemble des travaux est de 13 mois y compris période de préparation d'un mois par dérogation à l'article 28.1 du CCAG TX. - Date prévisionnelle de démarrage du chantier : Période de préparation : 31 mai 2018 - Date prévisionnelle de démarrage des travaux : Début juillet 2018 Contraintes de réalisation : - Livraison juillet 2019 pour une rentrée des élèves en septembre. - Aucun congé pris en compte durant le chantier - Renforcement des équipes et des moyens pour tenir les délais Il englobe le repliement du matériel, le nettoyage des lieux, les périodes de préparation) et de congés payés. Il comprend également 18 journées d'intempéries. Chaque entreprise séparée devra se conformer aux dates et délais partiels qui la concernent et qui sont définis par le calendrier d'exécution. " Le 2) de l'article 5.4 " Pénalités " du même cahier prévoit que : " Retard dans l'achèvement des travaux / Par dérogation à l'article 20.1 du CCAG Travaux, en cas de retard dans l'achèvement des travaux imputable au titulaire du marché, et si le délai contractuel fixé par le titulaire est dépassé, il subira une pénalité journalière d'1/2000 du montant hors taxe de l'ensemble du marché. () Les pénalités de retard sont calculées de façon définitive, dans les mêmes conditions que ci-dessus, en fin de chantier ou à la fin de chaque phase. La pénalité journalière est appliquée des dépassements du délai contractuel, aux entreprises responsables du retard, et au prorata de leurs retards propres. () ". Enfin, en application du 3) de cet article : " Pénalités pour retard en cours d'exécution / Le Maître de l'ouvrage se réserve également la possibilité, en cours de travaux, de décompter les pénalités sur les décomptes provisoires présentés par les entreprises. Aussi, des retenues journalières, calculées selon les indications de l'article ci-avant, pourront être appliquées par le maître d'œuvre en cas de retard dans l'intervention, l'avancement et/ou l'achèvement d'une tâche. / Ces retenues pourront être reversées par décision du Maître d'ouvrage, si le retard se trouve résorbé avant qu'il n'ait provoqué de gêne dans le déroulement des travaux des autres lots. Dans le cas contraire, elles pourront être transformées par décision du Maître d'ouvrage en pénalités définitives. / Le calendrier d'exécution détaillé des travaux comporte des points de passage obligés qui correspondent à des tâches travaux mais également aux commandes des fournisseurs ou la livraison de matériaux et matériels qui marquent l'enchainement des tâches essentielles dont l'articulation constitue le chemin critique. / Toute dérogation à ces dates pouvant remettre en cause l'ensemble du calendrier d'exécution, tous retards constatés à ce sujet, seront considérés comme retard partiel et donneront lieu à l'application immédiate des pénalités ci-dessus ". Il est constant que le montant journalier de la pénalité de retard, calculé en application du point 2) de l'article 5.4, s'élève à la somme de 27,64 euros.

9. En premier lieu, aux termes du point 3 de l'article 20 du CCAG Travaux : " Les samedis, les dimanches et les jours fériés ou chômés ne sont pas déduits pour le calcul des pénalités et des primes ". Contrairement à ce que soutient la société GBC, c'est donc à bon droit que la commune n'a pas déduit du calcul des pénalités les samedis, dimanches et jours fériés, ainsi que les jours de fermeture de l'entreprise.

10. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du décompte général du marché, que la commune n'a pas appliqué de pénalités en conséquence du retard contractuel constaté dans l'achèvement des travaux du lot n° 13, au sens du 2) de l'article 5.4 précité, mais a appliqué des pénalités, d'un montant de 8 043,07 euros, à raison du retard de 291 jours au regard du calendrier contractuel d'exécution pris par la société requérante dans l'avancement ou l'achèvement " des tâches travaux " qui lui ont été confiés, au sens du 3) du même article 5.4.

11. D'une part, la commune de Cenon a infligé à la société GBC des pénalités correspondant à 159 jours de retard au titre de la pose des bandes et de finition du placage, qui s'est terminée le 17 décembre 2019 alors que la période d'exécution de ces travaux prévue par le calendrier contractuel d'exécution courait du 21 juin 2019 au 11 juillet 2019.

