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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406153

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406153

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406153
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP BLAZY ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en plein contentieux, a examiné une demande d'indemnisation suite à l'annulation d'un refus de délivrance de carte professionnelle par le CNAPS. Le tribunal a retenu la responsabilité de l'État pour faute, l'illégalité de la décision initiale étant établie par l'autorité de la chose jugée. Concernant les préjudices, il a rejeté la demande liée au festival de Cannes par manque de preuves, mais a admis le principe d'une indemnisation pour perte de salaire entre mai et août 2022, dont le montant sera liquidé ultérieurement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, M. A... B..., représenté par Me Blazy, demande au tribunal :

1°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) à lui verser la somme totale de 25 556,50 euros en réparation des préjudices ayant résulté pour lui de la décision du 12 mai 2022 par laquelle le directeur du CNAPS a refusé de lui délivrer une carte professionnelle ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la responsabilité du CNAPS est engagée en raison de la faute constituée par l’illégalité de la décision du 12 mai 2022, qui a été annulée par jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 30 avril 2024 ;
- il subit, en lien direct avec cette faute, des préjudices qui doivent être indemnisés à hauteur de 20 556,50 euros au titre de son préjudice financier et 5 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2025, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la faute n’est pas caractérisée dès lors que la décision du 12 mai 2022 était justifiée par la gravité des faits commis par M. B... ;
- le lien de causalité entre cette décision et les préjudices invoqués n’est pas établi dès lors qu’ils ont pour origine le comportement de M. B... ;
- son préjudice financier résultant de la perte de salaires ne peut être analysé qu’en termes de perte de chance ; M. B... ne pourra percevoir que la différence entre les salaires qu’il aurait dû percevoir et ceux effectivement perçus ; et M. B... ne saurait être indemnisé à la fois pour une perte de revenu et pour la prise de congés ;
- la perte financière en lien avec la mission au festival de Cannes n’est pas établie ;
- le préjudice moral n’est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lorrain Mabillon ;
- les conclusions de Mme Blanchard, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Redon, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. A... B... a sollicité le 25 mars 2022 le renouvellement de sa carte professionnelle d’agent privé de sécurité. Par décision en date du 12 mai 2022, le directeur du CNAPS a rejeté sa demande. M. B... a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux, qui a ordonné, le 22 juillet 2022, la suspension de l’exécution de la décision du 12 mai 2022 et enjoint au directeur du CNAPS de procéder au réexamen de sa demande. Le 29 août 2022, le directeur du CNAPS a délivré à M. B... une carte professionnelle provisoire. Par un jugement du 30 avril 2024, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision du 12 mai 2022 et enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. B... une carte professionnelle d’agent privé de sécurité. Par sa requête, M. B... demande au tribunal de condamner le CNAPS à lui verser la somme totale de 25 556,50 euros en réparation des préjudices qu’il dit avoir subis résultant de l’illégalité de la décision du 12 mai 2022.

Sur la responsabilité :

Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

Il résulte de l’instruction que, par un jugement du 30 avril 2024, devenu définitif, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé pour erreur d’appréciation la décision du 12 mai 2022 par laquelle le directeur du CNAPS a refusé de délivrer à M. B... une carte professionnelle. Cette illégalité est constitutive d’une faute susceptible d’engager la responsabilité de l’Etat.

Le CNAPS ne peut, sans méconnaître l’autorité de la chose jugée attachée à ce jugement, soutenir que le refus qu’il a opposé à M. B... le 12 mai 2022 était justifié par la gravité des faits reprochés, motif censuré par le tribunal administratif. Le CNAPS, qui se borne à invoquer ce motif, n’invoque aucun autre motif susceptible de justifier légalement la décision du 12 mai 2022. Sa responsabilité est donc engagée au titre des préjudices que cette décision illégale a causé au requérant.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne le préjudice financier :

En premier lieu, si M. B... demande une indemnisation à hauteur de 2 213,33 euros au titre de l’interruption, du fait de la décision illégale du 12 mai 2022, d’une mission d’agent privé de sécurité en lien avec le festival de Cannes, il ne produit aucun document de nature à justifier la réalité de cet emploi et des revenus attendus de cette activité, de son interruption le 21 mai 2022 ainsi qu’il l’allègue, ni les frais de transport et d’hébergement qu’il aurait exposés pour l’occuper. Par suite, sa demande à ce titre ne peut qu’être rejetée.

