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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304396

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304396

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304396
TypeDécision
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantMENAHEM-PAROLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. D A, représenté par Me Menahem-Parola, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a retiré sa carte de résident de 10 ans valable du 23 février 2023 au 22 février 2033 et lui a délivré un titre provisoire de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault d'octroyer à M. A une carte de résident de 10 ans valable du 10 mars 2023 au 9 mars 2033 ;

3°) de condamner le préfet de l'Hérault au versement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- le préfet a commis une erreur de droit en violant l'article L. 432-13.3° dès lors qu'il n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les faits ne justifient pas le retrait de sa carte de résident et qu'elle emporte une atteinte à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 31 août 1983, est entré sur le territoire français en 2002. En 2013, il a obtenu une carte de résident permanent de 10 ans valable du 23 février 2013 au 22 février 2023 dont il a sollicité le renouvellement par une demande du 24 janvier 2023. Par un courrier en date du 2 février 2023, le préfet de l'Hérault a informé M. A qu'il était susceptible de retirer sa carte de résident et de lui délivrer un titre de séjour temporaire. Par une décision du 19 juin 2023, le Préfet de l'Hérault a renouvelé la carte de résident de M. A et, par la même décision, la lui a retirée et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " Vie privée et familiale ". Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision en date du 26 janvier 2024 en tant seulement qu'elle retire sa carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail. ". L'article L. 8251-1 du code du travail dispose : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à une amende de 1 000 euros par le Tribunal correctionnel de Béziers pour avoir, le 28 août 2013, procédé à l'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France, à l'exécution d'un travail dissimulé et à l'emploi d'un salarié non muni d'une autorisation de travail. Toutefois, dès lors que ces faits datant de 2013 sont anciens et ne concernaient qu'une seule journée, M. A est fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a entaché sa décision du 19 juin 2023 de retrait de la carte de résident d'une erreur manifeste d'appréciation et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'annulation de la décision de retrait du 19 juin 2023 implique nécessairement que M. A soit de nouveau mis en possession d'une carte de résident valable du 23 février 2023 au 22 février 2033. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault de délivrer à M. A ladite carte de résident dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a retiré la carte de résident de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. A une carte de résident valable du 23 février 2023 au 22 février 2033 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.

La Présidente-rapporteure,

F. C

L'assesseure la plus ancienne,

S. Crampe

La greffière

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 avril 2025.

La greffière,

M. B

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