12. La société GBC fait valoir que les travaux ne pouvaient pas commencer avant le 9 juillet 2019, date à laquelle la société Sarec a achevé la réalisation du bardage et contre-bardage, la mise hors d'eau / hors d'air du bâtiment au sens de la réglementation DTU-25.41. Toutefois, il ressort du tableau d'établissement des pénalités que l'impossibilité de démarrer les travaux avant cette date a été prise en compte par la commune, qui a déduit 21 jours du décompte de pénalités. Par ailleurs, si la société requérante fait également valoir qu'elle ne pouvait procéder à la pose du placage et la réalisation du jointage dès lors que l'entreprise chargée du lot de plomberie avait posé des gaines le long des murs et qu'elle-même ne disposait pas des compétences pour procéder à la dépose de ces gaines, il résulte de l'instruction, notamment d'un courrier du maître d'œuvre daté du 13 septembre 2019, qu'elle avait en réalité achevé une première fois la réalisation de ces travaux le 11 septembre 2019 mais que leur réception a été rejetée à raison des malfaçons dont ils étaient affectés - les cloisons n'étant pas alignées aux menuiseries sur 70 % de leur linéaire en méconnaissance du point 6.3 du DTU-25.41 - et qu'il lui appartenait dès lors de procéder à des travaux de reprise impliquant la dépose, à sa charge, des gaines de plomberie installées entre-temps.

13. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, la commune a pu à bon droit retenir un retard de 159 jours dans l'exécution des travaux de pose des bandes et de finition du placage.

14. D'autre part, la commune de Cenon a infligé à la société GBC des pénalités correspondant à 208 jours de retard au titre de la pose de l'ossature des plafonds, qui s'est terminée le 25 février 2020 alors que le calendrier contractuel d'exécution courait du 12 juillet 2019 au 1er août 2019.

15. Ainsi que le soutient la société GBC, il résulte de l'instruction, et notamment de courriels en date du 6 janvier 2020, qu'elle ne pouvait entamer la pose de l'ossature des plafonds avant la réalisation des chapes et de leur séchage, travaux qui n'ont été achevés que le 7 février 2020. Elle disposait dès lors, à compter du lendemain, d'un délai contractuel de 14 jours, prévu par le calendrier d'exécution annexé à l'ordre de service n° 4, pour poser les ossatures du plafond. Les travaux correspondants ont été achevés 17 jours plus tard, le 25 février 2020, soit avec un retard de trois jours.

16. Enfin, la commune de Cenon a infligé à la société GBC des pénalités correspondant à 130 jours de retard au titre de la pose des plafonds de la cuisine, qui s'est terminée le 14 janvier 2020 alors que le calendrier contractuel d'exécution courait du 2 septembre 2019 au 6 septembre 2019.

17. Il résulte de l'instruction que ce calendrier d'exécution a été décalé, une première fois, au mois d'avril 2020 puis, compte-tenu de la suspension des travaux durant la crise de covid-19, une seconde du 22 au 26 juin 2020 et que la société a achevé les travaux correspondants le 30 juin 2020, soit avec quatre jours de retard.

18. Il résulte de ce qui précède que la commune de Cenon est seulement fondée à retenir un retard total de 166 jours, correspondant, après application du montant journalier prévu à l'article 5.4, à une pénalité de retard d'un montant total 4 588,24 euros, à laquelle il convient d'ajouter la pénalité d'absence aux réunions de chantier, d'un montant de 400 euros, qui n'est pas contestée.

S'agissant du retard dans la levée des réserves et de la réfaction :

19. Aux termes de l'article 7 du CCAP : " Conformément à l'article 41 du CCAG Travaux la réception des travaux a lieu dès achèvement de l'ensemble des travaux. / Par dérogation et en complément aux articles 41.5 et 41.6 du CCAG, lorsque la réception est assortie de réserves portant sur des imperfections, malfaçons ou non-façons, l'entrepreneur doit y remédier dans le délai de 15 jours après la notification de la décision de réception ou son prononcé tacite en application du deuxième alinéa de l'article 41.3 du CCAG. / Au cas où ces travaux ne sont pas exécutés dans le délai prescrit, le pouvoir adjudicateur peut les faire réaliser aux frais et risques de l'entreprise sans mise en demeure préalable et sans préjudice de l'application des pénalités de retard prévus ci-dessous, tant que les travaux nécessaires ne seront pas exécutés. () En cas de retard dans l'exécution des travaux de levée des réserves, l'entreprise subira une pénalité de retard fixée à 150 Euros H.T. par jour calendaire de retard à compter de l'expiration du délai déterminé dans les conditions ci-dessus indiquées. () En substitution aux stipulations de l'article 41.7 du CCAG, il est convenu que si certains ouvrages ou certaines parties d'ouvrage ne sont pas entièrement conformes aux spécifications du marché, sans que les imperfections constatées soient de nature à porter atteinte à la sécurité, au comportement ou à l'utilisation des ouvrages, le pouvoir adjudicateur peut, eu égard à la faible importance des imperfections et aux difficultés que présenteraient la mise en conformité, renoncer à ordonner la réfection des ouvrages estimés défectueux et proposer à l'entrepreneur par ordre de service une réfaction sur le prix. / À défaut de contestation de cet ordre de service dans le délai de quinze jours à compter de sa notification, l'entrepreneur est définitivement réputé avoir accepté la réfaction ainsi proposée. / Les imperfections qui l'ont motivé se trouvent couvertes de ce fait et la réception prononcée sans réserve à ce titre. / En cas de contestation dans le délai ci-dessus indiqué, l'entrepreneur demeure tenu de réparer ces imperfections dans les conditions prévues par le CCAP, la réception étant prononcée sous réserve de leur réparation () ".

