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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2503423

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2503423

mercredi 18 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2503423
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantNOEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme E..., agent du CCAS de Bordeaux. La requérante, victime d'un accident de service reconnu imputable le 21 octobre 2021, conteste la date de consolidation fixée au 2 juillet 2024 par son employeur et envisage un recours indemnitaire pour obtenir la réparation intégrale de ses préjudices. Le juge a estimé que cette mesure d'expertise était utile et ne préjugeait pas des responsabilités, et a désigné un expert pour évaluer l'imputabilité des troubles, la date de consolidation et les préjudices subis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, Mme B... E..., représentée par Me Julie Noël, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer la date de consolidation de son état de santé et d’évaluer les préjudices qu’elle a subis, en lien direct avec son accident, reconnu imputable au service, survenu le 21 octobre 2021.

Elle soutient que l’expertise sollicitée est utile aux fins de déterminer l’ensemble de ses préjudices, car elle envisage d’exercer un recours indemnitaire contre son employeur pour obtenir réparation intégrale des préjudices qu’elle a subis en raison de son accident de service.


La requête a été communiquée au centre communal d’action sociale de Bordeaux qui n’a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. ».


2. Mme B... E..., agent du centre communal d’action sociale de Bordeaux (CCAS) depuis 2007, titulaire du grade d’assistante sociale de classe exceptionnelle, a été victime d’un accident de service le 21 octobre 2021. Au cours d’une réunion Mme E... a reçu un choc émotif et psychologique. Cet accident de service a été reconnu imputable au service par une décision du 12 avril 2023 du maire de Bordeaux, président du conseil d’administration du centre communal d’action sociale. En avril 2022, Mme E... a sollicité le déclenchement du protocole d’intervention « harcèlement moral » indiquant dans son signalement être victime de faits de harcèlement moral depuis l’arrivée de sa responsable en 2016. L’enquête a conclu à une absence de harcèlement moral mais à un impact de cette situation de travail sur son état de santé psychique. Mme E... a été examinée à deux reprises par le docteur D..., médecin agréé, concluant le 2 juillet 2024 à une IPP de 30% et une consolidation au 2 juillet 2024. Le conseil médical en formation plénière a émis, le 22 janvier 2025, un avis selon lequel l’état de la requérante était consolidé au 2 juillet 2024 avec une IPP imputable de 15%. Le CCAS de Bordeaux a édicté, le 8 avril 2025, un arrêté portant consolidation au 2 juillet 2024 de l’accident de service dont Mme E... a été victime, avec séquelles. La requérante, qui conteste la consolidation de son état de santé, envisage d’engager la responsabilité de son employeur aux fins d’obtenir la réparation intégrale des préjudices qu’elle a subis en raison de son accident de service, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

3. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d’un accident de service ou atteint d’une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l’atteinte qu’il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l’obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu’ils peuvent courir dans l’exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l’accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d’agrément, obtienne de la collectivité qui l’emploie, même en l’absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l’atteinte à l’intégrité physique, ni à ce qu’une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l’ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l’accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

4. Par suite, la mesure d’expertise médicale judiciaire demandée par Mme E..., qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d’application des dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d’y faire droit et de fixer la mission de l’expert comme précisé à l’article 1err de la présente ordonnance.


O R D O N N E


Article 1er : Le docteur A... C..., est désigné en qualité d’expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l’état de santé de Mme E... ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l’étude de l’entier dossier médical de Mme E... et à son examen clinique ;

2°) de décrire l’état de santé de Mme E... avant le 21 octobre 2021 où elle a été victime d’un accident de service ; dire plus précisément si elle était déjà atteinte, avant le 21 octobre 2021, de troubles physiques ou psychologiques ;

3°) de décrire l’état de santé actuel de Mme E... et notamment ses lésions, affections et troubles, ainsi que les traitements qui y sont associés ; déterminer dans quelle mesure les troubles actuels dont souffre Mme E... sont imputables à son accident de service du 21 octobre 2021 en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie antérieure dont elle serait atteinte et indépendante du service, son évolution ou toute autre cause extérieure ; dire si ces pathologies présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée et nécessitent un traitement et des soins prolongés ;
4°) d’indiquer à quelle date l’état de santé de Mme E... peut être considéré comme consolidé et, dans cette hypothèse, fixer le taux du déficit fonctionnel permanent ; dans la négative, indiquer si l’état de santé de l’intéressée est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l’issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; préciser si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent imputable au service est prévisible et en évaluer l’importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;
5°) de dire si l’état de Mme E... depuis le 21 octobre 2021 a entraîné une incapacité permanente totale ou partielle d’exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiques, psychologiques, et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

6°) de donner son avis sur l’existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par Mme E... tels que les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice sexuel et d’agrément, en qualifiant les préjudices, y compris ceux psychologiques (…), et le cas échéant, en évaluer l’importance, en distinguant la part imputable à son accident de service, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d’un état antérieur ou postérieur ; en cas d’incapacité permanente de dire si l’aide d’une tierce personne a été ou est nécessaire ;

7°) d’une manière générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l’examen des questions précédemment définies.


Article 2 : L’expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues à l’article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d’expertise auront lieu contradictoirement entre Mme E... et le centre communal d’action sociale de Bordeaux.

Article 5 : L’expert avertira les parties conformément aux dispositions de l’article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L’expert communiquera aux parties les conclusions qu’il envisage de tirer des constatations auxquelles il a procédé. Cette communication sera réalisée par la transmission d’un pré-rapport ou selon toute autre modalité équivalente. Après avoir accordé aux parties un délai leur permettant de faire valoir leurs observations, l’expert recueillera et consignera leurs dires dans un rapport définitif. Il déposera le rapport définitif au greffe par voie électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l’expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s’opérer sous forme électronique. L’expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l’expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l’ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... E..., au centre communal d’action sociale de Bordeaux et au docteur A... C..., expert.
Fait à Bordeaux, le 18 février 2026.


La juge des référés,



N. Gay


La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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