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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201096

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201096

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201096
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL VINCKEL - ARMANDET - LE TARGAT - BARAT BAIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mars 2022 et 22 juin 2023, Mme C A, représentée par Me Lucas, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser une indemnité de 13 611 euros, en réparation des préjudices qu'elle a subis ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité sans faute du centre hospitalier universitaire de Montpellier est engagée sur le fondement du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique à raison d'une infection nosocomiale ;

- la responsabilité fautive du centre hospitalier universitaire de Montpellier est engagée sur le fondement du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique :

. la conduite diagnostique et thérapeutique de l'infection n'ayant pas été conforme aux données actuelles de la science et des règles de l'art, en l'absence d'antibiothérapie documentée, ce qui lui a fait perdre une chance de subir des effets secondaires ;

. à raison de son hospitalisation en service dermatologie ;

- ses préjudices se décomposent comme suit :

4 000 € au titre des souffrances endurées avant consolidation ;

800 € au titre du préjudice esthétique temporaire ;

918,50 € au titre de la perte de gains professionnels avant consolidation ;

1 000 € au titre des troubles dans les conditions d'existence du 1er octobre au

10 novembre 2017.

578,64 € au titre des frais induits pour la reconnaissance de l'infection ;

6 313,98 € au titre de la perte de gains professionnels après consolidation (primes et rémunération).

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet, conclut à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation soit réduite à de plus justes proportions.

Il soutient :

- à titre principal que sa responsabilité n'est pas engagée ;

- à titre subsidiaire : que soient allouées à Mme A au plus les sommes de 2 000 € au titre des souffrances endurées avant consolidation, 800 € au titre du préjudice esthétique temporaire, rien au titre de la perte de gains professionnels avant consolidation, 139 € au titre des troubles dans les conditions d'existence, 82,65 € au titre des frais induits pour la reconnaissance de l'infection et rien au titre de la perte de gains professionnels après consolidation.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et au ministre des solidarités et de la santé qui n'ont pas produit de mémoire.

La requête a été communiquée à la caisse des dépôts et consignations qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance n° 1804216 du 25 juin 2019 taxant les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 2 880, 00 euros mis à la charge de la requérante ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Dabouis, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lucas, représentant Mme A, et celles de Me Vinckel, représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

.

1. Mme A, née le 22 août 1972, aide-soignante au centre hospitalier universitaire de Montpellier, a subi le 29 août 2017, par radiologie interventionnelle, l'embolisation d'un anévrisme sylvien droit congénital. Des signes infectieux sont apparus par la suite au niveau du point de la ponction de l'artère fémorale réalisée pour introduire le cathéter dont l'aggravation a entrainé son hospitalisation du 3 au 9 octobre 2017 et une antibiothérapie jusqu'au 27 octobre 2017. Le 30 août 2018, Mme A a saisi le juge des référés du tribunal de céans d'une demande d'expertise. Le Dr B, neurochirurgien, désigné par ordonnance du 19 novembre 2018, a déposé son rapport le 24 juin 2019. Par la présente requête, Mme A recherche la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier et demande au tribunal de le condamner à lui verser une indemnité de 13 611 euros.

Sur la déclaration de jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie :

2. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, appelée en la cause dans la présente instance, n'a présenté aucune demande sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Il y a lieu, par suite, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur la caisse des dépôts et consignations :

3. Il résulte de l'instruction que Mme A a la qualité d'agent titulaire du centre hospitalier universitaire de Montpellier. En application des dispositions de l'article L. 825-6 du code général de la fonction publique, la requête de Mme A a été communiquée à la caisse des dépôts et consignations, gérante de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales à laquelle sont également affiliés les fonctionnaires du centre hospitalier universitaire.

4. En l'absence de demande subrogatoire ou de demande de sursis à statuer de la caisse, le présent jugement lui sera seulement déclaré commun.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute pour infection nosocomiale :

5. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était, ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

6. Mme A a subi le 29 août 2017, par radiologie interventionnelle, l'embolisation d'un anévrisme sylvien droit congénital et s'est présentée le 1er octobre suivant au service des urgences du centre hospitalier universitaire de Montpellier pour une infection localisée au point de la ponction artérielle faite pour l'embolisation de l'anévrisme.

