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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206155

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206155

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206155
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Bazin en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de tire de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a présenté une inscription en centre de formation des apprentis et qu'il n'avait pas à justifier d'un visa long séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un bordereau de pièces présenté pour M. A a été enregistré le 15 janvier 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;

- et les observations de Me Bazin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 2001, est entré en France le 30 avril 2022, en provenance de l'Ukraine, sous couvert d'une carte de résident temporaire ukrainienne valable jusqu'au 25 décembre 2022. Il a sollicité le 7 juin 2022 la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ou, à titre subsidiaire, en qualité d'étudiant. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. La décision contestée vise les textes dont il a été fait application et mentionne les éléments de fait propres à la situation administrative et personnelle en France de M. A, notamment au regard de sa vie privée et familiale. Ces indications étaient suffisantes pour permettre à M. A de connaître et contester les motifs ayant fondé le rejet de sa demande, et constituent ainsi une motivation suffisante au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, alors même que le préfet n'aurait pas fait mention de la présence en France de la sœur du demandeur. Il ne résulte en outre pas de ces mentions que le préfet n'aurait pas procédé à un examen effectif de la demande de M. A. Les moyens tirés du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté litigieux et de l'absence d'examen effectif de la demande de titre de séjour de M. A doivent dès lors être écartés.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. A fait valoir, d'une part, qu'il a obtenu un visa long séjour l'autorisant à aller poursuivre ses études en Ukraine, pays qu'il a dû fuir en raison de la guerre, d'autre part, qu'il a obtenu des autorisations provisoires de séjour en France, où il s'est réfugié pour suivre sa compagne et en raison de la présence de sa sœur. Il soutient en outre qu'il dispose de sérieuses perspectives d'insertion compte tenu de son inscription en centre de formation des apprentis et du contrat d'apprentissage dont il bénéficie. Il est toutefois constant que M. A, alors même qu'il entretiendrait une relation amoureuse, au demeurant très récente, avec une ressortissante ukrainienne, est célibataire et sans charge de famille. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier qu'il serait privé de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine qu'il n'a quitté qu'en 2021, à l'âge de vingt ans. Enfin, le contrat d'apprentissage dont se prévaut le requérant et la durée de son séjour en France, inférieure à quatre mois à la date de la décision attaquée, ne constituent pas des circonstances suffisantes pour considérer que la décision portant refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. A à mener une vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, le préfet de l'Hérault n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de séjour contesté sur la situation personnelle de M. A. Ce moyen doit dès lors également être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Par ailleurs, l'article L. 412-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-3 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" prévue à l'article L. 422-1 ; (). ". Il résulte de l'articulation de ces dispositions que la première délivrance d'un titre de séjour " étudiant " est subordonnée à ce que l'étranger dispose d'un visa long séjour, à moins qu'il ne justifie de circonstances particulières liées, notamment, au déroulement de ses études.

7. M. A se prévaut de la situation politique ukrainienne pour tenter de justifier d'une situation personnelle relevant d'une situation humanitaire ou d'un motif exceptionnel susceptible de justifier une régularisation de son séjour. Il soutient qu'en vertu des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'avait pas à présenter de visa long séjour pour solliciter un titre de séjour en qualité d'étudiant dès lors qu'il est entré en France pour fuir la guerre en Ukraine. Toutefois, la circonstance que l'Ukraine est en état de guerre est sans incidence sur la situation personnelle de l'intéressé qui est de nationalité marocaine et n'est donc pas lui-même ressortissant de cet Etat. Ainsi, alors même qu'il a bénéficié de la protection temporaire prévue par les dispositions des articles L. 581-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le bénéfice a été ouvert par la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, et dès lors qu'il ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il retourne dans son pays d'origine pour solliciter un visa long séjour, M. A n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles il aurait pu être dispensé de présenter un tel visa à l'appui de sa demande. Dès lors, le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un premier titre de séjour " étudiant " lui soit délivré alors qu'il est dépourvu de visa de long séjour. Le préfet de l'Hérault a ainsi pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Par un arrêté n° 2022.08.DRCL. 320 du 1er août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Pierre Castoldi, secrétaire général par intérim de la préfecture de l'Hérault et signataire de l'arrêté litigieux, pour signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département. Le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché la mesure d'éloignement attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

9. Eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle de M. A exposés au point 4, le moyen, tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux motifs poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 10 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré à l'issue de l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Hervé Verguet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

J. Charvin

La greffière,

M. CL'assesseur le plus ancien,

H. Verguet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023,

La greffière,

M. CLs

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