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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402448

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402448

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402448
TypeDécision
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD GABRIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2024, Mme D B, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de l'admettre au séjour au regard de sa vie privée et familiale, décidant de son éloignement dans le délai de trente jours, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

4°) subsidiairement, d'annuler la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

5°) à titre infiniment subsidiaire d'annuler la décision lui accordant un délai de départ volontaire de 30 jours ;

6°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui accorder un délai de départ volontaire de 6 mois pour lui permettre de saisir le juge aux affaires familiales d'une demande d'organisation d'un droit de visite et d'hébergement transfrontalier ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie du renoncement par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour :

- il a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français

- elle a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur le délai de départ volontaire de trente jours :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un délai supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé ;

Sur l'interdiction de retour d'une durée d'une année :

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle sera privée de son fils durant cette période.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 2 octobre 1996, entrée en France le 15 février 2020 selon ses déclarations, demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 29 mars 2024 refusant de l'admettre au séjour au regard de sa vie privée et familiale, décidant de son éloignement dans le délai de trente jours, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour et la mesure d'éloignement :

2. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Yohann Marcon. Par un arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement publié le 19 décembre 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, aux fins de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué, pris au visa notamment de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dont les articles 3 et 8, du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, cités dans le corps de l'arrêté, expose avec suffisamment de précision les éléments de la situation personnelle et familiale de M. B et comporte ainsi de façon très circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, compte-tenu des éléments en possession de l'administration à la date de son édiction, permettant à son destinataire d'en comprendre le sens et la portée à sa seule lecture et, partant, de le contester utilement. Dès lors, cet arrêté, qui n'avait pas à comporter l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, est suffisamment motivé et, contrairement à ce qui est soutenu, il ne repose pas sur des considérations générales mais propres à l'examen particulier de la situation de l'intéressée.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B déclare être entrée en France le 15 février 2020 et que la demande d'asile qu'elle a présentée le 23 octobre 2020 a été rejetée le 28 janvier 2021 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la cour nationale du droit d'asile le 29 juin 2021. La requérante se prévaut de la naissance de son fils sur le territoire français le 30 octobre 2020 et fait valoir qu'elle s'est séparée du père de celui-ci à la suite de violences, dont elle soutient avoir été victime, et à la suite desquelles elle a, en urgence, quitté le domicile commun en laissant son fils, âgé de dix-huit mois, à son père. S'il ressort des pièces du dossier que la séparation du couple est conflictuelle, notamment s'agissant de la garde de l'enfant, un jugement du juge aux affaires familiales du 21 décembre 2023 lui a, en dernier lieu confié la garde de son fils, et mis en place un droit de visite et d'hébergement au profit du père. Si elle fait valoir que son ancien compagnon a vocation à s'installer sur le territoire français dès lors qu'il est titulaire d'une carte de résident en France et valable jusqu'en 2025, cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que ce dernier puisse lui rendre visite ainsi qu'à son fils dans leur pays d'origine, pays dont il est également ressortissant. Enfin, Mme B ne justifie d'aucun insertion professionnelle ou personnelle notable sur le territoire français et n'est pas dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu a minima jusqu'à l'âge de 24 ans. Le préfet, en refusant de l'admettre au séjour, n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle.

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si, à la suite de leur séparation, Mme B précise avoir déposé une plainte contre son ancien compagnon, la garde de l'enfant commun lui a été confiée et son père dispose d'un droit de visite et d'hébergement suivant décision rendue par le juge aux affaires familiales du 21 décembre 2023. Le refus de séjour n'a pas vocation à séparer la mère de son fils, et rien ne fait obstacle à ce que son père puisse lui rendre visite dans son pays d'origine, dont il est ressortissant. Demeure, à cet égard, sans incidence, la circonstance qu'un appel aurait été interjeté par le père à l'encontre de la décision du juge aux affaires familiales et qu'une audience est fixée le 6 juin 2024. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par les stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

9. Si Mme B conteste le délai de départ volontaire de trente jours, elle se borne à se prévaloir de l'audience prévue devant la cour d'appel de Montpellier le 6 juin 2024. Toutefois, et alors qu'elle a la possibilité de s'y faire représenter et qu'elle n'apporte par ailleurs aucun élément qui justifierait un délai plus important, notamment au regard de son état de santé ou de sa situation privée et familiale, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un délai supérieur à trente jours.

En ce qui concerne l'interdiction de retour d'une durée d'une année :

10. Compte tenu de ce qui été dit au point 7 de la présente décision, Mme B, qui peut retourner dans son pays d'origine avec son fils, pays dont le père de l'enfant est du reste également ressortissant, n'est pas fondée à soutenir qu'en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année, le préfet aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'elle sera privée de son fils durant cette période.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de l'arrêté du 29 mars 2024 pris par le préfet des Pyrénées-Orientales. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D B, à Me Summerfield et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

A. A

Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 27 juin 2024,

La greffière,

M-A. Barthélémy

N°2402448

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