lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2120626 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LE BARS |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par M. B.
Par une requête enregistrée le 5 février 2021, M. A B, représenté par Me Le Bars, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités des suppléments d'impôt sur le revenu et contributions sociales qui lui ont été assignés au titre des années 2012, 2013, 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'action de l'administration pour les années en cause est prescrite : le délai de reprise spécial de 10 ans ne peut être utilisé dans le cadre de la procédure de vérification de l'ensemble de la situation fiscale et lorsque le contribuable a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit pas acquitté de ses obligations déclaratives ;
- les garanties fondamentales du contribuable ont été méconnues : l'administration s'est fondée sur un jugement correctionnel obtenu dans le cadre de l'exercice de son droit de communication à une date à laquelle les parties elles même n'en n'avaient pas encore reçu notification ;
- le détournement de fonds n'est pas caractérisé sur l'ensemble des années litigieuses ; il a déclaré des revenus en 2014 et il n'est pas précisé qu'il n'a rien déclaré pour les années 2011 à 2013 ;
- des frais n'ont pas été pris en compte pour déterminer le montant des bénéfices non commerciaux ;
- les revenus considérés comme des revenus d'activités et de remplacement sont uniquement soumis à la CSG et la CRDS et non aux prélèvements sociaux ;
- les prélèvements sociaux ne doivent pas être calculés sur la base majorée de 25 % comme l'a décidé le conseil constitutionnel dans une QPC 10-2-2017 n° 2016-610 ;
- les modalités de calcul des intérêts appliqués en vertu des dispositions de l'article 1727 du code général des impôts ne sont pas exposées ;
- la pénalité de 80 % n'est pas justifiée, en l'absence d'activité occulte sur les années litigieuses.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 janvier 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater,
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.,
Considérant ce qui suit :
1. L'administration fiscale a regardé M. B comme ayant exercé au cours des années 2011 à 2014 une activité occulte pour avoir détourné les économies de son père, et a estimé les sommes illicitement acquises comme constituant des revenus imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, qu'elle a évalués selon la procédure d'évaluation d'office. Elle a fait connaître sa position à M. B par deux propositions de rectification du 15 novembre 2019 et les cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvement sociaux établies au titre des années 2011 à 2014 ont été mises en recouvrement par voie de rôle. Par la présente instance, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités des suppléments d'impôt sur le revenu et contributions sociales qui lui ont été assignés au titre des années 2012, 2013, 2014.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article 82 C du livre des procédures fiscales : " A l'occasion de toute procédure judicaire, le ministère public peut communiquer les dossiers à l'administration des finances. () . ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité judiciaire peut régulièrement transmettre à l'administration fiscale, spontanément ou sur demande adressée au ministère public, tous éléments révélés par une instance civile ou pénale ou recueillis par elle dans le cadre d'une procédure judiciaire.
3. Il résulte de l'instruction, que M. B a été condamné par jugement du 12 juin 2019 du tribunal correctionnel de Rodez à 18 mois d'emprisonnement avec sursis avec mise à l'épreuve durant trois ans pour l'infraction d'abus de confiance commise entre le 1er novembre 2011 et le 12 juin 2017, pour avoir détourné la somme de 307 011 euros située sur les comptes bancaires de son père, qui lui avait remis à charge d'en faire un usage déterminé. Aux termes de ce jugement, le train de vie du contribuable en 2011 et 2012 ne correspondait pas à ses ressources alors qu'il est au chômage, à la fin de l'année 2013 la plupart des comptes de son père sont vidés et en 2014, M. B ne dispose plus des ressources pour payer l'Ephad. M. B, qui était présent à l'audience correctionnelle du 12 juin 2019, avait reconnu les faits dans l'enquête pénale dont il avait été dressé procès-verbal le 12 juin 2017. L'administration fiscale a, le 13 juin 2019, sollicité du parquet de Rodez ces éléments de procédure pénale, dont le jugement rendu la veille, dont elle s'est servi pour procéder aux rectifications. Il ne résulte ni des textes précités ni d'aucun autre texte, l'existence d'un délai, ni d'une formalité préalable, faisant obstacle à la possibilité pour le parquet de satisfaire à une demande de communication d'un jugement rendu. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale a obtenu le jugement avant même qu'il soit notifié au justiciable et que les garanties fondamentales du contribuable auraient ainsi été méconnues doit être écarté pour n'être pas fondé.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu :
Sur le délai de reprise et la prescription :
4. Aux termes de l'article 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à l'organisme mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 123-33 du code de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ". Le droit de reprise mentionné au deuxième alinéa du présent article ne s'applique qu'aux seules catégories de revenus que le contribuable n'a pas fait figurer dans une quelconque des déclarations qu'il a déposées dans le délai légal. Il ne s'applique pas lorsque des revenus ou plus-values ont été déclarés dans une catégorie autre que celle dans laquelle ils doivent être imposés. " . Aux termes de l'article L.188 C du livre des procédures fiscales : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une procédure judiciaire, par une procédure devant les juridictions administratives ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos la procédure et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. ".
5. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. " L'article 92 du code général des impôts visant ainsi toute source de profit, que celle-ci soit légale ou délictueuse, les bénéfices provenant de détournements de fonds, qui constituent une source de profit, sont par suite imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.
6. L'article L. 169 du livre des procédures fiscales énonce qu'une activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable qui s'y livre n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. En vertu des dispositions des article 95 à 97 et L.169 code général des impôts et du livre des procédures fiscales, les contribuables exerçant une activité qui génère des bénéfices non commerciaux sont soumis, au régime de la déclaration contrôlée et sont exclus du régime déclaratif spécial. En vertu de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce, pour l'impôt sur le revenu, jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. Cet article ajoute que, par exception, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte.
7. Il résulte de l'instruction que M. B a exercé une activité illicite de détournement de fonds au cours des années 2011 à 2014 sans mentionner dans ses déclarations de revenus 2042 les bénéfices non commerciaux en résultant et n'a également souscrit aucune déclaration n° 2035 au titre d'une activité non commerciale comme exigée par les dispositions de l'article 97 du code général des impôts. Ces omissions ont été révélées par les pièces de procédure judiciaire obtenues dans les conditions précisées aux points 2 et 3. Dans ces circonstances, l'administration fiscale disposait du délai de reprise dérogatoire de 10 ans prévu par les dispositions des articles 169 et 188 C du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de la prescription de son action sur les années 2011 à 2014 doit être écarté.
Sur l'évaluation d'office des revenus non commerciaux
8. Aux termes de l'article L.73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal. () ". Aux termes du 1 de l'article 93 du code général des impôts : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 1 que les rectifications des revenus non commerciaux perçus par M. B ont été estimées selon la procédure d'évaluation d'office. Si le caractère illicite de l'activité ne fait pas en lui-même obstacle à la prise en compte de frais pour la détermination de ces bénéfices non commerciaux, il résulte en l'espèce de l'instruction que les recettes obtenues illicitement ont été évaluées sur la base des pièces judiciaires et il a été estimé que l'activité ayant été opérée depuis un ordinateur n'a engagé aucun frais. Si le contribuable soulève le moyen tiré de ce que des frais n'ont pas été pris en compte pour déterminer le montant des bénéfices non commerciaux, il ne donne aucun détail sur les frais susceptibles de pouvoir être pris en compte. Par suite ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les prélèvements sociaux :
10. Aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 136-6 du même code : " I.- Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () / f) De tous revenus qui entrent dans la catégorie () des bénéfices non commerciaux (), à l'exception de ceux qui sont assujettis à la contribution sur les revenus d'activité et de remplacement définie aux articles L. 136-1 à L. 136-5 () ".
11. Les revenus issus de détournement de fonds, imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, constituent des revenus du patrimoine au sens et pour l'application du f du I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale et sont dès lors soumis aux prélèvements sociaux.
12. Si M. B soutient que les prélèvements sociaux sur les distributions occultes ont été calculés sur une base majorée de 25 % contrairement à ce qu'a jugé le Conseil Constitutionnel dans une décision en date du 10 février 2017 (QPC 10-2-2017 n° 2016-610), il résulte de la proposition de rectification qu'il n'a pas été fait application de cette majoration. Par suite le moyen soulevé doit être écarté pour manquer en fait.
Sur les intérêts et pénalités :
13. En premier lieu, les intérêts de retard prévus par le premier alinéa de l'article 1727 du code général des impôts s'appliquent indépendamment de toute appréciation portée par l'administration fiscale sur le comportement du contribuable et n'ont, dès lors, pas le caractère d'une sanction mais d'une réparation du préjudice subi par le Trésor, à raison du non-respect par le contribuable de ses obligations déclaratives même pour la part qui excèderait l'application du taux de l'intérêt légal. Dès lors, ne constituant pas une sanction au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, la notification d'intérêts de retard mis à la charge d'un contribuable n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités de calcul des intérêts appliqués en vertu des dispositions de l'article 1727 du code général des impôts ne sont pas exposées doit être écarté.
14. En second et dernier lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".
15. Compte tenu de ce qui est jugé au point 7, M. B ne saurait soutenir l'absence d'activité occulte. Par suite, le moyen tiré de ce que l'application faite à sa situation des dispositions de l'article 1728 c doit être écarté pour n'être pas fondé.
16. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater premier conseiller,
Mme Viallet, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 octobre 2023
Le greffier,
S. Sangaré
sa
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026