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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302476

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302476

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302476
TypeDécision
PublicationD
FormationEloignement urgent

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2023 à 11 h 49, M. H D, représenté par Me Oueslati, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 4 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation par l'administration et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et à défaut, passé ce délai, sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ou à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article L. 611-3 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il réside en France ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa vie privée et familiale ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité qui entache la décision d'obligation de quitter le territoire français et celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pottier, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-5 et L. 617-7 à L. 617-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Oueslati, représentant M. D, qui reprend et développe les moyens soulevés dans ses écritures et soutient notamment que :

* l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il apporte la preuve qu'il séjourne en France depuis plus de dix ans ; il y a sa compagne, qui est en cours de régularisation, sa belle-fille et sa fille née en France, toutes deux scolarisées en France ; les enfants n'écrivent pas le mongol et auront des difficultés scolaires en Mongolie de ce fait ;

* pour les mêmes raisons, la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;

- et les explications de M. D, assisté d'une interprète en langue mongole qui déclare qu'il continue à emmener les enfants à l'école, qu'il travaille et veut rester en France auprès de sa famille.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, alias E, alias G, ressortissant mongol né le 16 octobre 1978, est entré irrégulièrement en France en 2010. Par une décision du 31 octobre 2011, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 avril 2014, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un premier arrêté du 4 février 2016, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination. Le 28 février 2019, M. D a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de la préfecture de Loire-Atlantique. Sa demande a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 16 décembre 2019 confirmée par décision de la CNDA le 30 décembre 2019. Le 4 mai 2023, M. D a été auditionné par les services de la police aux frontières de Rennes pour la vérification de son droit de circulation ou de séjour. Le 4 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ainsi qu'un arrêté prononçant une assignation à résidence, dont M. D demande l'annulation.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D ne justifiant pas avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Mme F B, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, placée sous l'autorité de la directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, par arrêté préfectoral du 23 mars 2023, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés préfectoraux litigieux doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans () ". Il est constant que M. D, qui est entré irrégulièrement en France, n'a disposé d'un droit au séjour que le temps de l'examen de ses demandes d'asile, et a par ailleurs fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 4 février 2016 à laquelle il n'a pas déféré. Dès lors, il ne remplit pas la condition de résidence régulière de dix années prévue par les dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si M. D fait valoir qu'il a en France deux enfants âgés de 14 et 8 ans qui résident avec leur mère à Rennes et qu'il continue à participer à leur éducation et à leur entretien, toutefois la compagne de M. D, qui est de même nationalité que le requérant, n'est pas, à la date de la décision attaquée, titulaire d'un titre de séjour, et le requérant n'établit ni même n'allègue que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. La seule circonstance que le couple se soit maintenu en France le plus souvent irrégulièrement depuis une dizaine d'années, et que les enfants soient scolarisés en France, ne suffit pas à établir que la décision porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D qui ne fait valoir par ailleurs aucun élément tendant à démontrer son intégration dans la société française, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales en 2011, 2012, 2014, 2015 par le tribunal correctionnel de Rennes pour des faits de vol, ainsi que d'une condamnation à deux mois d'emprisonnement par jugement du 9 février 2017 du tribunal d'instance de Nancy. En outre, M. D qui ne soutient pas qu'il aurait d'autres attaches en France que sa compagne et ses fille et belle-fille, n'établit pas par ailleurs qu'il n'aurait plus d'attaches dans son pays d'origine. Ainsi, bien que M. D se soit maintenu plus de dix ans sur le territoire français, il n'établit pas, par les éléments qu'il produit, que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. En l'espèce, si M. D soutient que sa belle-fille et sa fille, cette dernière étant née en France, ont grandi et ont fait toute leur scolarité en France, toutefois, il n'établit pas ainsi que la mesure portant éloignement, qui n'empêche pas la cellule familiale de se reconstituer en Mongolie, ferait obstacle à la scolarisation des filles de M. D et de Mme A, au seul motif que ces enfants n'ont pas fait leur scolarité en langue mongole. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet d'Ille-et-Vilaine.

10. En conséquence, les moyens soulevés à l'encontre des décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés. Il s'ensuit que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. L'obligation de quitter le territoire français et le refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachés d'illégalité, les conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : M. D n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

F. CLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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