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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403785

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403785

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403785
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL PHELIP & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé, a ordonné une mesure d'expertise à la demande de M. D, propriétaire d’un immeuble à Lodève affecté par des désordres (infiltrations d’eau). Le juge a estimé que l’expertise était utile car l’origine des désordres n’était pas clairement établie, pouvant provenir soit des travaux de rénovation de l’ancien propriétaire, soit de travaux publics réalisés par la commune de Lodève et la communauté de communes. L’expertise a été rendue commune et opposable à l’assureur SMACL Assurances, sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. La demande de la communauté de communes tendant à l’application de l’article L. 761-1 du même code a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 juillet et le 29 août 2024, M. A D, représenté par la société civile professionnelle (SCP) CGCB et Associés, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une mesure d'expertise aux fins de constater les désordres affectant l'immeuble dont il est propriétaire, cadastré section AD n°139, situé 2 place de l'Octroi de Bédarieux sur le territoire de la commune de Lodève, d'en rechercher l'origine et les causes et de déterminer la nature et le coût des travaux pour y remédier ;

2°) d'appeler à la cause la société d'assurance mutuelle SMACL Assurances, assureur de la commune de Lodève.

Il soutient qu'une mesure d'expertise est utile afin de déterminer les causes précises des désordres affectant l'immeuble.

Par un mémoire, enregistré le 30 juillet 2024, la communauté de communes du Lodevois et Larzac, représentée par Me Phelip, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle expose que la demande d'expertise ne présente pas d'utilité.

Par un mémoire, enregistré le 16 septembre 2024, la commune de Lodève, représentée par son maire en exercice par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Gil Cros Crespy, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et formule, à titre subsidiaire, les protestations et réserves d'usage quant à toute responsabilité en lien avec les dommages invoqués.

Elle expose que l'expertise n'est pas utile dès lors que les désordres subis sont dus à la réalisation non conforme des travaux de rénovation par l'ancien propriétaire de l'immeuble.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Il résulte de l'instruction que si des investigations et expertises ont été déjà menées, l'état du dossier ne permet pas de déterminer, avec les garanties offertes par une expertise juridictionnelle, l'origine et les causes des désordres présentés sur l'immeuble en cause, propriété de M. D. En particulier, le dossier ne fait pas clairement apparaître si les infiltrations d'eau sont en lien avec les travaux de rénovation réalisés par l'ancien propriétaire ou si elles trouvent leur origine dans les travaux publics de reprise d'un égout unitaire ancien réalisés par la commune de Lodève et la communauté de communes Lodévois Larzac. Dans ces conditions, la demande d'expertise, telle que présentée par M. D aux fins de déterminer l'origine des désordres constatés sur son immeuble, présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur l'appel en cause de la SMACL :

3. Eu égard aux conditions d'exercice de l'office du juge des référés, ce dernier peut être saisi de conclusions tendant à ce que l'expertise ordonnée soit réalisée au contradictoire des assureurs des parties, à la condition qu'aucune action n'ait été engagée contre eux devant le juge judiciaire. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle action aurait été engagée à l'encontre de la société SMACL Assurances, assureur de la commune de Lodève, il y a lieu de lui rendre l'expertise commune et opposable.

Sur les frais liés au litige :

4. En l'état actuel du litige, M. D ne peut être regardé comme ayant qualité de partie perdante pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à cette fin par la communauté de communes du Lodevois et Larzac doivent dès lors être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : M. C B, est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents qu'il estimera utiles à sa mission ;

* se rendre sur les lieux : 2 place de l'Octroi de Bédarieux à Lodève ;

* décrire les désordres affectant l'immeuble, préciser leur nature, leur date d'apparition et leur importance, et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination ;

* donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

* indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus value pour l'immeuble en cause ; prévoir la durée des travaux et en chiffrer le coût, sur la base de devis communiqués par les parties à l'expertise ;

* préconiser, le cas échéant, les mesures d'urgence provisoires à mettre en œuvre afin d'éviter, pendant les opérations d'expertise, une aggravation des désordres ;

* d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. D, de la commune de Lodève, de la communauté de communes du Lodevois et Larzac et de la société SMACL Assurances.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal par voie électronique, dans le délai de six mois, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative et en notifiera copie aux parties intéressées. Avec l'accord des parties, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du Lodevois et Larzac tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à la commune de Lodève, à la communauté de communes du Lodevois et Larzac, à la société SMACL Assurances et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 2 décembre 2024

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 décembre 2024

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