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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306722

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306722

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306722
TypeDécision
PublicationD
FormationJU-1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2024, M. F A, représentée par Me Cesso, demande au tribunal :

1°) d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulièrement publiée.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le pays de destination :

- la décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L.612.10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il ne soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Zuccarello pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zuccarello a été entendu en audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, de nationalité nigériane né le 12 décembre 1992, déclare être entré en France le 20 décembre 2020. Le même jour, il a déposé une demande d'asile. M. A s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile. Le 31 mars 2022, l'office français de protection des réfugiés et apatrides lui a opposé une décision de rejet, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 août 2022. Par un arrêté du 22 novembre 2023, le préfet de la Gironde a pris un arrêté lui refusant le séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de 30 jours à destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une requête du 21 décembre 2023, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

4. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spéciaux n°33-2023-164, a donné délégation à Mme C E, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, "toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre :

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 de ce code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu par le requérant, qu'il aurait sollicité, en parallèle de sa demande d'asile, un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, M. A qui déclare être entré en France au mois de décembre 2020, soit deux ans seulement avant l'intervention de la décision attaquée, ne verse aucun élément démontrant l'existence de liens privés et familiaux en France. En outre, M. A, qui soutient sans le démontrer qu'il fuyait les persécutions dues à une relation avec une jeune fille et qu'il craint l'excision de sa fille au Nigéria, ne fait valoir aucun motif exceptionnel ou humanitaire justifiant une admission exceptionnelle. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. M. A vit en concubinage avec Mme B, nigériane en situation irrégulière sur le territoire français, avec laquelle il a eu une fille née 8 juillet 2021. Cependant, M. A est entré récemment en France, ne justifie pas de l'existence de liens privés ou familiaux en France et ne démontre pas être isolé au Nigéria où il a vécu jusqu'à ses vingt-huit ans. Par suite le préfet de la Gironde n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision attaquée.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Il ressort des pièces du dossier que la mesure contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant de ses parents dès lors que la reconstitution de la cellule familiale est possible dans leur pays d'origine. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que leur fille serait soumise à un risque d'excision en cas de retour au Nigéria. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 6, 7 et 9, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation en refusant à M. A l'octroi d'un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 7 et en l'absence de tout élément démontrant l'existence de liens privés et familiaux sur le territoire français suffisamment intenses pour faire obstacle à l'éloignement de M. A, le préfet de la Gironde n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

13. Il ressort des pièces du dossier que la mesure contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant de ses parents dès lors que la reconstitution de la cellule familiale est possible dans leur pays d'origine. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que leur fille serait soumise à un risque d'excision en cas de retour au Nigéria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3§1 de la convention.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. M. A soutient être opposé à la pratique de l'excision, comme sa compagne qui aurait fui le Nigéria pour cette raison. Il se prévaut de craintes pour sa fille et sa femme en cas de retour au Nigéria. Cependant, la seule circonstance, à la supposé avérée, que des membres de la famille de M. A et de sa compagne pratiquent l'excision, et que l'excision soit encore répandue au Nigéria, sont insuffisantes à établir, à elles seules et en l'absence de tout autre élément, que le requérant serait soumis, en cas de retour dans son pays d'origine, à un risque de traitement inhumain ou dégradant. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnait les dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

17. Aux termes de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

18. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte l'ensemble des éléments de droit et de faits sur lesquels le préfet de la Gironde a fondé sa décision. Le préfet mentionne la date d'entrée du requérant sur le territoire français, sa situation familiale, les demandes d'asile et les décisions de rejet de sa concubine et de sa fille. Par suite, alors que la motivation de la décision contestée n'est pas stéréotypée, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

19. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 6 et 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet la Gironde du 22 novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er: M.A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Cesso et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

F. ZUCCARELLOLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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