lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206247 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DEGIOVANNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 décembre 2022 et 22 mai 2023, M. A H D, représenté par Me Degiovanni, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande l'ensemble dans le délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il a été pris en l'absence de procédure contradictoire ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gosselin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant comorien, est entré irrégulièrement en France en avril 2017 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par arrêté du 9 novembre 2022, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre demandé.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme B E, attachée d'administration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur de la citoyenneté et de la légalité et de Mme F, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, notamment les arrêtés d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
3. L'arrêté mentionne les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de M. D, notamment sa situation revendiquée de concubinage avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident, avec qui il a eu un enfant, et le fait qu'il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans aux C, qu'il est sans emploi et ne justifie pas d'une insertion particulière en France. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
5. Ces dispositions ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour, qui est prise en réponse à une demande formulée par l'étranger intéressé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les forces de police, M. D a déclaré avoir " deux enfants au C avec une autre femme là-bas " et ne pas travailler. Il s'ensuit qu'en relevant que M. D a comme unique ressource les prestations sociales perçues par la mère de son enfant du fait qu'il ne travaille pas, qu'il est père de deux enfants résidant aux C avec son épouse, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait.
8. Par ailleurs, si M. D indique être marié religieusement avec sa compatriote depuis novembre 2021 et que le couple a eu un enfant né le 24 août 2022, il ressort des déclarations de l'intéressé qu'il ne réside pas en permanence chez sa compagne mais également chez sa cousine, alors qu'il ressort des déclarations de sa compagne en date du 15 août 2022 qu'ils ne résident pas ensemble, que M. D réside chez sa cousine, et que l'absence de vie commune résulte du choix personnel de sa compagne, laquelle bénéficie d'ailleurs de la majoration du revenu de solidarité active accordée au parent isolé. Si M. D produit de multiples attestations de proches ou de compatriotes, ces attestations présentent des discordances sur les dates de la vie commune ou sont rédigées dans les mêmes termes et ne présentent pas de valeur probante suffisante. Il s'ensuit que M. D, à supposer même qu'il soit en couple depuis novembre 2021, n'établit pas disposer de liens en France présentant une intensité, une ancienneté et une stabilité suffisantes même si l'intéressé a reconnu l'enfant de sa compagne né quelques mois avant le refus de titre de séjour en litige. Par ailleurs, M. D conserve de fortes attaches dans son pays d'origine où résident ses deux premiers enfants et leur mère. Enfin, l'intéressé ne travaille pas mais vit des aides de sa famille ou des allocations sociales versées à sa compagne. Il n'établit pas ainsi disposer de conditions d'existence suffisantes ni être inséré dans la société française. Dans ces conditions, M. D n'établit pas que le refus de titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
10. Les circonstances que M. D, qui ne travaille pas et ne présente aucune perspective d'emploi, soit en couple avec une compatriote et qu'il ait un enfant ne peuvent être regardées comme des motifs exceptionnels de l'admettre au séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8, compte tenu du caractère récent des liens acquis en France et de l'importance des liens conservés dans le pays d'origine, M. D n'établit pas que le préfet aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. La décision de refus de délivrance de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'intéressé de l'enfant dont il a la charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2022, par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A H D et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
Le président-rapporteur,
signé
O. Gosselin
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Pottier La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2206247
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026