Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires en production de pièces enregistrés les 13 juin 2024, 24 juillet 2024 et 18 septembre 2025, M. A... B... demande au tribunal d’annuler la décision du 14 mai 2024 par laquelle la caisse d’allocations familiales de la Gironde a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette d’allocation de logement sociale d’un montant de 1 550 euros constituée au titre de la période du 1er avril au 31 octobre 2023.
Il soutient que :
- il est de bonne foi, s’étant trompé dans ses déclarations en indiquant dans sa déclaration, à la rubrique « frais réels », son revenu fiscal de référence ;
- ses ressources ne lui permettent pas de régler sa dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2026, la caisse d’allocations familiales de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête n’est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Willem, premier conseiller, en application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui s’est tenue le 23 février 2026 à 9 heures 45.
Le rapport de M. Willem, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.
En l’absence des parties, la clôture de l’instruction est intervenue après appel de l’affaire à l’audience en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., allocataire de la caisse d’allocations familiales (CAF) de la Gironde, a bénéficié de l’allocation de logement sociale pour la location de sa résidence sur la base de ses déclarations de revenus de l’année 2022 comportant notamment des frais réels déductibles des ressources à prendre en compte pour le calcul de cette allocation à hauteur de 16 203 euros. Suite à la transmission par l’administration fiscale de ses déclarations de revenus, de laquelle il est ressorti que l’intéressé n’avait déclaré aucun frais réel en 2022, le droit à l’allocation de M. B... a été recalculé. Le 18 novembre 2023, un indu d’allocation de logement sociale lui a été réclamé, pour la période du 1er avril au 31 octobre 2023, d’un montant de 1 550 euros (créance IN4 001). Par retour du formulaire accompagnant cette notification, M. B... a contesté le bien-fondé de l’indu tout en en sollicitant la remise gracieuse. Par décision du 14 mai 2024, la directrice de la CAF de la Gironde a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette. M. B... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler la décision par laquelle, de par son silence, la CAF a implicitement confirmé le bien-fondé de l’indu, subsidiairement d’annuler la décision du 14 mai 2024 et de lui accorder la remise de sa dette.
Sur le bien-fondé de l’indu :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu d’aide sociale, il entre dans l’office du juge administratif d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu, telle qu’arrêtée définitivement par l’administration en réponse au recours administratif qui, préalablement à la saisine du juge, doit obligatoirement être exercé. Il lui appartient alors, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l’article L. 822-5 du code de la construction et de l’habitation : « Les aides personnelles au logement ne sont dues qu’aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire. / (…) ». Aux termes de l’article L. 822-6 du même code : « La détermination ainsi que les conditions de prise en compte des ressources et de la valeur du patrimoine sont définies par voie réglementaire. / Les conditions de prise en compte des ressources, notamment les périodes de référence retenues, peuvent varier en fonction de la nature des ressources ». Aux termes de l’article R. 822-3 du même code : « Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l’aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l’article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : / 1° Pour les ressources mentionnées à l’article R. 822-4 prises en compte par la déclaration sociale nominative définie à l’ article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale et les revenus d’activité perçus hors de France ou versés par une organisation internationale, sur une période de référence courant du treizième au deuxième mois précédant la date d’ouverture ou de réexamen du droit à l’aide personnelle au logement. / 2° Pour (…) les frais professionnels exposés, lorsque ceux-ci excèdent la déduction forfaitaire mentionnée au 3° de l’article 83 du code général des impôts, (…) sur une période de référence correspondant à l’année civile qui précède la date d’ouverture ou de réexamen du droit à l’aide personnelle au logement. / (…) ».
4. Il résulte de l’instruction, ainsi qu’il a été dit au point 1, que M. B... a déclaré avoir exposé en 2022 des frais réels à hauteur de 16 203 euros, ce qui a conduit la caisse d’allocations familiales à lui allouer l’allocation de logement sociale calculée sur la période de référence prévue au 2° de l’article R. 822-3 du code de la construction et de l’habitation en tenant compte desdits frais. Or, il est constant qu’il n’a en réalité pas eu cette année-là de frais professionnels, si bien que la période de référence applicable était celle prévue au 1° de l’article R. 822-3 et qu’il ne devait être tenu compte que de ses seuls revenus salariés. M. B..., qui se borne à invoquer une erreur dans ses déclarations, ne conteste pas utilement le motif ayant conduit la CAF à régulariser sa situation selon cette dernière modalité d’appréciation de ses ressources et à lui réclamer l’indu qui en découle. Par suite, c’est à bon droit que l’indu en litige lui a été réclamé.
Sur la demande de remise gracieuse :
5. Aux termes de l’article L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation : « Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d’aide personnelle au logement indûment versés ». Aux termes de l’article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : « (…) la créance de l’organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. / (…) ».
6. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu d’une prestation ou d’une allocation versée au titre de l’aide ou de l’action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d’emploi, il appartient ainsi au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l’une et l’autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
7. Ainsi qu’il a été dit, l’indu réclamé à M. B... a pour origine un nouveau calcul de ses ressources après neutralisation de frais réels déductibles qui ont été pris en compte à tort. L’existence d’une fausse déclaration, ou d’une manœuvre frauduleuse, n’est à cet égard pas établi, ni même allégué en défense. Dès lors, le requérant, qui invoque une méprise dans ses déclarations, peut être regardé comme étant de bonne foi. Toutefois, il ne résulte pas de l’instruction qu’à la date du présent jugement, M. B..., qui perçoit des revenus d’environ 1 450 euros mensuels, auquel il convient d’ajouter la prime d’activité d’environ 230 euros qui lui est servie, et qui justifie de charges mensuelles d’au plus 1 300 euros, se trouverait dans une situation de précarité telle qu’il serait dans l’impossibilité de rembourser l’indu à sa charge, au besoin en sollicitant son étalement, ou que ce remboursement compromettrait durablement l’équilibre de son budget. Par suite, sa demande de remise de dette doit être rejetée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la caisse d’allocations familiales de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.
Le magistrat désigné,
E. WILLEM
La greffière,
V. BERLAND
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,