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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204242

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204242

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204242
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET GERVAISE DUBOURG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2022 et 2 mars 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Vern-sur-Seiche lui a retiré sa délégation de fonction et de signature dans le domaine de l'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vern-sur-Seiche de le rétablir dans la fonction de délégué à l'urbanisme ;

3°) de condamner la commune de Vern-sur-Seiche à lui verser la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal, dès lors qu'en retirant sa délégation de fonction et de signature le maire a agi dans un but étranger à l'intérêt général ;

- l'arrêté est illégal, dès lors que le retrait contesté ne respecte pas le même formalisme que l'arrêté de délégation de fonction et de signature du 9 juin 2020, ayant été adopté à la suite d'une délibération votée par le conseil municipal le 20 mai 2020 ;

- la commune devra être condamnée à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de son préjudice moral et vexatoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, la commune de Vern-sur-Seiche, représentée par Me Gervaise Dubourg, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens présentés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- et les observations de Me Dubourg, représentant la commune de Vern-sur-Seiche.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite des élections municipales de 2020, M. A, élu en tant que conseiller municipal de Vern-sur-Seiche, a reçu, par arrêté du maire daté du 9 juin 2020, délégation de fonction et de signature en matière d'urbanisme. Toutefois, le maire de la commune a décidé, par un arrêté du 13 mai 2022, notifié à l'intéressé et publié le 22 juin 2022, de lui retirer la délégation qu'il lui avait consentie. Le recours gracieux formé par M. A contre cette décision a été rejeté le 24 août 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le maire lui a retiré sa délégation de fonction et de signature en matière d'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible au maire d'une commune, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par un motif étranger à la bonne marche de l'administration communale, de mettre un terme, à tout moment, aux délégations de fonctions qu'il avait données à l'un de ses adjoints.

3. En premier lieu, M. A soutient que, par parallélisme des formes, l'arrêté litigieux portant retrait de délégation aurait dû être précédé d'un vote par le conseil municipal dès lors que la délégation qu'il détenait a, au préalable, été décidée lors du conseil municipal du 20 mai 2020. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions du code général des collectivités territoriales que le maire est tenu de soumettre au vote du conseil municipal les délégations de fonctions et leurs retraits. Contrairement à ce qui est soutenu, la délégation de fonction et de signature objet du présent litige a initialement été consentie à M. A par arrêté du maire du 11 juin 2020. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, si M. A soutient que le maire a agi dans un but étranger à l'intérêt général, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un article paru dans le quotidien Ouest-France le 9 juin 2022, que la candidature de M. A aux élections législatives des 12 et 19 mai 2022 a été source de conflits, dès lors que ce dernier a déclaré dans la presse s'être senti trahi par le maire de la commune alors qu'il affichait son soutien à un autre membre du conseil municipal également candidat aux élections législatives et qui, contrairement à M. A, avait informé le maire de sa candidature. Cette dissension caractérise une rupture du lien de confiance entre le maire et son adjoint de nature à justifier la décision contestée, qui ne peut donc être regardée comme ayant été inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale. En outre, dans son courrier du 24 août 2022 de rejet du recours gracieux, le maire fait état, sans être contesté dans le cadre de la présente instance, du manque d'investissement de M. A dans l'exécution de la compétence déléguée et de ses absences répétées aux réunions relevant de l'urbanisme. Au regard de cette situation, le maire de Vern-sur-Seiche a pu, à bon droit, retirer la délégation de fonction et de signature en matière d'urbanisme consentie à M. A en sa qualité de conseiller communal.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 13 mai 2022 du maire de Vern-sur-Seiche doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vern-sur-Seiche, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative n'ayant pas pour objet de permettre la condamnation de l'une des parties à la réparation d'un éventuel préjudice, mais uniquement de faire supporter par la partie succombante les frais d'instance de l'autre partie, les conclusions présentées par M. A tendant à ce que, sur ce fondement, une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la commune de Vern-sur-Seiche au titre d'un préjudice moral et vexatoire ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

8. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Vern-sur-Seiche au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vern-sur-Seiche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Vern-sur-Seiche.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025 à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

La rapporteure,

signé

M. ThalabardLe président,

signé

E. Berthon

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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