Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 juin et 28 novembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Bourdeix de la SCP Cabinet Maleville, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 26 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Dordogne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 18 avril 2023 refusant de lui servir le revenu de solidarité active à compter du 1er août 2022 et de recalculer ses droits ouverts entre le 1er mars 2023 et le 29 février 2024, ensemble cette dernière décision ;
2°) d’enjoindre au président du conseil départemental de la Dordogne de lui servir le revenu de solidarité active à compter du 1er août 2022 et de procéder à une réévaluation de ses droits à compter du 1er mars 2023 et partant, de lui verser les sommes dues avec intérêt au taux légal, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ; à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge du département de la Dordogne la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle de lui verser ladite somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a déposé une demande de RSA sur son espace privé de la MSA Ardèche, dont il dépendait encore, le 1er août 2022, cette demande étant transférée à sa nouvelle caisse d’affiliation le 14 novembre 2022 ; ayant appris qu’aucun dossier n’était en cours d’instruction, il a réitéré sa demande par courrier du 2 mars 2023 avec rétroactivité au 1er août 2022 ;
- cette demande a été rejetée par décision du 18 avril 2023 qui ne lui a été notifiée qu’en fin d’année 2023 ; son recours préalable a été rejeté par décision du 26 février 2024 qui ne lui a pas été régulièrement notifiée ;
- sa requête est recevable dès lors que la décision contestée ne mentionne pas les délais de recours et qu’au demeurant, il a présenté une demande d’aide juridictionnelle le 19 avril 2024 ;
- il n’est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 26 février 2024 ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le président du conseil départemental ne pouvait légalement lui opposer la tardiveté de son recours préalable obligatoire, dès lors que le délai ne court qu’à compter de la notification régulière de la décision contestée et que son recours a été présenté avant l’expiration du délai raisonnable prévu par la jurisprudence Czabaj ;
- le président du conseil départemental ne pouvait légalement refuser de lui servir le RSA, dès lors qu’il remplit les conditions d’éligibilité et de ressources prévues par les articles L. 262-2 et L. 262-4 du CASF.
La caisse de mutualité sociale agricole de la Dordogne et de Lot-et-Garonne a produit des observations le 27 août 2024.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 27 septembre et 11 décembre 2024, le département de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le recours administratif préalable obligatoire a été présenté tardivement ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Willem, premier conseiller, en application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui s’est tenue le 4 février 2026 à 14 heures 15.
Le rapport de M. Willem, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.
En l’absence des parties, la clôture de l’instruction est intervenue après appel de l’affaire à l’audience en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., connu de la caisse de mutualité sociale agricole (MSA) de la Dordogne et de Lot-et-Garonne comme exerçant une activité de maraîcher depuis le 1er avril 2021 et comme étant pacsé avec un enfant à charge, a déposé une demande d’admission au bénéfice du revenu de solidarité active le 1er août 2022 selon ses déclarations. Le 18 avril 2023, la MSA l’a informé de ce que le président du conseil départemental de la Dordogne, qui n’aurait été saisi que le 7 mars 2023, lui avait ouvert un droit au RSA à compter du 1er mars 2023 mais avec un montant d’allocation arrêté à 0 euro et des revenus non-salariés arrêtés à 2 112 euros par trimestre. Par décision du 26 février 2024, le président du conseil départemental de la Dordogne a rejeté, comme irrecevable, le recours administratif préalable obligatoire présenté par l’intéressé le 2 février 2024. Par la présente requête, M. B... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler cette décision, qui s’est entièrement substituée à la décision initiale du 18 avril 2023 qu’elle confirme implicitement, et d’enjoindre au président du conseil départemental de le rétablir dans ses droits.
Sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction :
2. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d’une personne au revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner les droits de l’intéressé, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l’intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l’administration afin qu’elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d’être dit, que les moyens tirés de l’incompétence de l’auteur de l’acte et du défaut de motivation de la décision contestée doivent être écartés comme inopérants. Le requérant ne peut davantage utilement soutenir, alors même que ce serait à tort que ce motif lui a été opposé, que l’autorité administrative a commis une erreur de droit en rejetant son recours administratif préalable obligatoire pour tardiveté, s’agissant d’un vice propre de la décision qui demeure sans incidence sur les droits de l’intéressé au bénéfice du revenu de solidarité active.
4. En second lieu, aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire ». Aux termes de l’article L. 262-4 du même code : « Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; / 2° Être français (…) ; / 3° Ne pas être élève, étudiant ou stagiaire au sens de l’article L. 124-1 du code de l'éducation (…) ; / 4° Ne pas être en congé parental, sabbatique, sans solde ou en disponibilité (…) ». Aux termes de l’article R. 262- 1 du code précité : « Le montant forfaitaire mentionné à l’article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé (…) ». Aux termes de l’article R. 262-18 du même code : « Les revenus professionnels relevant de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles s'entendent des bénéfices de l'avant-dernière année précédant celle au cours de laquelle le droit à l'allocation est examiné ou révisé, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité (…) ». L’article R. 262-25-5 dudit code prévoit que la demande de revenu de solidarité active peut être réalisée soit par téléservice, soit par le dépôt d'un formulaire. Aux termes de l’article L. 262-18 du même code : « Sous réserve du respect des conditions (…), le revenu de solidarité active est ouvert à compter de la date de dépôt de la demande ». L’article R. 262-33 précise que « l'allocation est due à compter du premier jour du mois civil au cours duquel la demande a été déposée ».
5. Il résulte des dispositions précitées que le droit au revenu de solidarité active est ouvert à toute personne qui remplit, outre les conditions visées par l’article L. 262-4 du code de l’action sociale et des familles, la condition de ressources prévue par l’article L. 262-2 du code précité.
6. D’une part, il résulte de l’instruction que compte tenu du dépôt de sa demande le 7 mars 2023, dont l’exemplaire papier est versé au dossier, le requérant ne peut bénéficier du revenu de solidarité active qu’à partir du mois de mars 2023, conformément aux dispositions précitées des articles L. 262-18 et R. 262-33 du code de l’action sociale et des familles. Si M. B... fait à cet égard valoir qu’il avait déposé une demande sur son espace privé de son ancienne caisse de MSA d’affiliation dès le 1er août 2022, il ne l’établit par aucun commencement de preuve, si bien qu’il ne saurait prétendre qu’il y avait droit à compter de cette dernière date. Dès lors, le président du conseil départemental de la Dordogne a pu à bon droit refuser de lui ouvrir rétroactivement des droits au RSA à compter du 1er août 2022.
7. D’autre part, s’il est constant que M. B... en remplit les conditions d’éligibilité, le président du conseil départemental soutient que les ressources du foyer de l’intéressé étaient supérieures au montant forfaitaire ouvrant droit au versement de cette allocation. Le requérant n’apporte aucun élément de nature à le contredire en produisant l’avis d’imposition de son foyer sur les revenus 2022, mentionnant notamment un revenu imposable du foyer de 13 679 euros mais des revenus salariés avant abattement de 14 918 euros, et ceux alors même que son entreprise de maraîchage n’aurait dégagé aucun bénéfice agricole en 2021, 2022, et 2023. Par suite, c’est à bon droit que le président du conseil départemental a refusé de recalculer les droits de l’intéressé ouverts entre le 1er mars 2023 et le 29 février 2024 et arrêtés à 0 euro.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner leur recevabilité, les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au département de la Dordogne et à la caisse de mutualité sociale agricole de Dordogne, Lot-et-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2026.
Le magistrat désigné,
E. WILLEM
La greffière,
P. GAULON
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,