mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301722 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | JU-1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL FRANCK COHEN AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 25 mai 2023, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire, ensemble les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées et la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours gracieux formé le 30 novembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- s'agissant de l'infraction du 19 janvier 2022, le défaut de signature du procès-verbal de contravention permet de considérer que le contrevenant n'a pas pris connaissance des informations préalables au retrait de points ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le ministre de l'Intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cornevaux a été entendu en audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, a commis, les 11 février 2017, 15 septembre 2019, 1er novembre 2020, 15 août 2020, 22 juillet 2021, 9 août 2021, 10 août 2021 et le 27 octobre 2021, diverses infractions au code de la route entraînant le retrait de l'ensemble des points afférents à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 31 août 2022, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de l'intéressé pour solde de points nul. Par un recours gracieux exercé le 30 novembre 2022, l'intéressé a sollicité du ministre de l'intérieur l'annulation de la décision " 48 SI " précitée et des décisions de retrait de points qui y sont mentionnées. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision " 48 SI ", ensemble les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées et la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours gracieux formé le 30 novembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le défaut d'information :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 223-3 de ce même code : " Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne l'infraction commise le 22 juillet 2021 et constatée par radar automatique :
3. La preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.
4. Il ressort du relevé d'information intégral que l'infraction commise le 22 juillet 2021 a été constatée par radar automatique suivi de l'émission d'un avis de contravention, et qu'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée a été émis. Le contrevenant soutient que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public et produit l'avis de saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été adressé à cet effet. Toutefois, l'infraction du 22 juillet 2021 n'est pas mentionnée dans l'avis de saisie administrative à tiers détenteur produit par M. B qui concerne d'autres infractions dont il fait l'objet. Quant à lui, le ministre de l'intérieur produit une attestation de paiement de cette infraction par l'intéressé, établie par le comptable public Dans ces conditions, l'administration est réputée lui avoir délivré l'information requise. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'avait pas bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route suite à la commission de l'infraction du 22 juillet 2021 doit être écarté.
En ce qui concerne l'infraction commise le 27 octobre 2021 et constatée par radar automatique :
5. Il résulte des mentions figurant au relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée consécutive à l'infraction relevée le 27 octobre 2021 a été émis. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit l'avis de réception du courrier par lequel l'avis de majoration de l'amende forfaitaire relative à cette infraction a été adressé au contrevenant. Il ressort des mentions figurant sur cet avis, à savoir " Présenté/Avisé le 1/4/22 " et " Pli avisé et non réclamé " que M. B a été avisé de ce courrier le 1er avril 2022 et s'est abstenu de le récupérer. Par suite, M. B doit être regardé comme s'étant vu régulièrement notifié le 1er avril 2022 cet avis, qui comportait l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du défaut d'information préalable doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne les infractions commises les 9 et 10 août 2021 et constatées par radar automatique :
6. Il ressort du relevé d'information intégrale relatif à la situation du permis de conduire de M. B que les infractions des 9 et 10 août 2021, constatées par radar automatique, ont donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission de titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Ces circonstances, qui établissent la réalité des infractions, n'impliquent pas que le contrevenant a reçu les informations requises par le code de la route. M. B établit que le paiement de ces amendes sont intervenus à la suite d'avis à tiers détenteur dans le cadre d'une procédure de recouvrement forcé dont l'accomplissement ne garantit pas que le requérant a préalablement reçu les informations requises par le code de la route. Il suit de là que les décisions de retrait de points correspondant aux infractions commises les 9 et 10 août 2021 doivent être regardées comme étant intervenues au terme de procédures irrégulières.
En ce qui concerne l'infraction commise le 19 janvier 2022 :
8. S'agissant de l'infraction du 19 janvier 2022, si le ministre de l'intérieur verse à l'instance le procès-verbal électronique ayant permis de constater l'infraction, lequel comporte l'ensemble des informations requises, ce document ne fait figurer ni la signature de M. B ni une mention selon laquelle il aurait refusé de signer. Si le ministre produit un bordereau d'envoi postal d'un avis de contravention avec une mention " non assorti de la mention NPAI ", cependant, en l'absence d'élément permettant de démontrer que M. B aurait eu accès aux informations exigées lors de l'établissement du procès-verbal électronique ou que des documents contenant les informations préalables obligatoires lui auraient été envoyés, l'administration ne peut être regardée comme lui ayant délivré, préalablement au règlement de cette amende, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le retrait de points consécutifs à l'infraction du 27 avril 2022 est intervenu en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne la réalité des infractions :
9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, soit la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, soit la mention d'une condamnation pénale devenue définitive.
10. Si M. B établit qu'il a présenté une requête en exonération des amendes forfaitaires afférentes aux infractions restant en litige pour soutenir que la réalité de l'infraction n'est pas établie, il ne justifie pas l'avoir fait dans les conditions de délai prévues par l'article 529-2 du code de procédure pénale. Dès, lors, la réalité des infractions du 22 juillet 2021 et 27 octobre 2021 doit être tenue pour établie. Le moyen invoqué doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points affectés à son permis de conduire intervenues à la suite des infractions commises les 9 et 10 août 2021 et 19 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur réaffecte les points retirés suite à l'infraction des 9 et 10 août 2021 et 19 janvier 2022 sur le permis de conduire de M. B, sous réserve des restitutions de points intervenues, et qu'il retire par conséquent la décision d'invalidation de ce permis de conduire sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé et ce, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. B.
D E C I D E:
Article 1er : Les décisions de retrait de points suite aux infractions des 9 août 2021, 10 août 2021 et 19 janvier 2022 ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 31 août 2022 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières, et de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué dans le même délai de deux mois, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'elle n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné postérieurement au dernier retrait de points pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.
Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
G. CORNEVAUX
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2301722
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2404554
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A... comme irrecevable pour tardiveté. La requérante contestait des retraits de points consécutifs à des infractions de 2018, mais le tribunal a constaté que la décision de perte de validité du permis, notifiée le 29 juillet 2023, mentionnait les voies et délais de recours. Le recours gracieux formé en mai 2024 n'a pu proroger un délai déjà expiré. La solution est fondée sur les articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative.
18/11/2025
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2404575
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, saisi par M. B... A... en plein contentieux, a examiné sa demande d'annulation de la décision "48 SI" du 20 janvier 2024 invalidant son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les retraits de points sous-jacents. Le tribunal a constaté que la décision d'invalidation avait été retirée par l'administration, rendant les conclusions principales sans objet. Concernant les retraits de points contestés, le juge a rejeté comme irrecevables ceux déjà restitués ou n'ayant pas eu lieu, et a écarté le moyen relatif à l'infraction du 25 mars 2023, estimant que la contestation de la réalité de l'infraction relevait de la compétence exclusive du juge pénal. En application des articles L. 223-1 du code de la route et L. 761-1 du code de justice administrative, la requête a été rejetée dans son ensemble.
18/11/2025
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2405359
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en plein contentieux, a examiné la requête de M. B... contestant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, prononcée par le ministre de l'intérieur. Le requérant soutenait ne pas avoir reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, garantie essentielle préalable au retrait de points. Le tribunal a rappelé que, pour les infractions constatées par procès-verbal électronique et ayant donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire, le paiement établit que l'administration a délivré l'information requise, sauf preuve contraire par l'intéressé. En l'espèce, M. B... n'ayant pas produit les avis de contravention pour démontrer leur inexactitude ou incomplétude, la requête a été rejetée.
18/11/2025