jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300534 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2023 et le 21 octobre 2023, Mme C A demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises et de la taxe pour frais de chambres de métiers et de l'artisanat auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2022, à raison de la partie de sa maison dédiée à son activité située 28 rue des Commerces à Saint-Mariens, pour un montant de 316 euros ;
2°) d'ordonner la restitution de cette somme.
Elle soutient que :
- elle s'acquitte déjà de la taxe pour frais de chambres des métiers et de l'artisanat lors de la déclaration de son chiffre d'affaires mensuel ;
- son activité, qui consiste à acheter ou recycler des tissus pour les transformer en vêtements qu'elle vend, présente un caractère artisanal et ne caractérise pas une spéculation sur cette matière première ; elle devait en conséquence être exonérée de cette cotisation en application de la doctrine référencée BOI-IF-CFE-10-30-10-90 ;
- cette exonération est accordée à d'autres artisans exerçant la même activité et cette différence de traitement traduit une atteinte au principe d'égalité devant la loi fiscale.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce à son domicile une activité artisanale de fabrication et de ventes de vêtements féminins, sous le régime de la micro-entreprise, depuis le 2 janvier 2021. Elle a été imposée à la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2022 pour un montant de 316 euros. Estimant que son activité présente un caractère artisanal lui donnant droit à l'exonération instituée par l'article 1452 du code général des impôts, Mme A demande au tribunal de lui accorder la décharge de cette imposition.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision du 6 juin 2023, postérieure à la date d'enregistrement de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement de la somme de 169 euros correspondant à la taxe pour frais de chambres des métiers et de l'artisanat. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur du dégrèvement ainsi accordé.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
3. L'article 1447 du code général des impôts prévoit que la cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes exerçant à titre habituel une activité professionnelle non salariée.
4. L'article 1452 du même code dispose que : " Sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises : 1° Les ouvriers qui travaillent soit à façon pour les particuliers, soit pour leur compte et avec des matières leur appartenant, qu'ils aient ou non une enseigne ou une boutique, lorsqu'ils n'utilisent que le concours d'un ou plusieurs apprentis âgés de vingt ans au plus au début de l'apprentissage et munis d'un contrat d'apprentissage passé dans les conditions prévues par les articles L. 6221-1 à L. 6225-8 du code du travail () ". Pour l'application de ces dispositions, les " ouvriers " s'entendent des travailleurs indépendants exerçant une activité où le travail manuel est prépondérant. Par travail à façon, il faut entendre une intervention sur des matériaux ou objets déjà fabriqués, que ce soit pour les transformer ou pour les remettre en état.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que l'activité de Mme A consiste à acheter ou à recycler du tissu à partir duquel elle coud et fabrique des vêtements, ce qui lui confère un caractère manuel prépondérant, sans qu'ait d'incidence, contrairement à ce que soutient l'administration, la circonstance qu'elle déclare une majeure partie de son chiffre d'affaires en ventes et non en prestations de services.
6. D'autre part, Mme A soutient, sans être contredite, que le prix de vente de ses créations comprend le prix du tissu payé auprès de son fournisseur avec sa remise professionnelle de 10%, le coût de son temps de travail et une marge pour réinvestir, maintenir en état son matériel, et payer ses charges. En l'absence de preuve que la part la plus importante de ce prix proviendrait du coût du tissu, et non du travail de la requérante, celle-ci est fondée à soutenir que l'administration ne pouvait légalement estimer qu'elle se livrait à une spéculation sur cette matière première.
7. Il s'ensuit que Mme A est fondée à obtenir le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions de l'article 1452 du code général des impôts au titre de l'année 2022. Ses conclusions tendant à la décharge de la somme de 147 euros doivent en conséquence être accueillies.
8. En revanche, dès lors qu'en vertu des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, la décharge de l'imposition en litige prononcée au point précédent engendre de plein droit la restitution de la somme de 147 euros versée par Mme A, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'administration de procéder à sa restitution.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A à concurrence du dégrèvement d'un montant de 169 euros accordé en cours d'instance.
Article 2 : Mme A est déchargée de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2022.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
E. D
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026