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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300920

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300920

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300920
TypeDécision
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. B A, représenté par Me Bautès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 15 janvier 2023 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, si besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière compte tenu de la composition du collège de médecins et de l'insuffisante motivation de son avis ;

- compte tenu de la pathologie dont il est atteint et de l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Maroc, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un titre de séjour ;

- le refus de lui accorder un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- compte tenu de sa situation personnelle et familiale, la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en l'absence de délégation régulière accordée à M. F, l'obligation de quitter le territoire français émane d'une autorité incompétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- compte tenu de la pathologie dont il est atteint et de l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Maroc, le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 en prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Llinares, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 18 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 24 juillet 1984, entré en France le 10 octobre 2013 selon ses déclarations, a obtenu à compter du 23 novembre 2015 la délivrance et le renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé. Il a présenté le 25 octobre 2021 une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour, valable jusqu'au 22 novembre 2021. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du 15 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a opposé un refus, assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () " L'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 dispose : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. " Enfin, l'article 6 du même arrêté dispose : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant :/ a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ;/ b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ;/ c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ;/ d) la durée prévisible du traitement. () ".

3. Pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis émis le 15 février 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays.

4. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le médecin ayant établi le rapport médical relatif à l'état de santé de M. A n'était pas au nombre des médecins membres du collège ayant rendu l'avis du 15 février 2022 qui, contrairement à ce qui est soutenu, n'était pas composé de trois psychiatres. D'autre part, l'avis du collège de médecins de l'OFII émis le 15 février 2022 comporte les mentions prévues aux a), b) et c) de l'article 6 de l'arrêté du 27 septembre 2016. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en raison de la composition irrégulière du collège de médecins de l'office et de l'insuffisante motivation de son avis doit être écarté.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a levé le secret médical, est atteint d'une sclérose en plaque, diagnostiquée en 2015. Selon le compte-rendu de la consultation du 3 janvier 2023 avec le docteur E, sa maladie est stable, sans signe évoquant une poussée, et nécessite l'administration du médicament Gilenya, dont la substance active est le fingolimod. Le préfet de l'Hérault justifie que ce médicament est désormais disponible au Maroc et remboursé. Ainsi eu égard à l'existence d'un traitement approprié à la pathologie du requérant dans son pays d'origine et à sa disponibilité dans des conditions permettant à M. A d'y avoir accès, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 en refusant le renouvellement du titre de séjour qu'il lui avait accordé.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si M. A réside sur le territoire français au moins depuis l'année 2015, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire sans enfant et a conservé d'importantes attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents, ses deux frères et deux sœurs. Dans ces conditions, le requérant, qui n'apporte aucun élément relatif à son intégration dans la société française, n'est pas fondé à invoquer une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis par le préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Compte tenu de la possibilité pour M. A de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie au Maroc et eu égard aux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale exposés au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 39 du 10 mars 2022, le préfet de l'Hérault a accordé à M. C F, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers, une délégation à l'effet de signer " les refus d'admission au séjour et obligations de quitter le territoire français ". M. F était ainsi habilité à signer l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé du point 2 au point 8 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, doit être écarté.

11. En troisième lieu, compte tenu de la possibilité pour M. A de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie au Maroc, le moyen tiré de ce qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vertu des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Eu égard aux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale exposés au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 15 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A à fin de délivrance d'une carte de séjour temporaire ou de réexamen de sa situation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

H. D

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 9 mai 2023

La greffière,

L. Salsmann

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