jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404191 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Badji-Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de l'admettre au séjour au titre de l'article L. 435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article 6.5 ou 7 de l'accord franco-algérien sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, sur ces mêmes fondements, dans un délai de 15 jours et aux mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur sur le fondement de sa demande, et n'a pas procédé à un examen réel sérieux et complet ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de sa durée de séjour et de son insertion ;
- une erreur manifeste d'appréciation entache la décision au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 7 de l'accord franco-algérien éclairés par la circulaire du 28 novembre 2012 et la circulaire du 24 novembre 2009 ; son ancienneté significative de travail en France et sa maîtrise de la langue française constituent des motifs exceptionnels d'admission au séjour ;
- une erreur manifeste d'appréciation entache la décision au regard des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, compte tenu de la nature des liens personnels et familiaux sur le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :
- le préfet a méconnu l'article L. 612-10, seuls trois des quatre critères fixés ayant été mentionnés par le préfet ;
- cette mesure est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crampe, rapporteure,
- les observations de Me Pitel-Marie, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 19 février 1991, a résidé régulièrement sur le territoire français entre 2013 et 2019, en qualité d'étudiant. Il a fait l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français le 31 janvier 2019. Le 22 avril 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il demande l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et lui a fait obligation de quitter le territoire français en assortissant cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a examiné tant la possibilité d'admettre M. A au séjour sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien au titre de sa durée de séjour que sur le fondement de l'article 6-5 au titre de sa vie privée et familiale, ainsi qu'à l'aune de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En retraçant le parcours de M. A en France, sa situation personnelle, familiale et professionnelle et en énonçant les éléments présentés par ce dernier tels que l'attestation de travail dont il se prévaut, le préfet, qui a explicité les motifs de son refus d'admettre M. A au séjour, a suffisamment motivé sa décision et a procédé à un examen réel et sérieux de sa demande.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. D'une part, M. A ne peut utilement se prévaloir des circulaires du 28 novembre 2012 et du 24 novembre 2009 dépourvues de valeur réglementaires et qui ne contiennent que des orientations générales inopérantes à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a séjourné en France entre 2013 et 2019 en qualité d'étudiant et n'avait pas vocation à s'y maintenir. Il a d'ailleurs fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en 2019. Célibataire, il ne justifie pas d'attaches personnelles ou familiales intenses sur le territoire, et, s'il a travaillé, d'abord en qualité d'étudiant puis sans titre de séjour, notamment en restauration, ces circonstances ne caractérisent pas, en l'espèce, un transfert de sa vie privée et familiale en France. Ce dernier n'a donc pas porté atteinte à la vie privée et familiale de M. A et c'est par une exacte application des articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il a refusé le séjour à M. A.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions de séjour sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.
8. En tout état de cause, les éléments exposés précédemment ne caractérisent pas davantage des circonstances exceptionnelles justifiant une admission au séjour au titre du pouvoir de régularisation dont dispose au préfet de l'Hérault.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception d'illégalité, du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français en conséquence de l'illégalité du refus de séjour doit ainsi être écarté.
10. En deuxième lieu, ainsi qu'exposé au point 2, la décision de refus de séjour, dont la motivation se confond avec la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est suffisamment motivée.
11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier un transfert par M. A de sa vie privée et familiale en France, en dépit de la durée de séjour dont il se prévaut, compte tenu de son séjour jusqu'en 2019 en qualité d'étudiant n'ayant pas vocation à se maintenir sur le territoire français et de l'absence de liens privés ou familiaux avérés sur le territoire. L'intégration professionnelle alléguée, sous forme de contrats de travail salariés, peut se poursuivre hors de France. C'est donc sans erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale de M. A que le préfet de l'Hérault a décidé son éloignement.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :
12. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
14. Au regard de l'absence de liens stables sur le territoire français et de la circonstance que M. A n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois, alors même que l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
15. En deuxième lieu, la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois, eu égard aux circonstances exposées aux points qui précèdent, n'est pas entachée de disproportion.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024, doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Corneloup, présidente,
Mme Couegnat, première conseillère,
Mme Crampe, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024 .
La rapporteure
S. CrampeLa présidente,
F. Corneloup
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 octobre 2024
La greffière,
A. Junon
N°2404191
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026