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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406273

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406273

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406273
TypeDécision
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 5 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Chninif, avocat, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de produire son entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il peut se prévaloir d'un refus de séjour tacite ;

- le préfet a commis des erreurs de fait en estimant qu'il n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour, qu'il ne dispose pas de garanties de représentation et qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est irrégulière car il a des garanties de représentation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères imposés par les textes et a insuffisamment motivé la décision ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention de New-York et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 13 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale, l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à l'encontre de M. C trouvant son fondement légal dans le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place du 2° du même article.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 17 décembre 1994, de nationalité yéménite, déclare, sans en rapporter la preuve, être entré en France en 1999. Il a été interpellé le 2 novembre 2024 suite à des violences conjugales sur sa conjointe et a été placé en garde à vue. Par un arrêté du 3 novembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la production de l'entier dossier :

2. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Par suite, et dès lors que M. C ne fait pas état de pièces qui seraient nécessaires à la résolution du présent litige, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de M. C tendant à la production par le préfet de l'Hérault de son entier dossier.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

3. En vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). ".

5. M. C qui séjournait en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " expirant le 11 janvier 2023, fait valoir, sans être contesté, qu'il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour et que lui a été délivré un récépissé de demande de titre de séjour valable du 17 juillet au 16 octobre 2023. En vertu des dispositions citées au point précédent et en l'absence de réponse de la préfecture dans un délai de quatre mois suivant sa demande de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est ainsi nécessairement née antérieurement à l'introduction de la présente requête nonobstant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en motivant sa décision sur son maintien sur le territoire sans avoir effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation administrative sur le territoire depuis l'expiration de son récépissé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 612-3-2 ° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas à l'évidence des pièces du dossier compte tenu de la présence en France alléguée de M. C depuis 1999 que le préfet de l'Hérault aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur l'article L. 612-2-3 ° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que M. C est fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation et à demander l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 513-4, L. 551-1, L. 552-4, L. 561-1 et L. 561-2 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. () ".

7. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Hérault réexamine la situation du requérant sous couvert de l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour valable pour la durée de ce réexamen dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 novembre 2024 obligeant M. C à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder à un nouvel examen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au regard des éléments nouveaux qu'il fait valoir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour valable pour la durée de ce réexamen dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A M. C et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 19 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

La Présidente-rapporteure,

F. D

L'assesseure la plus ancienne,

M. B

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 mars 2025

La greffière,

A. Junon

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