20. En l'espèce, par un procès-verbal du 22 octobre 2020, le maître d'ouvrage a réceptionné les travaux sous plusieurs réserves relatives à la pose des plafonds et à la contre-cloison du mur nord. Toutefois, si ce procès-verbal précisait que ces réserves devaient être levées avant le 22 novembre 2020, il n'a été notifié à la société GBC que le 5 février 2021, de sorte que cette société disposait au moins, en application des stipulations précitées de l'article 7 du CCAP, d'un délai de quinze jours à compter de cette date pour remédier aux malfaçons constatées. Il résulte de l'instruction que l'une de ces réserves, qui concernait les plafonds, a été levée le 19 février 2021, soit durant le délai de quinze jours mentionné au point précédent. La commune de Cenon ayant elle-même considéré que l'ensemble des réserves devaient être regardées comme levées à cette même date ainsi qu'il ressort tant du décompte des pénalités que du décompte général du marché, la société requérante est fondée à demander la décharge des pénalités de retard dans la levée des réserves que la commune lui a néanmoins infligées au titre de la période du 22 novembre 2020 au 19 février 2021.

21. En revanche, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de levée des réserves du 17 mars 2021, que deux des réserves mentionnées dans le procès-verbal de réception, qui concernaient la contre-cloison Nord, n'ont, en réalité, jamais été levées. Si la société GBC soutient que ces malfaçons résulteraient d'un défaut d'alignement des menuiseries, impliquant l'emploi de placages d'épaisseur insuffisante, il résulte de l'instruction, notamment des mesures réalisées par le maître d'œuvre, que les " bosses " dont sont parsemées ces contre-cloisons correspondent, au contraire, à des plaquages dont l'épaisseurs est trop importante par rapport aux règles de l'art. La société GBC, ayant refusé de réaliser les travaux permettant de remédier à ces malfaçons, la commune de Cenon a pu, à bon droit, appliquer sur les travaux relatifs à la contre-cloison Nord, une réfaction d'un montant non contesté de 2 915,45 euros HT (soit 3 497,34 euros TTC).

En ce qui concerne les autres réclamations :

S'agissant des travaux supplémentaires :

22. Aux termes de l'article 4.5 du CCAP, relatif aux travaux non prévus : " Par dérogation aux articles 14 et 15 du CCAG Travaux, toute modification dans l'importance des travaux doit faire l'objet d'une validation du pouvoir adjudicateur. / Toute modification ou augmentation dans la masse des travaux fera l'objet d'un avenant ". En outre, le titulaire a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires indispensables à l'exécution du marché dans les règles de l'art, sauf dans le cas où la personne publique s'est préalablement opposée, de manière précise, à leur réalisation.

23. En premier lieu, la société GBC réclame une somme de 13 920,20 euros HT correspondant au devis qu'elle a adressé au maître d'œuvre pour le doublage d'une ossature métallique. Toutefois, ce devis a été rejeté par un courrier du maître d'œuvre daté du 2 août 2019 et la société GBC n'établit ni que ces travaux auraient été demandés par le maître d'ouvrage ni qu'ils étaient indispensables à l'exécution du marché dans les règles de l'art, alors au contraire qu'elle a indiqué, par un courriel du 19 septembre 2019, que si le devis n'était pas accepté, elle se bornerait à réaliser les travaux prévus au marché et non ceux mentionnés sur son devis.

24. En deuxième lieu, si la société GBC réclame une somme de 5 452,60 euros HT correspondant au devis qu'elle a établi pour la réhausse de faux-plafonds, elle n'établit ni avoir adressé ce devis au maître d'œuvre, ni que les travaux correspondants auraient été demandés par le maître d'ouvrage, ni qu'ils étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage.

25. En troisième lieu, la société GBC n'est pas fondée à réclamer une somme de 600 euros HT pour la reprise des bandes, dès lors que ces travaux étaient au nombre de ceux qu'il lui appartenait contractuellement d'exécuter.

26. En quatrième lieu, la société n'est pas fondée à réclamer le paiement, au titre des travaux supplémentaires, de la somme de 6 147,39 euros dès lors que le devis correspondant et établi le 3 août 2020 ne correspond à aucun travail supplémentaire mais à l'incidence que la crise du Covid-19 aurait eu sur ses coûts d'exécution.

