mercredi 12 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2500568 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP CGCB ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2025, la société La Place Gambetta, représentée par Me Fouchet, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 décembre 2024 par lequel le maire de Bordeaux a refusé de lui délivrer un permis de construire afin d'aménager les combles et de modifier les façades et les toitures de l'immeuble situé 46 place Gambetta, parcelle cadastrée KW n°212 ;
2°) d'enjoindre au maire de Bordeaux de délivrer un permis de construire à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence doit être regardée comme remplie dès lors qu'elle est dans l'impossibilité de procéder à tous nouveaux travaux et à la location de l'appartement litigieux ; le refus de permis de construire lui cause un préjudice financier ; tant qu'elle ne pourra pas régulariser sa situation, le préfet adressera chaque année une nouvelle astreinte à liquider à hauteur de près de 27 000 euros alors qu'elle a déjà fait l'objet de trois titres de perception pour un montant total de 57 563 euros ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; la décision contestée n'est pas motivée en méconnaissance des articles L. 424-3 et A. 424-3 et A. 424-4 du code de l'urbanisme ; le maire s'est à tort estimé lié par l'avis du service départemental d'incendie et de secours ; la décision méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; le maire de Bordeaux ne pouvait refuser la délivrance du permis de construire dès lors qu'il pouvait assortir le permis de construire des prescriptions tenant au respect de l'article 4.1.1 de la circulaire de 1982 afin de rendre le projet conforme à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et prévenir tout risque à la sécurité publique.
Par un mémoire enregistré le 10 février 2025, la commune de Bordeaux, représentée par Me Gauci, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens développés par la requérante n'est de propre à créer un doute quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- la requête enregistrée le 30 janvier 2025 sous le n° 2500540 par laquelle la société Place Gambetta demande l'annulation de la décision du 2 décembre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le mardi 11 février 2025 à 10 heures, en présence de Mme Souris, greffière d'audience, Mme Gay a lu son rapport et entendu :
- Me Eizaga, représentant la société La Place Gambetta, qui confirme ses écritures ;
- Me Gauci représentant la commune de Bordeaux, qui confirme ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Vu la note en délibéré, enregistrée le 11 février 2025 à 17h54, présentée pour la société La Place Gambetta.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de Bordeaux a constaté, le 23 juin 2013, que la société civile La Place Gambetta avait fait réaliser, sans permis de construire, des travaux sur un immeuble dont elle est propriétaire au 46, place Gambetta, consistant en l'aménagement d'un logement sous les combles de l'immeuble et une modification de la toiture à l'arrière du bâtiment pour l'installation d'une structure métallique de type " chien assis ", la pose de deux fenêtres de toit et la création d'une terrasse. En premier lieu, par des décisions du 18 novembre 2013 puis du 22 août 2016, le maire de Bordeaux a refusé de délivrer à la société un permis de construire de régularisation. Le tribunal administratif de Bordeaux a, par un jugement du 1er février 2018, rejeté la demande de la société tendant à l'annulation de cette dernière décision. Par un arrêt du 14 mai 2019, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce jugement ainsi que l'arrêté du 22 août 2016 et a enjoint au maire de Bordeaux de délivrer à la société civile La Place Gambetta un certificat de permis de construire tacite. Cet arrêt a été annulé par une décision n° 432650 du Conseil d'État statuant au contentieux du 23 septembre 2021 qui a renvoyé l'examen de l'affaire à la cour. Par un arrêt du 9 juin 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté la requête de la société Place Gambetta tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 août 2016. En deuxième lieu, le 6 septembre 2021, l'indivision A C et B a sollicité un permis de construire afin de remplacer les quatre menuiseries extérieures situées sur le même immeuble. Par un jugement du 8 janvier 2025, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a rejeté leur demande. En troisième lieu, par un arrêté du 19 