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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303353

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303353

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2023, et un mémoire, enregistré le 18 août 2023, M. A B, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet du Finistère a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français durant trois ans ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de deux mois suivant la notification du jugement, et de lui délivrer, sous astreinte, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B, ressortissant guinéen né le 30 mars 2002, soutient que :

- la décision portant retrait d'un titre de séjour est insuffisamment motivée, a été adoptée sans examen particulier de sa situation personnelle, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, viole l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; les faits qui lui sont reprochés, qui n'ont pas été tenus pour avérés par le juge pénal, ne sont pas établis ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de retrait de titre, est insuffisamment motivée, a été édictée sans qu'une procédure contradictoire ait été menée et sans que sa situation personnelle soit examinée, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée, a été adoptée sans examen particulier de sa situation personnelle, est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur le retrait du titre de séjour :

1. En premier lieu, la décision portant retrait d'un titre de séjour, de même que l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire, comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elles sont donc suffisamment motivées.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est allégué, le préfet a procédé, préalablement à l'adoption des mesures précitées, à un examen particulier de la situation du requérant.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 432-5 de ce code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance () de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Il ressort des pièces du dossier qu'avant l'édiction de l'arrêté litigieux, le préfet a, ainsi d'ailleurs qu'il l'a relaté dans cet acte, dûment recueilli les observations du requérant. Le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire exigée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'aurait pas été menée doit donc être écarté.

4. En quatrième lieu, il ressort d'un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Brest du 1er août 2023 que les faits de tentative d'agression sexuelle et de violation du domicile reprochés à M. B ne sont pas constitués, mais que ce dernier a commis les autres infractions dont il était prévenu, sans pouvoir néanmoins en être tenu responsable pénalement, du fait d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement. Or, M. B était prévenu non seulement d'avoir commis une tentative d'agression sexuelle ainsi qu'une violation de domicile, mais aussi d'avoir, premièrement, arrêté et séquestré une jeune femme, deuxièmement, d'avoir commis, à l'égard de trois hommes et d'une femme, des violences ayant entraîné, dans un premier cas, une incapacité totale de travail de dix jours, dans un second cas, une incapacité de travail de trois jours, mais n'ayant, dans les deux derniers cas, entraîné aucune incapacité de travail, et troisièmement, d'avoir commis, à l'égard de personnes dépositaires de l'autorité publique, des violences ayant entraîné une incapacité de travail. Par ailleurs, il ressort de l'expertise psychiatrique du 26 juillet 2023 que, si M. B, qui est atteint d'une psychose schizophrénique susceptible de donner lieu à des périodes de décompensation psychotiques, a " intégré la nécessité " d'un traitement, son état mental, lors de la commission des faits desquels il était prévenu, a compromis l'ordre public et la sécurité des personnes. Il ressort également de l'ensemble des pièces du dossier qu'en dépit de sa prise en charge psychiatrique, son état psychique est de nature, par lui-même, à le conduire à être violent, notamment à l'égard d'autrui. Il a d'ailleurs été hospitalisé sous contrainte en service de psychiatrie du fait de son agressivité et de son agitation dès juin 2023. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé qu'il constituait une menace pour l'ordre public. D'ailleurs, il a pu, sans méconnaître l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui retirer la carte de séjour temporaire qu'il lui avait antérieurement délivrée.

5. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont il n'est pas contesté qu'il est né le 30 mars 2002, réside habituellement en France depuis qu'il y est entré irrégulièrement, en 2018. S'il affirme qu'il a en France " une compagne ", des " enfants " et des membres de sa famille, aucun élément ne tend à en attester, alors au surplus qu'il est constant qu'il a été pris en charge à partir de 2018 et jusqu'à sa majorité par les services de l'aide sociale à l'enfance. S'il fait état, d'une part, de documents liés à sa scolarité et à son apprentissage, de contrats de travail, de bulletins de salaires et d'attestations soulignant sa bonne intégration et, d'autre part, de son suivi de formations, de sa participation aux activités d'une association culturelle ainsi qu'à celles d'un club de football, aucun élément suffisamment précis ne révèle qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels ou familiaux ou qu'il y aurait noué des relations personnelles d'une intensité particulière. Ainsi, en lui retirant, sur le fondement de l'article L. 432-4 la carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée, laquelle portait la mention " travailleur temporaire ", le préfet n'a pas apporté une restriction disproportionnée au droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a, en tout état de cause, pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

6. Pour les motifs énoncés aux points 1 et 2, les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'une absence d'examen particulier doivent être écartés.

7. Le moyen tiré de l'inobservation par le préfet de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit, en tout état de cause être écarté par les motifs énoncés au point 3 ci-dessus.

8. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de la décision de retrait de titre doit être écartée.

9. Le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les motifs exposés au point 5 ci-dessus.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire :

10. Pour les motifs énoncés aux points 1 et 2, les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'une absence d'examen particulier doivent être écartés.

11. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de la décision de retrait de titre et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

12. Le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les motifs exposés au point 5 ci-dessus.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le recours, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doit être rejeté. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le recours de M. B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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