jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300096 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 janvier 2023 et 6 mars 2023, M. B A, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en contrepartie du renoncement à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller,
- et les observations de Me Badji Ouali, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 25 février 1994, déclare être entré en France le 1er août 2015 sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 21 avril 2016, il a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de salarié. Par arrêté en du 12 septembre 2016, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le 1er août 2022, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant de son pacte civil de solidarité (PACS) avec une ressortissante française. Par arrêté du 13 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.
3. La décision attaquée vise notamment les articles 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait relatives à la situation familiale et personnelle de M. A sur lesquelles elle est fondée. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait telles qu'exigées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et permettent à l'intéressé de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation du refus de délivrance d'un titre de séjour manque en fait et ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Et aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis huit ans, qu'il justifie d'une insertion professionnelle à travers l'encadrement de jeunes sportifs et qu'il entretient une relation avec une ressortissante française depuis 2020, le couple ayant conclu un PACS le 16 mars 2022. Toutefois, le requérant n'établit pas par les pièces versées au débat la continuité de son séjour sur le territoire national depuis son entrée supposée en août 2015, notamment au titre des années 2018 et 2019. Par ailleurs, s'il justifie avoir signé un contrat de travail à durée déterminée avec le club de football de l'AS Lattes de septembre 2015 à septembre 2016 en qualité d'éducateur sportif et avoir ensuite suivi une formation du 6 au 10 juillet 2017 " Modules U13 et U15 " auprès de la ligue Languedoc-Roussillon, et avoir ensuite exercé une activité d'encadrement auprès du club de football amateur de Palavas-les-Flots puis de celui du Red Star Cournonterral, ces circonstances ne sont pas de nature, à elles seules, à justifier la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne constituent pas davantage un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 331-5 du même code. De même, le requérant ne saurait utilement se prévaloir d'un contrat de travail non signé avec la société de conseil sportif SAS Performance. Enfin, s'il justifie d'un PACS conclu en mars 2022 avec une ressortissante française avec laquelle il indique résider, et à supposer même que la communauté de vie puisse être regardée comme étant établie dès l'année 2020 ainsi qu'il l'allègue, cette relation présente un caractère récent à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, nonobstant les efforts d'intégration du requérant et ses qualités sportives, et compte tenu de ses conditions de séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation de M. A au regard de ces dispositions.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. En l'espèce, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français incluse dans l'arrêté du 30 janvier 2022 serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté, dès lors que cet arrêté mentionne, comme il a été dit au point 3, les circonstances de droit et de fait fondant le refus de titre de séjour opposé à M. A et vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant qu'un refus de titre de séjour peut être assorti d'une telle obligation.
9. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,
F. Goursaud
La présidente,
L. Rigaud
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 mars 2023,
La greffière,
A. Junon00
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
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