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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2500111

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2500111

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2500111
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantRAHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Rahal, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui proposer un logement de type T5-T6 répondant à ses besoins et capacités, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, et de communiquer au tribunal, dans le délai d'un mois à compter de son jugement, la copie des actes justifiant des mesures prise pour son exécution ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Rahal, son avocate, au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il n'a reçu aucune proposition de logement suite à la décision de la commission de médiation du 9 janvier 2024 l'ayant reconnu prioritaire et devant être relogé d'urgence.

Par deux mémoires enregistrés le 28 janvier 2025, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité et, à titre subsidiaire, s'en remet à la sagesse du tribunal.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- le requérant est toujours en attente d'une offre de logement.

La demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 12 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été averties que la clôture d'instruction était fixée au 12 mars 2025 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 modifié du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / () Le président du tribunal administratif (), lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. / Lorsqu'il est manifeste, au vu de la situation du demandeur, que son logement ou relogement doit être ordonné, le président du tribunal administratif () peut y procéder par ordonnance, après avoir mis le représentant de l'Etat en mesure de présenter ses observations en défense et clôturé l'instruction. () ".

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 778-2 du code de justice administrative : " Les requêtes mentionnées à l'article R. 778-1 sont présentées dans un délai de quatre mois à compter de l'expiration des délais prévus aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. Ce délai n'est toutefois opposable au requérant que s'il a été informé, dans la notification de la décision de la commission de médiation ou dans l'accusé de réception de la demande adressée au préfet en l'absence de commission de médiation, d'une part, de celui des délais mentionnés aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 de ce code qui était applicable à sa demande et, d'autre part, du délai prévu par le présent article pour saisir le tribunal administratif. () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur de logement qui a été reconnu comme devant être logé de façon prioritaire et urgente doit saisir le tribunal administratif dans un délai de quatre mois courant à compter d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation au cours duquel aucune proposition ne lui a été faite ou, si elle est plus tardive, à compter de la date à laquelle le demandeur a reçu notification de cette décision.

3. Il résulte de l'instruction que la décision de la commission de médiation du 9 janvier 2024, qui comporte la mention des voies et délais de recours, a été adressée à l'union départementale des associations familiales (UDAF) de l'Hérault. Le préfet de l'Hérault ne justifie cependant pas de la date à laquelle la notification de cette décision a été faite à l'intéressé par la production d'un avis de réception qui, s'il comporte un tampon et une date d'arrivée du courrier à l'UDAF, ne comporte ni le nom ni la signature de M. A, ni la date à laquelle le courrier lui aurait été remis. Dans ces conditions, le délai de recours n'était pas expiré le 7 janvier 2025, date d'enregistrement de la requête. Par suite, la fin de recevoir opposée en défense par le préfet de l'Hérault doit être écartée.

Sur l'injonction :

4. Les dispositions citées au point 1 fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Elles font obligation au juge d'adresser au préfet l'injonction qu'elles prévoient, dès lors qu'il constate que la demande de l'intéressé a été reconnue prioritaire et que ne lui a pas été proposé un logement tel que défini par la commission, à l'expiration du délai imparti au préfet pour procéder à ce relogement.

5. Par une décision du 9 janvier 2024, la commission de médiation de l'Hérault a désigné M. A comme prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement de type T5-T6 répondant à ses besoins et capacités.

6. M. A, qui vit avec son épouse et leurs six enfants mineurs, est dépourvu de logement. Il n'a reçu à ce jour aucune proposition de logement. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui proposer un logement conformément aux préconisations de la commission de médiation dans sa décision du 9 janvier 2024, sans qu'il y ait lieu d'enjoindre au surplus au préfet de communiquer au tribunal une copie des actes justifiant des mesures prises pour l'exécution de la présente décision.

Sur l'astreinte :

7. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'assortir l'injonction adressée au préfet de l'Hérault d'une astreinte qu'il convient, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à un taux de 800 euros par mois de retard à compter du 1er mai 2025. Cette astreinte sera versée par l'Etat au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, en deux versements par an, le premier versement devant intervenir avant la fin du mois suivant le terme du semestre qui suit l'expiration du délai imparti par le présent jugement, et ce tant que le tribunal n'aura pas constaté que l'injonction a été exécutée ou qu'il n'y a plus lieu de la verser sous la forme d'une ordonnance de liquidation définitive établie à la demande du préfet l'Hérault.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à M. A, dont la demande d'aide juridictionnelle a été rejetée, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Hérault d'attribuer à M. A un logement adapté à ses besoins et ses capacités, de type T5-T6 comme préconisé par la commission de médiation dans sa décision du 9 janvier 2024, sous astreinte de 800 euros par mois de retard à compter du 1er mai 2025.

Article 2 : L'astreinte sera versée au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement deux fois par an, jusqu'à sa liquidation définitive, à compter de la fin du mois suivant le terme du semestre qui suit l'expiration du délai imparti par le présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement, et à Me Rahal.

Copie sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 28 mars 2025.

La présidente,

V. Quéméner

La République mande et ordonne à la ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 mars 2025,

La greffière,

C. Arce

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