7. Il est constant que l'origine de l'infection litigieuse est, s'agissant d'une voie de pénétration pour les germes, le point de ponction de l'artère fémorale réalisée à l'occasion de l'intervention réalisée le 29 août 2017 pour introduire le cathéter. Il n'est en outre pas contesté, que l'infection litigieuse est sans rapport avec l'anévrisme en lui-même qui ne comporte pas ce type de risque et que l'accident ischémique transitoire connu par Mme A dix jours après l'embolisation constitue un accident rare sans lien avec l'infection. Mme A soutient par le présent litige que l'infection est nosocomiale.

8. Si Mme A fait valoir que la date d'apparition de l'infection est antérieure au 1er octobre 2017, estimant que celle-ci a pu être cachée par la médicamentation, elle n'apporte aucune précision sur cette date qu'elle est seule à connaître. Il résulte en tout état de cause de l'instruction, d'une part, que l'infection pour laquelle Mme A se rend au service des urgences le 1er octobre 2017 est au stade pré suppuratif. D'autre part, cette infection a été très virulente puisque le 3 octobre, la CRP de 34,7 mg/l au 1er octobre est passée à 222 mg/l avec des passages en hyperthermie et des douleurs importantes. Enfin, un scanner pratiqué le

3 octobre 2017 fait état d'une suspicion de collection en voie de formation que le scanner pratiqué le 1er octobre n'avait pas constaté. Il s'en déduit que l'infection litigieuse est survenue alors que Mme A avait quitté l'environnement hospitalier. Dans ces circonstances, alors même qu'elle s'est développée au point de ponction, l'infection ne peut être regardée comme une infection survenue au cours ou au décours de la prise en charge de Mme A durant la période d'hospitalisation du 28 août au 3 septembre 2017 au centre hospitalier universitaire de Montpellier. Par suite, celle-ci ne revêt pas un caractère nosocomial.

9. Il résulte de ce qui précède, que Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

10. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

11. Mme A soutient, en premier lieu, que la conduite diagnostique et thérapeutique de l'infection n'a pas été conforme aux données actuelles de la science et des règles de l'art, en l'absence d'antibiothérapie documentée, ce qui lui a fait perdre une chance de ne pas subir des effets secondaires telles que les céphalées et une anémie ayant entrainé un arrêt de travail jusqu'au 4 mars 2018 et que le centre hospitalier universitaire de Montpellier a ainsi pris un risque non conforme à son obligation de moyens.

12. Il résulte de l'instruction qu'un antibiogramme qui aurait permis d'identifier le germe en cause de l'infection n'a pas été pratiqué. Toutefois, il résulte de l'instruction d'une part, que la réalisation d'un prélèvement était problématique le 1er octobre compte tenu de ce que l'infection était au stade pré suppuratif. D'autre part, l'antibiothérapie choisie s'est révélée adaptée pour avoir rapidement mis fin à l'aggravation de l'infection et assurer une guérison sans séquelle. Il n'est au demeurant pas établi qu'un autre antibiotique n'aurait pas entrainé les céphalées et l'anémie, dont l'expert limite d'ailleurs le lien avec l'antibiotique à la date du 10 novembre 2017 au lieu de mars 2018, date retenue par la requérante. Dans ces conditions, en l'absence de faute dans la conduite diagnostique et thérapeutique de l'infection, la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier ne peut être retenue.

13. Si Mme A soutient, en second lieu, avoir été, après son passage aux urgences du centre hospitalier universitaire de Montpellier le 3 octobre 2017, placée en service dermatologie, laissant entendre sans autre argumentation, une inadaptation de ce service aux soins qu'elle devait recevoir, il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise, qu'aucun manquement dans l'organisation des services n'est à relever. Dans ces conditions, en l'absence de faute résultant de ce choix de service, la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier ne peut être engagée.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions en indemnisation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Sur les frais d'expertise :

15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

16. Les frais et honoraires de l'expertise liquidés et taxés à la somme totale de

2 880 euros par ordonnance du 25 juin 2019, doivent être mis à la charge définitive de Mme A, partie perdante dans la présente instance.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par lui elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à la caisse des dépôts et de consignation.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier universitaire de Montpellier, au ministre de la santé et de la prévention, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à la caisse des dépôts et consignation.

Délibéré après l'audience publique du 21 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Brigitte Pater, première conseillère,

M. Pauline Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

La rapporteure,

Le président,

B. Pater J-P. Gayrard

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 novembre 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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