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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300475

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300475

vendredi 13 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300475
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVERNASSIERE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme A... qui demandait la condamnation du CHU de Rennes pour une erreur de diagnostic lors de sa prise en charge aux urgences en 2013. La juridiction a relevé que la demande de Mme A... se heurtait à l'autorité de la chose jugée, un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 24 mars 2023, devenu définitif, ayant déjà statué sur le même litige entre les mêmes parties et ayant le même objet. Par conséquent, la requête a été jugée irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier 2023 et 10 juillet 2024, Mme B... A..., représentée par Me Vernassière, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Rennes à lui verser la somme de 13 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge aux urgences ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Rennes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Rennes peut être engagée en raison de l’erreur de diagnostic et de l’information erronée sur son état de santé qui en a découlé, en application du I de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- elle a subi un préjudice tiré des souffrance endurées, qu’elle estime à 8 000 euros ;
- elle a subi un préjudice moral, qu’elle estime à 5 000 euros.


Par un mémoire enregistré le 21 avril 2023, la caisse primaire d’assurance maladie d’Ille-et-Vilaine demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Rennes à lui rembourser la somme de 2 269,44 euros correspondant aux débours avancés pour la prise en charge de Mme A... en raison de l’erreur de diagnostic, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Rennes une somme de 756,48 euros au titre de l’indemnité forfaitaire de gestion, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Rennes la somme de 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars et 10 septembre 2024, le centre hospitalier universitaire de Rennes, représenté par Me Chainay, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, en outre, à ce que soit mise à la charge de Mme A... la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions du montant de l’indemnisation et de la somme demandée sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête doit être rejetée dès lors que, par un arrêt du 24 mars 2023, devenu définitif, la cour administrative d’appel de Nantes a statué sur sa demande et que cet arrêt est revêtu de l’autorité de chose jugée ;
- à titre subsidiaire, sa responsabilité ne peut pas être engagée en raison de l’erreur de diagnostic et de l’information erronée qui en a découlée ;
- à titre infiniment subsidiaire, le montant de l’indemnisation du préjudice tiré des souffrances endurées doit être ramené à la somme de 3 000 euros et le préjudice moral à de plus justes proportions.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Charles Ravaut, rapporteur ;
- les conclusions de M. Fabrice Met, rapporteur public ;
- et les observations de Me Abiven représentant le centre hospitalier régional universitaire de Rennes.


Considérant ce qui suit :

Mme B... A... a été prise en charge au service des urgences du centre hospitalier régional universitaire de Rennes le 22 juillet 2013 en raison d’un déficit moteur des membres inférieurs. Si dans un premier temps un diagnostic de myélite a été retenu, il a finalement été abandonné en raison de l’absence de signe clinique. Alors que la requérante a été hospitalisée pour un suivi de son état de santé, le 24 juillet 2013, dans le cadre d’un diagnostic différentiel, une consultation psychiatrique a conclu à un trouble conversif. Cependant, devant la dégradation de ses réflexes, une nouvelle imagerie par résonance magnétique a été réalisée et a permis, a posteriori, de poser un diagnostic d’ischémie médullaire consécutive à une embolie fibrocartilagineuse. Mme A... a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Rennes aux fins de désignation d’un expert, ce qui a conduit au rendu d’un rapport le 7 décembre 2016. Mme A... a alors formé une demande indemnitaire le 10 octobre 2019 afin d’obtenir réparation des préjudices qu’elle estimait avoir subis du fait des fautes qu’elle imputait au centre hospitalier régional universitaire de Rennes. En raison de l’absence de réponse expresse, elle a saisi le tribunal administratif de Rennes qui a rejeté son recours par un jugement n° 1906176 du 13 mai 2022. L’appel qu’elle a formé contre ce jugement a été rejeté par un arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes n° 22NT02010 du 24 mars 2023. Mme A... a alors formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat, qui n’a pas été admis par une décision n° 474485 du 14 février 2024. Le 28 octobre 2022, elle a présenté une seconde demande indemnitaire auprès du centre hospitalier régional universitaire de Rennes, laquelle est également restée sans réponse expresse. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Rennes à lui verser la somme de 13 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis lors de sa prise en charge au service des urgences du centre hospitalier régional universitaire de Rennes.