En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que M. B... a été illégalement privé d’une carte professionnelle entre le 22 mai et le 29 août 2022 alors qu’il était employé, sur cette période, par la société Trafalgar et par la société Chapman Ellis, en vertu de deux contrats à durée indéterminée. M. B... demande l’indemnisation des pertes des salaires qui auraient dû lui être versés en application de ces contrats aux mois de juillet et août 2022.

Il résulte de l’instruction, et notamment des bulletins de salaire produits, que M. B... devait percevoir, au titre de son contrat avec la société Trafalgar, un salaire mensuel de 700,33 euros bruts, et, au titre de son contrat avec la société Chapman Ellis, un salaire mensuel de 1 356,63 euros bruts, soit une rémunération mensuelle total de 2 056,96 euros bruts. Il résulte de l’instruction que M. B... a perçu, en juillet 2022, la somme totale de 1 741,18 euros bruts, et, en août 2022, la somme totale de 100 euros bruts, soit une perte totale de 2 272,74 euros bruts. M. B... n’ayant pas répondu à la mesure d’instruction diligentée par le tribunal pour obtenir la communication de ses bulletins de salaires pour la période de janvier à mai 2022, permettant d’apprécier exactement sa perte de rémunération nette, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant une somme de 1 777 euros.

En troisième lieu, il résulte de l’instruction que M. B... a bénéficié des congés payés qu’il a posés du 23 au 31 mai 2022, du 1er au 26 juin 2022, du 1er au 13 juillet et du 27 au 30 juillet 2022. Par suite, il n’est pas fondé à demander une indemnisation correspondant à la monétisation de ces jours de congés, par laquelle il en serait doublement bénéficiaire.

En quatrième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

En tout état de cause, si M. B... allègue avoir été contraint d’exposer d’importants frais de justice, pour un montant total de 8 160 euros, il ne justifie pas, par les pièces qu’il produit, du lien avec l’illégalité fautive décrite au point 3, dès lors que la note d’honoraires de la SCP Blazy du 31 mai 2022 a pour objet « affaire B... / Effacement TAJ », et la note d’honoraires de la SCP Le Bret-Desache du 4 juillet 2022, une procédure devant le Conseil d’Etat qu’il ne justifie pas avoir effectivement engagée. Enfin, si les notes d’honoraires de la SCP Blazy du 2 novembre 2022 et du 15 février 2024, d’un montant respectif de 1 200 et 1 000 euros, portent la mention « dossier TA Bordeaux », il résulte de l’instruction que M. B..., qui demande par ailleurs que soit mis à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros dans le cadre de la présente instance, s’est déjà vu allouer les sommes de 1 000 et 1 500 euros au titre des frais liés au litige par le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux et, dans le cadre de son recours pour excès de pouvoir formé contre la décision du 12 mai 2022. Par suite, sa demande d’indemnisation relative aux frais d’avocat ne peut qu’être rejetée.

En dernier lieu, M. B... n’est pas fondé à demander une indemnité correspondant au remboursement à ses parents de la somme qu’ils lui ont prêtée sans intérêts.

En ce qui concerne le préjudice moral :

Il y a lieu d’allouer à M. B..., qui a été privé de carte professionnelle pendant trois mois et placé dans une situation provisoire jusqu’au jugement du 30 avril 2024, une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral.

Il résulte de tout ce qui précède que le CNAPS doit être condamné à verser à M. B... une somme totale de 3 277 euros.

Sur les frais liés à l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : Le Conseil national des activités privées de sécurité est condamné à verser à M. B... une somme de 3 277 euros.

Article 2 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B... une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et au Conseil national des activités privées de sécurité.


Délibéré après l’audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.


La rapporteure,




A. LORRAIN MABILLONLa présidente,




A. CHAUVIN
La greffière,




C. JANIN


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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