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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305626

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305626

mercredi 4 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305626
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la demande de M. B... visant à annuler le rejet par la CAF du Morbihan de sa demande de remise de dette d'un indu de RSA. Le tribunal a jugé que l'indu de 1 580,16 euros était fondé, car l'intéressé avait séjourné hors de France plus de trois mois sans en informer l'organisme, ce qui suspend son droit à l'allocation selon les articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles. En l'absence de preuve d'une situation de précarité au sens de l'article L. 262-46 du même code, le juge a estimé qu'aucune remise gracieuse de la créance n'était justifiée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 octobre 2023 et 2 janvier 2024, M. A... B..., demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2023 par laquelle la caisse d’allocations familiales (CAF) du Morbihan a rejeté sa demande de remise de dette d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 580,16 euros ;

2°) de le décharger du paiement de cette somme.

Il soutient que :
il a procédé à ses actualisations à temps ;
il se trouve en situation de précarité.


Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
l’état de précarité n’est pas avéré ;
les moyens de la requête ne sont pas fondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n’étant présente.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :
M. B... est bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) depuis une demande du 14 août 2022. Par un courriel du 16 janvier 2023 il a informé la caisse d’allocations familiales (CAF) du Morbihan de son départ en voyage en Australie. La CAF a demandé les dates de retours, et par un second courriel du 13 mars 2023, l’allocataire l’a informé être revenu sur le territoire Français le 28 février 2023. Par une décision du 20 avril 2023, un indu de RSA a été mis à sa charge d’un montant de 1 580,16 euros, pour la période de janvier à mars 2023. Le 17 mai 2023, M. B... a formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision. Par une décision du 8 août 2023, la CAF a rejeté ce recours.

Sur le bien-fondé de l’indu :

Aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (…) » Aux termes de l’article R. 262-5 du même code : « Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ». Enfin, aux termes de l’article R. 262-37 de ce code : « Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ».

Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l’allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu’elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d’éventuels séjours à l’étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l’allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu’elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l’étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l’étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

Aux termes de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l’organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (…) / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d’une manœuvre frauduleuse ou d’une fausse déclaration ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des ressources dépourvues d’incidence sur le droit de l’intéressé à la prime d’activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l’information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l’allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l’information reçue, ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l’omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

Il résulte de l’instruction que M. B... n’a pas été en mesure de rapporter la preuve qu’il résidait habituellement en France pendant la période de l’indu en litige de janvier à mars 2023, ni a fortiori, qu’il aurait déclaré à la caisse d’allocations familiales la date de retour prévisible de son retour de voyage en Australie, lorsqu’il a déclaré son départ le 16 janvier 2023. Par la suite, M. B... n’a produit aucun document établissant qu’il serait rentré en France le 28 février 2023 comme il l’allègue. Dans ces conditions, M. B..., qui, dans sa requête ne justifie pas avoir résidé habituellement en France pendant la période de janvier à mars 2023, ne peut demander l’annulation de la décision contestée. En effet, s’il soutient se trouver dans une situation de précarité, il n’en rapporte aucune justification, malgré la demande qui lui a été faite dès l’enregistrement de la requête.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de M. B....

DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au département du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2026.



Le président-rapporteur,


signé


G. DescombesLa greffière,


signé


E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au Préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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