Sur les conclusions indemnitaires de Mme A... :

L'autorité relative de la chose jugée ne peut être invoquée qu’en présence d’une identité d’objet, de cause et à l'encontre de toutes les personnes qui ont été partie en la même qualité dans l'instance qui a donné lieu à la décision passée en force de chose jugée, quelle qu'ait été leur situation dans cette instance.

L’autorité de chose jugée attachée au jugement rendu sur une demande indemnitaire porte sur l’ensemble des chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime, causés par le même fait générateur et dont elle supporte la charge financière, à l’exception de ceux qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, se sont aggravés ou ne se sont révélés dans toute leur ampleur que postérieurement à la première réclamation préalable de la victime ou de ceux qui ont été expressément réservés dans sa demande.

Par le jugement n° 1906176 du 13 mai 2022, le tribunal administratif de Rennes a rejeté les conclusions indemnitaires présentées par Mme A... en relevant notamment que la seule faute pouvant être retenue à l’encontre du centre hospitalier régional universitaire de Rennes était un diagnostic erroné ayant entrainé une information également erronée sur son état de santé et que cette faute avait été à l’origine d’un préjudice moral et d’un préjudice tiré des souffrances endurées, mais qu’aucune demande n’avait été formulée par Mme A... à ce titre. Par l’arrêt n° 22NT02010 du 24 mars 2023, la cour administrative d’appel de Nantes a rejeté l’appel formé contre le jugement du tribunal administratif de Rennes en relevant notamment que l’erreur de diagnostic et l’information erronée qui en a découlé ne présentaient pas un caractère fautif. Le jugement du tribunal administratif de Rennes est ainsi devenu définitif. Or, Dans ces conditions, dès lors que la requérante demande une nouvelle fois l’engagement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier régional universitaire de Rennes et alors que les préjudices dont l’indemnisation est demandée ont été causés par le même fait générateur que celui invoqué dans les instances ayant conduit au jugement et l’arrêt précités, sans qu’il ne résulte de l’instruction qu’ils se seraient aggravés ou révélés dans toute leur ampleur que postérieurement à sa première réclamation préalable et alors que ces préjudices n’ont pas été expressément réservés dans cette demande, le centre hospitalier universitaire de Rennes est fondé à opposer l’autorité relative de la chose jugée aux nouvelles conclusions présentées par Mme A....

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d’assurance maladie d’Ille-et-Vilaine :

Eu égard au lien établi par l’article L. 376-1 du code de la sécurité sociale entre les droits de la victime d’un accident et les droits de la caisse de sécurité sociale à laquelle elle est assurée, le juge qui statue sur les droits de la victime après avoir régulièrement mis en cause la caisse doit être regardé comme ayant statué sur les droits de cette dernière. L’autorité relative de chose jugée est par suite opposable à une demande ultérieure de la caisse tendant à ce remboursement.

Il résulte de l’instruction que la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) d’Ille-et-Vilaine a été mise en cause dans les instances n° 1906176 devant le tribunal administratif de Rennes et n° 22NT02010 devant la cour administrative d’appel de Nantes. Dès lors, l’autorité relative de chose jugée peut également lui être opposée et il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions tendant au remboursement des débours qu’elle a exposés et à la mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Rennes d’une indemnité forfaitaire de gestion.



Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par le centre hospitalier universitaire de Rennes et la CPAM d’Ille-et-Vilaine :


Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme A... la somme demandée au titre des frais exposés par le centre hospitalier universitaire de Rennes et non compris dans les dépens en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ailleurs, les conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative par la CPAM d’Ille-et-Vilaine, qui doit être également regardée comme étant la partie perdante dans la présente instance et qui, au demeurant, n’est pas représentée par un conseil et n’a justifié d’aucun frais exposé au titre de la présente instance, doivent être également rejetées.

Sur les dépens :

En l’absence de dépens exposés par les parties dans la présente instance, leurs conclusions présentées au titre de l’article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.



D É C I D E :



Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la CPAM d’Ille-et-Vilaine sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Rennes sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine et au centre hospitalier universitaire de Rennes.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. David Labouysse, président,
Mme Véronique Doisneau-Herry, première conseillère,
M. Charles Ravaut, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2026.

Le rapporteur,
signé
C. Ravaut
Le président,
signé
D. Labouysse

La greffière,
signé
C. Salladain



La République mande et ordonne à la ministre en charge de la santé en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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