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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303687

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303687

lundi 19 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303687
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. A... contestant un titre de perception de 48 800 euros émis pour recouvrer une astreinte pénale prononcée par la cour d'appel de Rennes en 2019 pour infraction au code de l'urbanisme. Le tribunal s'est déclaré incompétent, estimant que ce titre de perception constituait une mesure d'exécution d'une décision judiciaire pénale, inséparable de la procédure pénale. La solution retenue est fondée sur les articles L. 480-7 et L. 480-8 du code de l'urbanisme, ainsi que sur l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, M. B... A..., représenté par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d’annuler le titre de perception N°023 075 022 461787 2023 0001088 d’un montant de 48 800 euros émis à son encontre le 14 février 2023 par la direction régionale des finances publiques de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine aux fins de recouvrement d’une astreinte pénale prononcée par un arrêt de la cour d’appel de Rennes du 14 novembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la direction régionale des finances publiques de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le titre de perception litigieux est entaché d’une erreur de fait viciant sa légalité interne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine fait valoir qu’il n’est pas compétent pour répondre à la requête.

Par un mémoire, enregistré le 11 mars 2024, le préfet des Côtes-d’Armor conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
-
la juridiction administrative est incompétente pour en connaître ;
-
la requête est irrecevable comme étant mal dirigée ;
-
elle est, en tout état de cause, infondée.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :


Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : (…) / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative (…) ».

Aux termes de l’article L. 480-7 du code de l’urbanisme : « Le tribunal impartit au bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l'utilisation irrégulière du sol un délai pour l'exécution de l'ordre de démolition, de mise en conformité ou de réaffectation ; il peut assortir son injonction d'une astreinte de 500 € au plus par jour de retard. L'exécution provisoire de l'injonction peut être ordonnée par le tribunal. / Au cas où le délai n'est pas observé, l'astreinte prononcée, qui ne peut être révisée que dans le cas prévu au troisième alinéa du présent article, court à partir de l'expiration dudit délai jusqu'au jour où l'ordre a été complètement exécuté. / Si l'exécution n'est pas intervenue dans l'année de l'expiration du délai, le tribunal peut, sur réquisition du ministère public, relever à une ou plusieurs reprises, le montant de l'astreinte, même au-delà du maximum prévu ci-dessus. / Le tribunal peut autoriser le reversement ou dispenser du paiement d'une partie des astreintes pour tenir compte du comportement de celui à qui l'injonction a été adressée et des difficultés qu'il a rencontrées pour l'exécuter ». Selon l’article L. 480-8 de ce même code : « Les astreintes sont liquidées au moins une fois chaque année et recouvrées par l’État, pour le compte de la ou des communes aux caisses desquelles sont reversées les sommes perçues, après prélèvement de 4 % de celles-ci pour frais d’assiette et de recouvrement ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a été condamné par arrêt de la cour d’appel de Rennes du 14 novembre 2019 à la remise en état des lieux de la zone d’activités de la Croix Cabaret à Saint-Carreuc, dans un délai de deux mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard. M. A... a été destinataire d’un titre de perception, émis le 14 février 2023, portant recouvrement deastreinte ainsi prononcée.

Le titre de perception contesté concerne le recouvrement de l’astreinte prononcée par le juge pénal sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 480-7 et L. 480-8 du code de l’urbanisme pour violation de la législation sur l’urbanisme. Ainsi, la décision contestée poursuit le recouvrement d’une créance trouvant son origine et son fondement dans une condamnation prononcée à l’issue d’une procédure pénale. Par suite, même prise par des autorités administratives, elle ne doit pas moins continuer à être regardée comme se rattachant directement à la décision de l’autorité judiciaire dont elle entend assurer l’application. La circonstance que l’astreinte prononcée n’aurait pas été liquidée par le juge judiciaire mais par les services de l’État est sans incidence sur la nature de cette créance. En conséquence, la décision qui ne peut en aucun cas être regardée comme détachable de la procédure judiciaire, constitue une mesure d’exécution de l’arrêt susmentionné d’une juridiction pénale, qui ne saurait être contestée devant la juridiction administrative.

Il y a lieu de rejeter la requête, sur le fondement du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.





O R D O N N E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée comme portée devant un ordre juridictionnel incompétent pour en connaître.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., au préfet des Côtes-d’Armor et à la directrice régionale des finances publiques de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 19 janvier 2026


Le président de la 3ème chambre,


signé


P. Vennéguès

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d’Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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