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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201964

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201964

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201964
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DLA PIPER UK LLP

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de la société PhaseView SARL, qui contestait un titre exécutoire émis par l’université de Montpellier pour le remboursement d’un trop-perçu de subventions européennes. Le tribunal a jugé que le titre était régulier, car le courrier d’accompagnement du président de l’université permettait d’identifier l’auteur de la décision, et que les bases de liquidation étaient suffisamment détaillées dans les échanges antérieurs. La demande de décharge de la somme de 34 619,79 euros a donc été rejetée, sans que soit examiné le fond de la créance. La décision s’appuie sur les articles L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration et 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoires, enregistrés les 19 avril 2022 et 20 janvier et 20 mars 2024, PhaseView SARL, représentée par Me Pentecoste, demande au tribunal d'annuler la facture valant titre exécutoire émise à son encontre le 9 février 2022 par l'université de Montpellier, de la décharger du paiement de la somme de 34 619,79 euros, et de mettre à la charge de l'université de Montpellier une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire ne permet pas d'identifier son auteur et n'est pas signé, et il méconnait l'article L212-1 du code des relations et l'administration ;

- la délégation produite en défense, non publiée, ne donne pas compétence à

M. C ;

- le titre n'indique pas les bases de liquidation, aucun document n'est joint, et il ne mentionne pas les documents prétendus précédemment adressés ;

- une partie de la créance, couts institutionnels de 21 750 euros, a fait l'objet d'un prélèvement à la source par l'université, conforme à l'article 3-3 de l'annexe IB du grant agreement ;

- la créance n'est pas fondée en droit, le délai d'un an pour accueillir la chercheuse ne figure pas dans l'article 32 du grant agreement, et il a été respecté, elle a été accueillie par le CNRS ;

- l'exclusion, fait générateur qu'elle a contesté, est disproportionnée, il n'y a pas de manquement grave prévu par l'article 50-3 ;

- M. A était incompétent pour la prononcer.

Par mémoires, enregistré les 20 janvier 2023 et 20 février 2024, l'université de Montpellier conclut au rejet du recours.

Elle soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Par ordonnance du 21 février 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 22 mars 2024 midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, rapporteur,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- les observations de Me Heckennoth, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exposé du litige :

1. La PhaseView SARL a été désignée attributaire, en consortium notamment avec l'université de Montpellier, coordonnateur, d'un projet de recherche européen sur le développement de méthodes d'imagerie sur les vertébrés, les participants et l'agence de recherche européenne, par délégation de la commission européenne, ayant signé le 26 aout 2016 un " accord de subventionnement " ou " Grant Agreement ", puis elle s'est retirée du consortium le 16 novembre 2019. Par sa requête, elle demande d'annuler la facture valant titre exécutoire émise à son encontre le 9 février 2022 par l'université de Montpellier, et de la décharger du paiement de la somme de 34 619,79 euros qui lui est réclamée au titre du

trop-perçu de subventions.

Sur la demande d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

2. En vertu de l'article L. 212-1 du code des relations et l'administration " Toute décision prise par l'une des autorités administratives mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

3. Si le titre exécutoire n'était pas signé et n'identifiait pas son auteur, il résulte de l'instruction qu'il a été notifié à la requérante avec une lettre que lui a envoyée le 27 janvier 2022 le président de l'université de Montpellier, M. D A, lettre qui indiquait ses nom, prénom et qualité, et demandait à la SARL de rembourser un montant de 34 619,79 euros,

la facture valant titre jointe mentionnant ce montant et le fait qu'elle étant émise par l'université de Montpellier. Ainsi la SARL a été en mesure de connaître le nom et le prénom de l'émetteur du titre du 9 février 2022 et d'identifier celui-ci avec certitude. La méconnaissance de l'article cité au point 2 n'a donc pas, dans les circonstances de l'espèce, revêtu un caractère substantiel pouvant justifier l'annulation du titre attaqué.

4. Si la SARL argue de l'incompétence de M. C, directeur d'un laboratoire associé à l'université et coordonnateur scientifique du projet, il résulte des constats opérés au point précédent qu'il n'est pas l'ordonnateur du titre exécutoire litigieux. Par suite, ce moyen est inopérant.

5. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Ces dispositions imposent à la personne publique qui émet un état exécutoire d'indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases de la liquidation.

6. Il ressort de l'examen du courrier du 27 janvier 2022 mentionné au point 2 qu'il indiquait à la SARL le trop-perçu lié à son retrait anticipé du consortium, rappelait les demandes de la commission européenne des 19 avril et 14 juin 2021 et de M. C du

22 novembre 2021 sollicitant le reversement des sommes de 12 689,76 et 21 750 euros, et demandait à la SARL le paiement du total, soit 34 619,79 euros. Et les courriers adressés à la SARL les 19 avril, 14 juin et 22 novembre 2021 et leurs annexes précisaient les bases de calcul des sommes réclamées. Par suite, l'article 24 cité au point 5 a été respecté.

En ce qui concerne le prélèvement à la source :

7. Si la SARL fait valoir qu' une partie de sa créance, 21 750 euros de coûts institutionnels, avait été prélevée à la source par l'université de Montpellier, cette allégation, contestée en défense, n'est pas démontrée par les relevés bancaires et le courrier que lui a adressé le 7 octobre 2018 M. C qu'elle produit, et ce prélèvement à la source, contrairement à ce qu'elle prétend, n'est pas prévu par l' article 3-3 de l'annexe IB de l'accord de subventionnement qu'elle a signé le 26 aout 2016 avec l'agence européenne de recherche, agissant par délégation de la commission européenne, l'université de Montpellier, et les autres bénéficiaires du projet, dont le centre national de recherche scientifique (CNRS). Par suite, ce moyen sera écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :

8. L'article 32-1 j) de l'accord de subventionnement stipule que les bénéficiaires des subventions, dont PhaseView, devaient accueillir les chercheurs dans ses locaux et leur fournir les moyens de travailler. Or il résulte de l'instruction, notamment d'une lettre adressée à la SARL par M. C le 10 septembre 2019, que la chercheuse recrutée par PhaseView

Mme B, n'a pas été prise en charge par celle-ci, mais par le CNRS, pendant plus d'un an. Et la SARL qui n'a pas rempli ses obligations de prise en charge du chercheur, et ne justifie pas avoir régularisé au 18 novembre 2019, délai qui lui était imparti, ne peut utilement faire valoir qu'elle n'a pas empêché la chercheure d'accéder à ses locaux, que le CNRS est un autre bénéficiaire du projet européen, ou que le délai d'un an n'était pas prévu par l'accord. La SARL ne peut non plus utilement invoquer un procès qui l'a opposé aux prudhommes à

Mme B après son exclusion du projet européen, en novembre 2019 ou le fait qu'elle n'ait pu faire aboutir un projet de laboratoire commun avec le CNRS, circonstances qui sont étrangères au présent litige.

9. L'article 32-2 de l'accord de subventionnement stipule que le non-respect de ses obligations par le bénéficiaire peut entrainer une mesure du chapitre 6, dont l'exclusion du projet, article 50-2, ou le remboursement du montant de subvention indument perçu,

article 50-2-2. Si la SARL fait valoir qu'elle n'a pas commis de manquement grave pouvant justifier son exclusion du projet, cette condition n'est pas exigée par l'article 50-3-1 de l'accord, qui prévoit que l'agence de recherche européenne peut exclure de l'accord un bénéficiaire

" h si l'action a perdu sa pertinence scientifique et technologique ". Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la sanction d'exclusion du projet européen sera écarté.

10. La SARL fait enfin valoir que le président de l'université de Montpellier était incompétent pour prononcer son exclusion. Il résulte toutefois de l'instruction, et de la demande de remboursement de M. C à la SARL du 22 novembre 2021, qu'un avenant signé en novembre 2019 notamment par l'agence de recherche européenne a acté le retrait de PhaseView du consortium. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation et en décharge du recours doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Montpellier, qui n'est pas par partie perdante à l'instance, une somme.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de PhaseView SARL est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à PhaseView SARL et à l'université de Montpellier.

Délibéré à l'issue de l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Marion Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

V. Rabaté

L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 décembre 2024

La greffière,

B. Flaesch

N°2201964 sa

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