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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400678

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400678

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400678
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKOUAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2024, M. D C, représenté par Me Kouhaou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'examiner à nouveau son dossier, sous 24 heures, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner solidairement l'Office français de l'immigration et de l'intégration et l'Etat à payer une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- en ne prenant pas en compte les raisons pour lesquelles il a été contraint de revenir en France, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit en s'estimant tenu de refuser les conditions matérielles d'accueil ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 mars 2024, M. C a obtenu l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 novembre 2023 prise à la suite d'une procédure contradictoire, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à M. C, ressortissant guinéen né le 7 janvier 1994, une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. Par une décision du 1er décembre 2022, produite à l'appui de son mémoire en défense, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation de signature à Mme A B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montpellier, lui permettant de signer notamment tous les documents concernant les demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse émane d'une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. (). ".

4. M. C indique être revenu sur le territoire français pour la seconde fois alors qu'il avait fait l'objet d'une remise aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donc pu légalement mettre fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences liées à l'asile. La circonstance invoquée par M. C, à savoir que son retour se justifie par le fait qu'il est francophone alors qu'il ne comprend pas l'espagnol, n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision contestée.

5. Il ne ressort pas des termes de la décision contestée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont il n'est pas contesté qu'il a mis en œuvre la procédure contradictoire, se serait cru en situation de compétence liée pour prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil.

6. M. C, âgé de presque trente ans à la date de la décision contestée, ne fait valoir aucun problème de santé. Dans ces conditions, les circonstances invoquées quant à son isolement et son absence de ressources sur le territoire français ne suffisent pas à établir, qu'en prenant, pour le motif indiqué au point 4, la décision contestée, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 9 novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Kouhaou.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 27 mars 2025.

La greffière,

A. Junon

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