S'agissant des intérêts moratoires dus au titre du paiement tardif des situations :

27. Aux termes de l'article 4.10 du CCAP, relatif au délai de paiement : " Les sommes dues seront payées dans un délai global de 30 jours à compter de la date de réception des demandes de paiement. Toutefois le délai de paiement court à compter de la date d'exécution des prestations, lorsque la date de réception de la demande de paiement est incertaine ou antérieure à cette date. / La date de réception de la demande de paiement et la date d'exécution des prestations sont constatées par les services de l'ordonnateur ou le cas échéant, par le maître d'ouvrage ou la personne habilitée à cet effet. À défaut, c'est la date de la demande de paiement augmentée de deux jours qui fait foi. En cas de litige, il appartient au titulaire du marché d'apporter la preuve de cette date. / Tout dépassement du délai global de paiement fera courir de plein droit des intérêts moratoires au bénéfice du titulaire ou du sous-traitant payé directement : ce créancier recevra également une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant fixé à 40 euros. / Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation ".

28. La société GBC, qui ne justifie pas de la date des demandes de paiement des différentes situations exposées, ne démontre pas que le maître d'œuvre aurait retenu des dates de réception de ces demandes erronées, et n'établit ni même ne soutient que, s'agissant des retards de paiement reconnus par la commune de Cenon, les calculs réalisés seraient erronés. En outre, elle n'est pas fondée à réclamer des intérêts pour paiement tardif à raison des retenues pratiquées sur la situation n° 3 au titre des pénalités de retard dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 18 que ces pénalités ont été infligées à bon droit.

S'agissant des conséquences du retard de chantier :

29. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

30. D'une part, la société GBC, qui se borne à faire valoir que le retard pris dans le chantier par les autres corps de métier a désorganisé son calendrier et a immobilisé du personnel, ne soutient pas que la commune de Cenon aurait commis une faute dans l'exercice des pouvoirs dont elle était investie.

31. D'autre part, à supposer que la société GBC puisse être regardée comme soutenant que l'interruption du chantier durant 36 jours du fait de la crise du covid-19 constitue une sujétion imprévue, elle n'établit ni même ne soutient que celle-ci aurait eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat.

32. Il résulte de ce qui précède que la commune de Cenon a pu, à bon droit, rejeter les demandes l'indemnisation des coûts supplémentaires exposés à raison de l'allongement de la durée des travaux du chantier de l'école maternelle.

S'agissant de la révision des prix :

33. D'une part, la société GBC n'est pas fondé à soutenir que la révision des prix aurait être appliquée au prix des travaux supplémentaires qu'elle a effectués dès lors, en tout état de cause, qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 23 à 26 qu'elle n'avait pas droit au paiement de ces travaux.

34. D'autre part, elle n'est pas davantage fondée à demander que la révision des prix soit appliquée aux retenues pratiquées sur la situation n° 3 au titre des pénalités de retard dès lors résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 18 que ces pénalités ont été infligées à bon droit.

En ce qui concerne le solde du marché :

35. Il est constant que la commune a réglé à la société GBC, au titre des situations intermédiaires, une somme globale de 56 810,32 euros TTC alors que le montant contractuel des travaux s'élevait, après modification par l'avenant n° 1 à la somme de 66 334,56 euros TTC, de sorte que la commune de Cenon devait encore lui verser, à ce titre, une somme de 9 524,24 euros TTC. Il résulte toutefois du présent jugement qu'il y a lieu de déduire de cette somme 3 497,34 euros TTC au titre de la réfaction pour malfaçons et 4 988,24 euros TTC au titre des pénalités de retard dans l'exécution des tâches. Par suite le solde du marché doit être fixé à la somme de 1 038,66 euros TTC au crédit de la société GBC.

Sur l'appel en garantie :

36. Le présent jugement ne prononçant aucune condamnation à l'encontre de la commune à raison des fautes qu'elle aurait commise dans la conduite du chantier ou des travaux supplémentaires, elle n'est pas fondée à demander à être garantie de ces condamnations par le maître d'œuvre.

Sur les frais liés au litige :

37. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A et de la société GBC, qui ne sont pas les parties perdantes au principal dans la présente instance, la somme que la commune de Cenon demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, il y a lieu en application de ces dispositions et dans les circonstances de l'espèce, d'une part, mettre à la charge de la commune de Cenon une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par la société GBC et d'autre part, de rejeter les conclusions de M. A tendant à ce que les frais qu'il a exposés pour l'instance soient mis à la charge de la commune.

D E C I D E :

Article 1er : Le solde du marché est fixé à 1 038,66 euros toutes charges comprises au crédit de la société GBC.

Article 2 : La commune de Cenon est condamnée à verser à la société GBC la somme mentionnée à l'article 1er.

Article 3 : La commune de Cenon versera à la société GBC une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Générale Bordelaise de Construction, à la société Bernard A Architecte et à la commune de Cenon.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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