février 2024, le maire de Bordeaux a refusé de délivrer un permis de construire en vue de l'aménagement des combles et la modification des façades et des toitures, présentée le 14 décembre 2023 par la société La Place Gambetta et M. B A. En quatrième et dernier lieu, le 16 juillet 2024, la société Place Gambetta et M. B A ont sollicité à nouveau la délivrance d'un permis de construire en vue de l'aménagement des combles et des modifications de façades et de toitures. Par un arrêté du 2 décembre 2024, le maire de Bordeaux a rejeté leur demande. La société La Place Gambetta demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 décembre 2024, la société La Place Gambetta fait valoir que cet arrêté qui rejette sa demande de régularisation des travaux sur l'immeuble litigieux, l'empêche de réaliser des travaux et de louer l'appartement en cause. Cependant, il ressort des pièces du dossier que lors d'une visite sur place le 13 octobre 2022, un locataire occupait cet appartement. Ainsi, la société requérante ne justifie pas être dans l'incapacité de louer le logement litigieux en l'état. Par ailleurs, la société requérante soutient que la condition d'urgence est remplie dès lors que l'exécution de l'arrêté de refus de permis de construire engendre un préjudice financier important dès lors qu'elle est dans l'impossibilité de payer les astreintes auxquelles elle a été condamnée par un arrêt de la cour d'appel de Bordeaux du 15 novembre 2016 lui imposant de remettre en état l'immeuble dans un délai de quatre mois assorti au terme de ce délai, d'une astreinte de 75 euros par jour de retard. Elle souligne que ces astreintes, qui ont fait l'objet de trois titres de perception, s'élèvent à 57 563 euros et qu'une nouvelle astreinte sera liquidée, chaque année, à hauteur de 27 000 euros. Toutefois, en premier lieu, en se bornant à produire un solde de son compte bancaire, à la fin de l'année de 2024, la société requérante n'apporte pas suffisamment d'éléments probants permettant de tenir pour établie son impossibilité à payer ces astreintes alors qu'elle est propriétaire de dix-sept lots au sein de l'immeuble situé 46 place Gambetta qui sont mis en location et qu'elle ne justifie d'aucune de ses charges. En deuxième lieu, la commune de Bordeaux lui a déjà opposé quatre décisions de refus de permis de construire dont les deux dernières, celles 19 février 2024 et 2 décembre 2024, sont justifiées par le même motif tiré de l'atteinte à la sécurité publique, or, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la société requérante aurait contesté l'arrêté de refus de permis de construire du 19 février 2024 et elle n'explique pas en quoi sa situation se serait dégradée à un point tel qu'elle serait devenue urgente depuis cette dernière demande de permis de construire. En troisième lieu, l'arrêté litigieux a été pris en raison d'un risque d'atteinte à la sécurité publique dès lors qu'il résulte de l'avis du service départemental d'incendie et de secours du 1er août 2024, concordant avec celui émis le 9 février 2024, que les travaux envisagés aggravent le niveau de sécurité et qu'en cas d'incendie, les occupants de l'appartement sous comble ne pourraient ni évacuer ni se manifester. En dernier lieu, le préjudice financier que la société requérante invoque pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté litigieux résulte de son propre comportement en raison de l'absence de remise en état de l'immeuble ordonné par le juge judiciaire dès 2016 et du non-paiement des astreintes auxquelles elle a été condamnée, elle s'est ainsi placée dans une situation qui ne lui permet pas d'invoquer utilement la notion d'urgence. La condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut dès lors être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions à fin de suspension présentées par la société requérante doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société La Place Gambetta, le versement à la commune de Bordeaux de la somme de 1 200 euros sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par la société La Place Gambetta est rejetée.
Article 2 : La société La Place Gambetta versera à la commune de Bordeaux une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions du défendeur est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société La Place Gambetta et à la commune de Bordeaux.
Fait à Bordeaux, le 12 février 2025.
La juge des référés,
N. Gay
La greffière,
E. Souris La République mande et ordonne au préfet de Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026