lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303807 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BUORS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 17 juillet et 19 septembre 2023, Mme F D, représentée par Me Buors, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet du Finistère a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, l'a obligée à quitter dans le délai de trente jours le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, d'instruire sa demande mais aussi de se prononcer sur son droit à un titre de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une personne n'ayant pas compétence ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et souffre d'un défaut d'examen ;
- les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- c'est à tort au prix d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet a estimé qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies et a refusé de renouveler son titre étudiant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est une ressortissante gabonaise née en 1993. Entrée régulièrement en France le 6 octobre 2017, elle a bénéficié de trois titres de séjour étudiant jusqu'au 20 octobre 2022. Le 11 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre. Par arrêté du 30 juin 2023, le préfet du Finistère a rejeté cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ainsi que d'une décision fixant le pays de renvoi. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 16 mars 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 29-2023-020 de la préfecture de Finistère, le préfet du Finistère a donné délégation de signature à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture, pour signer en son absence tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion des arrêtés de délégations de signature et des évaluations des directeurs et chefs de service de l'État. Aux termes de cet arrêté, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. A et de M. B, cette même délégation de signature est exercée par M. E C, sous-préfet de l'arrondissement de Brest. Il n'est ni établi ni même allégué que ni le préfet ni MM. A et B n'auraient pas été absents ou empêchés, Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, M. C, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte, de manière suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions attaquées. Il satisfait dès lors aux exigences de motivation.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Le renouvellement de ce titre de séjour est notamment subordonné à la justification par son titulaire du caractère réel et sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.
6. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour étudiant de Mme D, le préfet s'est fondé sur ce que celle-ci a suivi, en 2017-2018, une première année de BTS " MUC " puis en 2018-2019 une première année de licence " Sciences de l'économie " et, enfin, en 2019-2020 une 2ème année de BTS " Gestionnaire d'unité commerciale ". Le préfet a également relevé que Mme D a suivi en 2020-2021 et en 2021-2022 une 2ème année de BTS " Gestionnaire d'unité commerciale " sans obtenir de diplôme et qu'en 2022-2023, elle a entamé une 1ère année de BTS " MCOA " mais que son relevé de notes du 1er semestre faisait état de résultats inférieurs à la moyenne. Le préfet en a tiré la conclusion que Mme D ne présentait aucune progression dans son parcours d'études supérieures, qu'elle n'avait validé aucune année d'études, obtenu aucun diplôme, ne fournissait aucun motif sérieux susceptible d'expliquer ses échecs répétés et, par suite, ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études entreprises en France.
7. A l'appui de sa requête, Mme D soutient pour expliquer le fait qu'elle n'a pas obtenu son brevet de technicienne supérieure " Gestionnaire d'unité commerciale " qu'elle a éprouvé des difficultés pour travailler et se loger du fait du retard des services de la préfecture à renouveler son titre de séjour sans autres précisions et sans produire le moindre document justifiant de ces allégations. Mme D se prévaut, par ailleurs, de la nouvelle formation qu'elle a engagée en 2022-2023, de ce qu'elle va poursuivre cette formation au cours de l'année 2023-2024 dans le cadre d'une alternance avec le même employeur.
8. Toutefois, ces différentes circonstances sont insuffisantes pour justifier de l'absence de progression dans les études poursuivies depuis six années par Mme D et l'absence d'un quelconque diplôme. Il s'ensuit que le préfet du Finistère n'a ni entaché sa décision d'une erreur de fait, ni procédé à une inexacte application des dispositions précitées ni commis d'erreur de droit.
9. En dernier lieu, Mme D n'a séjourné en France que sous couvert d'un titre de séjour étudiant. Elle est par ailleurs célibataire et sans enfants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale en prenant les décisions contestées alors même qu'elle aurait la volonté de s'insérer, qu'elle n'a jamais commis aucun délit portant atteinte à l'ordre public, qu'elle bénéficie d'un entourage amical important, que plusieurs frères et sœurs vivent en France et souhaite voir sa situation régularisée pour pouvoir travailler et subvenir à ses besoins.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de Mme D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Etienvre
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. TerrasLa greffière d'audience,
signé
I. Loury
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