vendredi 11 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2502584 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DELCHAMBRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2025, M. A B, représenté par Me Delchambre, demande au juge des référés :
1°) d'annuler la décision d'irrecevabilité de la demande d'asile prise par le préfet de Vaucluse le 7 avril 2025 ;
2°) d'enjoindre à toutes autorités compétentes à enregistrer sa demande d'asile en application des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que, par décision du préfet de Vaucluse, il est placé depuis 55 jours en rétention administrative en vue de l'exécution, à tout moment, d'une mesure d'éloignement, perspective très immédiate dans la mesure où il a été fait état lors de la deuxième prolongation par la préfecture de Vaucluse de la délivrance d'un " laissez-passer consulaire disponible sous peu " et que, par suite, " l'éloignement de l'intéressé devrait intervenir rapidement ", ce qui est de nature à porter donc une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de bénéficier de l'asile ;
- sa requête est recevable en ce qu'il justifie d'un élément nouveau depuis l'arrêté du 13 février 2025en cause du préfet de Vaucluse, puisqu'il justifie d'un élément nouveau majeur : le témoignage des risques de persécution que l'intéressé aurait à souffrir s'il retournait au Congo, élément non pris en compte par le préfet dans la dernière décision du 7 avril 2025 en litige en violation de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 13 février 2025, le préfet de Vaucluse a prononcé à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans et a, par décision du 7 avril suivant rejeté comme irrecevable la demande d'asile de l'intéressé présentée en application des articles L. 753-1, L, 753-5 et L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B, placé en rétention administrative, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'annuler cette dernière décision et d'enjoindre à toutes autorités compétentes à enregistrer sa demande d'asile.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Par ses articles L. 613-1 et suivants, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a organisé une procédure particulière de contestation de la légalité d'un arrêté obligeant un étranger à quitter le territoire français. Cette procédure se traduit notamment par le caractère non exécutoire d'un tel arrêté pendant le délai de recours ouvert à son encontre, par l'effet suspensif attaché à la demande formée devant le tribunal administratif jusqu'à ce que le président du tribunal ou son délégué ait statué, ainsi que par l'existence d'une procédure d'appel. Par ces dispositions, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédures contentieuses régissant la contestation devant la juridiction administrative d'un arrêté préfectoral obligeant un étranger à quitter le territoire français. Ainsi, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'est pas justiciable en principe des procédures de référé instituées par le livre V du code de justice administrative. Le mécanisme particulier de contestation d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français ainsi décrit ne fait cependant pas obstacle à l'intervention du juge des référés dans le cas où les mesures par lesquelles il est procédé à l'exécution d'un tel arrêté comportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait depuis l'intervention de cet arrêté, excèdent le cadre qu'implique normalement sa mise à exécution.
4. En l'espèce, M. B soutient que l'exécution de l'arrêté du 13 février 2025, le préfet de Vaucluse porterait une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel de solliciter l'asile et à sa liberté d'aller et venir, en se prévalant de l'illégalité de la décision du 7 avril suivant par laquelle le même préfet a rejeté sa nouvelle demande d'asile qui se fondait sur une justification nouvelle des menaces avérées pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois par le seul courrier du 15 mars 2025 d'un compatriote qu'il produit, M. B n'établit pas l'existence d'un risque nouveau pour sa vie en cas de retour au Congo dont il n'avait pu faire état auprès de l'OFPRA, puis de la CNDA, qui se sont prononcés défavorablement, respectivement le 6 décembre 2022 et le 10 avril 2024, sur sa demande initaile d'asile. Par suite, M. B ne pouvant utilement se prévaloir de l'illégalité de la décision du 7 avril 2025 du préfet de Vaucluse rejetant sa nouvelle demande d'asile, il ne résulte pas de l'instruction que, depuis l'intervention de l'arrêté du 13 février 2025, sont intervenus des changements dans les circonstances de droit ou de fait, tels que les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige, emportent des effets excédant ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution et qu'ainsi soit survenu un élément nouveau de nature à rendre recevables les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Delchambre.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Vaucluse.
Fait à Montpellier, le 11 avril 2025.
Le juge des référés,
Eric Souteyrand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 11 avril 2025.
Le greffier,
D. Martinier