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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203895

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203895

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203895
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juillet 2022 et 17 juin 2024, M. et Mme C, représentés par la SELARL BRL Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 4 juin 2022 par laquelle la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues a rejeté leur demande de certificat d'urbanisme formée au titre du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme et tendant à déclarer réalisable la construction d'un abri de jardin, ainsi que le certificat d'urbanisme délivré le 7 juin 2022 énonçant les éléments fixés par le a) de l'article ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues de procéder à une nouvelle instruction de la demande de certificat d'urbanisme dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues une somme de 4000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, par la voie de l'exception, que le plan de prévention du risque inondation est illégal en tant qu'il classe leur parcelle en zone urbaine RU rouge, d'aléa fort, du fait d'un calcul non conforme à celui prescrit par l'article R. 562-11-3 par le code de l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues représentée par la SELARL Valette-Berthelsen, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions en injonction de la requête demandant le reclassement des terrains au PPRI sont irrecevables en tant qu'elles concernent une compétence qu'il n'appartient pas à la commune de mettre en œuvre et qu'elles sont sans lien avec les conclusions principales ;

- les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Vidal, représentant la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 avril 2022, les époux C ont sollicité de la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues un certificat d'urbanisme au titre des a) et b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme et déclarant réalisable la construction d'un abri de jardin en bois d'une superficie de 22 m2 sur la parcelle cadastrée section B n°22 qui supporte leur maison d'habitation. Le 7 juin 2022 la commune a délivré un certificat d'urbanisme comprenant les éléments fixés par le a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. Par leur requête, ils demandent l'annulation de la décision tacite née le 4 juin 2022 sur leur demande ainsi que de la décision expresse du 7 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 10 novembre 2015 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites pour les actes des collectivités territoriales et de leurs établissements publics sur le fondement du II de l'article 21 de la loi n° 2000-32 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " En application des articles L. 231-5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par une collectivité territoriale ou un de ses établissements publics vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe du présent décret. ". Ladite annexe comprend le certificat d'urbanisme prévu au b de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme délivré au nom de la commune, et renvoie aux articles L. 410-1 et R. 410-12 du code de l'urbanisme.

3. Aux termes de l'article L. 410-1 de ce code : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code. ". Aux termes de l'article R. 410-10 du même code : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 410-12 du même code : " A défaut de notification d'un certificat d'urbanisme dans le délai fixé par les articles R. 410-9 et R. 410-10, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite. Celui-ci a exclusivement les effets prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 410-1, y compris si la demande portait sur les éléments mentionnés au b de cet article. "

4. Il ressort des pièces du dossier que, du fait du silence gardé par la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues sur la demande de certificat d'urbanisme présentée par M. et Mme C sur le fondement des a) et b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme et réceptionnée par le service instructeur le 4 avril 2022, le maire de cette commune a implicitement délivré un certificat d'urbanisme tacite ne portant que sur les seuls éléments énumérés au a) de cet article, soit les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables, et a implicitement rejeté la demande en tant qu'elle portait sur le caractère réalisable de la construction d'un abri de jardin de 22m2 au sens du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. La décision expresse édictée le 7 juin 2022, qui constate la naissance du certificat d'urbanisme le 4 juin précédent, comporte les éléments prévus au a) de l'article L. 410-1. Elle doit être regardée comme confirmative de la décision tacite née le 4 juin 2022.

5. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que le maire de Sainte-Croix-de-Quintillargues a déclaré leur opération non réalisable au motif de la situation de leur parcelle en zone rouge du plan de prévention du risque inondation, un tel motif ne ressort pas des pièces du dossier, la décision de rejet de leur demande formée au titre du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme étant tacite, et l'acte du 7 juin 2022 se bornant à constater la naissance d'un certificat d'urbanisme tacite et à énoncer les éléments figurant au a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, parmi les servitudes affectant la parcelle cadastrée section B n°22, le maire de la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues a indiqué la situation de cette dernière en zone rouge Rn et Ru du PPR et précisait parmi la liste des servitudes d'utilité publique et autres servitudes l'atlas des zones inondables (AZI) des bassins versants du Vidourle, du Vistre et du Rhony. Les requérants soutiennent, par la voie de l'exception, que le plan de prévention du risque inondation est illégal en tant qu'il classe leur parcelle en zone urbaine RU rouge, d'aléa fort, du fait que ce zonage est issu d'un calcul non conforme à celui prescrit par l'article R. 562 -11-3 du code de l'environnement.

7. L'article R. 562-11-3 du code de l'environnement dispose que : " L'élaboration d'un plan de prévention des risques concernant les aléas débordement de cours d'eau et submersion marine nécessite la détermination préalable d'un aléa de référence. Cet aléa de référence est déterminé à partir de l'évènement le plus important connu et documenté ou d'un évènement théorique de fréquence centennale, si ce dernier est plus important. Dans le cas de l'aléa de référence pour la submersion marine, une hauteur supplémentaire, précisée par arrêté du ministre chargé de la prévention des risques majeurs, est intégrée afin de tenir compte de l'élévation du niveau moyen de la mer due aux conséquences à court terme du changement climatique. / S'agissant des plans de prévention des risques concernant l'aléa débordement de cours d'eau, sur certains secteurs à faibles ou sans enjeux, l'approche hydrogéomorphologique peut être utilisée pour déterminer l'aléa de référence. En ce qui concerne les systèmes d'endiguement autorisés au titre de l'article R. 562-14, la détermination de l'aléa de référence prend en compte des scénarios de défaillance de ces systèmes. ".

8. Les requérants font valoir qu'à l'occasion de l'élaboration du plan de prévention du risque inondation applicable à la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues, approuvé le 28 juin 2017, les calculs effectués par l'étude conduite par GEI ont été opérés à partir de l'occurrence millénale, et non centennale, et à partir de la Formule de Bressan Golossov (méthode FBG), adaptée aux bassins versants de dimensions supérieures à celui défini pour la commune de Saine Croix de Quintillargues. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les services de l'Etat, saisis par une association locale de riverains, ont diligenté une expertise qui a donné lieu à l'établissement d'un rapport par le bureau d'études OTEIS en avril 2016. Il ressort des termes de cette nouvelle étude, que, d'une part, le guide méthodologique dont se prévalent les requérants, qui n'est pas dédié à l'élaboration des Plans de Prévention des Risques Inondations (PPRI), présente des limites, et que, d'autre part, les aléas inondation survenus en 1999 et 2002 avaient été sous-estimés, compte tenu des enseignements tirés de la crue récente de septembre 2014. Il résulte aussi de ce rapport que la prise en compte du seul bassin versant de Sainte-Croix-de-Quintillargues n'était pas pertinente, et que l'emploi de la méthode FBG, qui dépasse l'échelle de ce bassin versant, n'était ainsi pas inadapté à la typologie du risque identifié sur ce secteur. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que les débits retenus pour classer le secteur en litige en zone d'aléa fort seraient erronés. Le moyen tiré de l'illégalité du PPRI, soulevé par la voie de l'exception, doit dès lors être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. et Mme C tendant à l'annulation de la décision tacite née le 4 juin 2022 et de la décision expresse du 7 juin 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions en injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme C, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme C une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme D C, à la commune de Sainte-Croix-de-Quintillargues et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure

S. Crampe La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 avril 2024.

La greffière,

M. B

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