Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mai 2023 et 10 septembre 2024, M. B... A..., demande au tribunal de lui accorder la décharge des cotisations de taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel qui lui ont été réclamées au titre des années 2022 et 2023 à raison d’un bateau dénommé « Kindou I » ainsi que la restitution de la somme de 451 euros correspondant à la fraction de la cotisation de taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel qui a été recouvrée par une saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été notifiée le 14 décembre 2022.
Il soutient que :
- il a vendu le bateau en cause par acte du 4 décembre 2021 et en a informé le service des douanes de Sète dans le délai d’un mois ;
- à la suite de la mise en place du certificat unique d’enregistrement il a dû déclarer à nouveau cette cession le 13 juillet 2022 ;
- on lui réclame la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel au titre de l’année 2023 alors que l’administration a retenu comme date de déclaration de la cession le 13 juillet 2022 ;
- il est de bonne foi, les formalités administratives ont été réalisées avec retard uniquement du fait de l’acquéreur du bateau.
Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2023, la directrice des créances spéciales du Trésor a décliné sa compétence pour produire des observations en défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le secrétaire d’état chargé de la mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par M. A... n’est fondé.
Les parties ont été informées, le 18 mars 2026, que le tribunal est susceptible de relever d’office l’irrecevabilité des conclusions de la requête de M. A... relatives à la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel mise à sa charge au titre de l’année 2023, année au titre de laquelle aucune réclamation préalable n’a été présentée.
M. A... a présenté des observations en réponse à cette information, enregistrées le 23 mars 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des impositions sur les biens et services ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... a acquis, le 10 avril 2021, un bateau de type vedette, baptisé «Kindou I », qu’il a revendu le 4 décembre 2021. Le Guichet unique de la fiscalité de plaisance (Gufip) estimant qu’il était redevable de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel au titre de l’année 2022 pour un montant de 605 euros et constatant qu’il n’avait pas procédé à sa liquidation spontanée lui a adressé un courrier l’invitant à procéder à son paiement, puis lui a adressé, le 15 juin 2022, un titre de perception. M. A... n’ayant pas procédé au paiement de cette imposition, la direction des créances spéciales du Trésor lui a adressé une lettre de relance, puis une mise en demeure de payer et enfin, le 14 décembre 2022, une notification de saisie administrative à tiers détenteur qui a permis le recouvrement d’une somme de 451 euros. En 2023, le Gufip estimant que M. A... était redevable de la taxe annuelle sur les engins maritimes au titre de cette nouvelle année, la direction des créances spéciales du Trésor a émis, le 11 avril 2023, un nouveau titre de perception. Entretemps, le 9 mars 2023 M. A... avait déposé une réclamation contestant le bien-fondé de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel mise à sa charge au titre de l’année 2022, laquelle a été rejetée le 17 mars 2023.
Sur la recevabilité des conclusions relatives à la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel établie au titre de l’année 2023 :
2. Aux termes de l’article L. 423-35 du code des impositions sur les biens et services : « Les règles relatives au contrôle, au recouvrement et au contentieux de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel sont déterminées, par dérogation aux dispositions du titre VIII du livre Ier, par les dispositions de la présente sous-section. ». Aux termes de l’article L. 423-36 du même code : « Les règles relatives au contrôle, au recouvrement et au contentieux de la taxe sont déterminées par les dispositions suivantes : / (…) / 2° S'agissant (…) du contentieux : / a) Les dispositions (…) des titres III et IV du livre des procédures fiscales qui lui sont propres ou qui sont applicables aux impôts directs ; / (…) ».
3. Aux termes de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales figurant au titre III du livre des procédures fiscales : «Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire ». Aux termes de l’article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : « L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / (…) ».
4. Il résulte de l’instruction que la requête de M. A..., enregistrée, le 22 mai 2023, n’a été précédée que d’une réclamation très succincte, formulée le 9 mars 2023 par courriel, relative à la seule taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel mise à sa charge au titre de l’année 2022 et qu’il n’a formé, avant de saisir le tribunal, aucune réclamation préalable relative à la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel de l’année 2023 pour le recouvrement de laquelle un titre de perception a été établi le 11 avril 2023. Par suite, les conclusions de sa requête tendant à la décharge de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel mise à sa charge au titre de l’année 2023 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
5. En vertu de l’article L. 423-14 du code des impositions sur les biens et services le fait générateur de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel intervient, au titre de chaque année civile et pour chaque engin flottant taxable, le premier jour de cette année où l'ensemble des conditions mentionnées à l'article L. 423-5 sont réunies.
6. En vertu de l’article 231 du code des douanes, en vigueur à la date de la cession en litige, l’acte de vente de navire ou de part de navire devait être présenté dans le délai d’un mois au service des douanes du port d’attache du navire.
7. Aux termes de l’article L. 5114-1-1 du code des transports, en vigueur à compter du 1er janvier 2022 : « Un décret définit les éléments que comprend tout acte de vente de navire ou de part de navire. L’acte de vente est présenté à l’administration compétente dans le délai d’un mois à compter de la vente ».
8. Aux termes de l’article L. 5114-1 du code des transports : « Tout acte constitutif, translatif ou extinctif de la propriété ou de tout autre droit réel sur un navire francisé est, à peine de nullité, constaté par écrit. / (…) ».
9. Aux termes de l’article R. 5114-6 du code des transports : « Sans préjudice de l'article L. 5114-3, sont mentionnés sur la fiche matricule : / (…) / 3° Les actes et contrats mentionnés à l'article L. 5114-1 et à l'article L. 5423-2 ; / (…) ».
10. Aux termes de l’article R. 5114-7 du code des transports : « Aucun des actes mentionnés aux 1° à 6° de l’article R. 5114-6 n’est opposable aux tiers avant son inscription sur la fiche matricule. ».
11. Alors que l’administration relève que le requérant n’a mené à terme les formalités obligatoires de mutation de propriété sur le portail internet www.demarches-plaisance.gouv.fr destinées à faire enregistrer l’acheteur du navire en tant que nouveau propriétaire auprès de l’administration des affaires maritimes que le 13 juillet 2022 et que la mutation de propriété n’a été enregistrée par la délégation à la mer et au littoral de Sète que le 20 février 2023, M. A... soutient qu’il a effectué, dans le mois ayant suivi la cession du 4 décembre 2021, la formalité successivement prévue à l’article 231 du code des douanes puis, à compter du 1er janvier 2022, à l’article L. 5114-1-1 du code des transports. Toutefois, il n’en justifie aucunement et n’établit pas davantage que cette formalité aurait été effectuée avant le 1er janvier 2022. Par suite, le Gufip a pu légalement estimer qu’il était, au 1er janvier 2022, toujours propriétaire du navire en cause et, par suite, redevable de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel au titre de l’année 2022.
12. Il en résulte que le surplus des conclusions de la requête de M. A... doit être rejeté.
D é C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.
Copie en sera adressée à la directrice des créances spéciales du Trésor.
Délibéré après l’audience du 25 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.